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Il faut laisser les enfants aller au contact de la vie

Beaucoup de parents n’ont pas appris à laisser leurs enfants être en contact avec d’autres enfants. Ils redoutent que leurs enfants développent de mauvais comportements observés chez leurs amis. Les motifs sont nombreux et variés.

Conséquence, la cellule familiale chargée d’imprimer une certaine discipline manque de rigueur. Cette semaine, le journal Educ’Action a interviewé Parfait Amoussou, responsable pédagogique à l’Ecole primaire Village d’enfants Sos Hermann Gmeiner Abomey-Calavi. Il explique les dangers que courent les parents lorsqu’ils protègent leurs progénitures en les privant du monde extérieur.

Educ’Action : Comment les parents peuvent-ils éduquer l’enfant sans pour autant le surprotéger ?

Parfait Amoussou : L’éducation est un processus. La protection ou la surprotection sont des attitudes qui dépendent de l’âge de l’enfant. C’est-à-dire que ce qui est surprotection peut ne pas réellement l’être selon les conditions. Alors, la société a établi des normes. Un genre de consensus sur lequel tout le monde s’est entendu. Lorsque vous sortez de ce cadre-là, on trouve que vous avez un comportement déviant. Et un enfant doit pouvoir être éduqué dans ce cadre qui est tracé. Si vous ne permettez pas à l’enfant d’aller au contact des autres enfants, parce que vous estimez qu’avec ce contact telle chose pourrait lui arriver, cela peut être bien à l’instant où vous vous comportez ainsi. Dans tous les cas, l’enfant sera amené à sortir un jour. En ce moment-là, n’ayant pas reçu très tôt les armes qu’il faut dans le processus de socialisation avec les autres, il va se trouver dos au mur. Et c’est en ce moment qu’il se rendra compte qu’on ne lui avait pas rendu service. Moi, je pense qu’on n’a pas besoin de se casser la tête. Les références existent et c’est à elles qu’il faut faire chaque fois recours. La société dans laquelle je vis, qu’est-ce que cette société-là veut ? Une Nation au niveau macro, un département, une commune, un village ou quartier de ville ? Qu’on le veuille ou pas, ce sont des ensembles de familles qui ont choisi de vivre en communauté. Donc, la cellule familiale doit donner des outils à chacun de ses membres de pouvoir s’intégrer. Et les normes qui sont établies doivent pouvoir permettre ou contribuer à cette intégration-là. Il est important de ne pas oublier que nous avons transmis la vie à nos enfants, mais les enfants ne nous appartiennent pas. Un enfant est un citoyen du monde. Si nous ne le savons pas, nous allons toujours faire des bêtises. Les parents doivent donner l’éducation dans le sens du citoyen du monde. Nous avons à former des citoyens du monde. Votre surprotection au sein de la famille va l’entraîner dans le gouffre. Il deviendra un braqueur et va braquer l’honnête citoyen qui a travaillé à la sueur de son front parce que vous n’avez pas permis à l’enfant d’aller à la rencontre des difficultés de la vie. Nous avons l’obligation de protéger les enfants, de la même manière, nous avons aussi l’obligation d’éviter de les surprotéger. Il faut les laisser aller au contact de la vie.

Comment peut-on alors éduquer un enfant ?

Une sagesse populaire dit : « ce que vous êtes, parle si fort que je n’entends pas ce que vous dites. » Cela veut dire qu’on éduque plus par les faits que par les propos. En toute chose et surtout chez l’enfant, il y a nécessité d’avoir une figure identificatrice. Quel est le modèle que nous donnons ? Je dis souvent quelque chose à mes collaborateurs. Ne demandez pas à vos apprenants d’avoir une attitude posturale en classe si vous-mêmes lorsque vous êtes fatigué, vous devez vous asseoir en classe en mettant les deux pieds sur la table dans une salle de classe devant les enfants. Non ! Cela ne va pas marcher. Ne demandez pas à vos enfants de s’appliquer si vous-mêmes en appréciant les copies des enfants, on sent qu’il n’y a pas l’application et que vous ne soignez pas votre écriture. Ne demandez pas à vos enfants de bien soigner leurs cahiers, de bien copier les leçons si vous-mêmes au tableau, vous écrivez dans tous les sens. Si vous le faites ainsi, vous n’enseignez pas la notion d’ordre. Ne demandez pas à vos enfants d’être ordonnés si vous-mêmes, par exemple, maman quand elle revient du marché se couche parterre comme la plupart des femmes le font d’ailleurs. A la maison, si vos affaires sont bien ordonnées, vous allez enseigner la notion d’ordre à l’enfant sans parler. Il est vrai que l’enfant est l’adulte de demain qui est dans un processus de maturation. Il va commettre des bêtises. Si vous voulez imprimer une discipline à votre enfant, vous vous l’imprimez aussi. Donc, aucune discipline ne peut marcher si nous ne nous l’imposons pas.

Est-ce à dire que les enfants observent tout ce que leurs parents font à la maison ?

Autour de 3 ou 4 ans, les enfants jouent souvent à l’imitation. Cela veut dire que l’enfant observe. Vous êtes un modèle pour lui. Et vous devez garder quelque chose en esprit : les enfants épient leurs parents dans tout ce qu’ils font. Les Nations qui se sont développées, se sont occupées de l’éducation et non de l’instruction parce que l’éducation va au-delà de l’instruction. L’éducation se donne surtout à la maison.

En tant que responsable pédagogique, comment est-ce que vous éduquez les enfants de cette école ?

Il est très important d’établir une discipline positive aux enfants et de les responsabiliser. C’est la discipline librement consentie. Il faut montrer à l’enfant que les choses de la vie se méritent. Dieu lui-même n’a pas prévu de gratuité. Mais, il a prévu le sacrifice, l’effort et l’amour. Il faut établir une discipline consentie. Par exemple, les cours démarrent à 7 heures 45 minutes. Vous voulez faire une dictée. Comment vas-tu faire la dictée si tu n’es pas dans la classe ? Tu ne seras pas surpris que le maître te retienne dehors parce que tu vas perturber tes camarades. La classe doit être balayée avant d’aller à la maison les soirs. Sous prétexte que toi, tu es un enfant chéri, tu ne balaies pas la maison, tu fuis. Mais le lendemain matin, tu dois balayer avant de rentrer en classe. C’est cela même la discipline consentie. L’enfant comprend les raisons pour lesquelles il doit faire ce qui est droit. C’est pourquoi il est important de communiquer avec les enfants. Moi, je n’ai jamais eu de difficultés à gérer une classe, la toute première semaine suffit. C’est la rigueur que vous imposez dès le premier jour. Dès lors, l’enfant sent qu’il se trouve dans de nouvelles mains et par conséquent, il n’est pas libre de faire ce qu’il veut parce que les enfants ont tendance à se comporter comme les animaux. Moi, je n’ai jamais trouvé les enfants difficiles, c’est nous qui ne faisons pas ce que nous devons faire.