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« Les biens matériels ne remplacent pas l’affection parentale »

Beaucoup de parents pensent que l’éducation des enfants passe forcément par les châtiments corporels.

Aujourd’hui, plusieurs alternatives aux châtiments sont développées pour permettre une bonne harmonie au sein des familles avec pour objectif la réussite des enfants. Dans cette parution, Gérard Ahyi, Coordonnateur du service psycho-social au Village d’enfants SOS Abomey-Calavi, explique le rôle que l’observation des parents peut jouer dans le développement des capacités de l’enfant et les dispositions à prendre pour les protéger. Il invite les parents à ne pas penser que les biens matériels peuvent remplacer leur affection dans la vie des enfants.

Educ’Action : Comment le parent peut-il apprendre à découvrir son enfant ?

Gérard Ahyi : L’observation d’un enfant nous permet de le découvrir et de mieux le connaître. En effet, observer les enfants est une tâche d’une importance capitale pour toute personne soucieuse d’assurer le bien-être, la sécurité et le développement global et harmonieux des enfants dont elle a la charge. Cette tâche complexe exige l’acquisition de connaissances et d’habiletés afin d’appliquer rigoureusement la démarche d’observation. Cette démarche nous permet de mieux connaître l’enfant, de le découvrir dans ses centres d’intérêt. L’observation d’un enfant nous permet donc de le situer dans son développement, de déceler ses forces et ses difficultés, de le « comprendre » et le « voir » dans toutes les situations, de découvrir ses potentialités. Elle nous donne des indications pour ajuster nos interventions éducatives, pédagogiques ou psychothérapeutiques.

Lorsqu’un enfant se laisse facilement orienter par ses amis, comment faire pour le maintenir dans le plan des parents ?

On observe généralement que très tôt les parents font des plans pour la vie de leurs enfants : « ils le veulent le plus beau, le plus intelligent. » La mission tacite de cet enfant « idéal » est de réparer, compenser et réaliser ce que ses parents ont « raté ». Plus tard s’il ramène une mauvaise note c’est comme si on la leur avait infligée ! De nos jours, les parents semblent plus inquiets qu’autrefois. Ils ont des attentes plus fortes parce qu’ils sont insatisfaits et fragilisés dans leur relation de couple ou dans leur travail. Alors, ils ont tendance à tout miser sur les enfants. Dans cette logique, l’enfant est mis en demeure d’être fort et parfait. Mais, une telle approche ne va pas être sans risques importants. Vivre dans le désir des parents, interdire l’émergence du vrai désir de l’enfant. Comment être en contact avec son monde intérieur quand toute l’énergie vitale est mise au service de l’autre ? Ces enfants sous pression n’ont plus le temps de réfléchir à ce qu’ils sont, à ce qu’ils aiment, à ce qu’ils aimeraient faire. Que se passe-t-il lorsqu’un enfant ne supporte plus cette pression ? Ne se sentant pas à la hauteur, il se met en retrait, se sent « nul » et toujours en « échec ». Il porte son étiquette de « mauvais élève » comme une malédiction. L’enfant a besoin d’exister aux yeux de ses parents, autant exister de façon négative ! Il pourrait se laisser à l’influence des pairs, car il n’est pas suffisamment écouté dans sa singularité par l’adulte.

Comment doit se comporter le chef d’une famille monoparentale pour conduire l’enfant à la réussite ?

Dès que l’un ou l’autre des parents vient à manquer, il est nécessaire que celui qui est présent puisse intégrer le fait qu’il a une mission d’importance. Il devra garder à l’esprit la nécessité d’utiliser les outils que lui offre la parentalité positive. Cette méthode permet aux enfants de développer avec confiance les compétences de vie dont ils ont besoin pour devenir des adultes épanouis. Il s’agit d’une approche axée sur la recherche de solutions élaborées de manière collaborative avec l’enfant. L’objectif est de valoriser l’enfant, qu’il comprenne que le succès vient de lui, qu’il a tous les moyens pour réussir, qu’il a progressé. Ainsi, le recours à la Discipline Positive (DP) offre au parent une méthode éducative, ni permissive, ni punitive, dans un cadre à la fois ferme et bienveillant. Ferme, pour respecter le monde de l’adulte et les règles de la vie en société. Bienveillant, pour respecter le monde de l’enfant et ses émotions.

Pour combler leurs absences, certains parents mettent des biens matériels à la disposition de leurs enfants. Ceci est-il utile pour leur développement ?

Il faut dire que c’est la plus grande des erreurs que la majorité des parents commettent actuellement. Elle se justifie par une certaine course effrénée vers l’argent et on donne plus place au matériel dans l’éducation de l’enfant en oubliant qu’il doit avoir des besoins affectifs. Nombreux sont les parents qui se sentent coupables du fait qu’ils ne soient pas présents à la maison et vont tenter de combler ce vide avec une kyrielle de réponses matérielles alors qu’en réalité ce que recherche le plus l’enfant est cette disponibilité et cette présence de ses parents à ses côtés. L’influence du groupe des pairs, les conduites à risques vont tenter de lui offrir ces réponses que les parents n’ont pas pu apporter. Les biens matériels ne peuvent jamais remplacer l’affection parentale

Est-ce que le silence est une autre bonne manière de communiquer avec l’enfant ?

Le silence ne saurait à priori être une bonne manière de communiquer avec l’enfant. Ne dit-on pas souvent « qui ne dit mot consent » ? Le silence du parent ou de l’éducateur pourrait être mal interprété par l’enfant et le conforter dans ses erreurs et mauvais comportements. Le silence peut, cependant, être un outil judicieux si on arrive à l’utiliser à bon escient. Il offre au parent la possibilité d’observer l’enfant et peut mettre l’éducateur à distance d’une réponse immédiate faite de châtiments corporels. Le silence à ce moment permet une observation de l’enfant, fait office de discrète présence à ses côtés.

Hermann M. SAGBOHAN