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Alternatives au châtiment corporel : Les citoyens opinent sur la question

Eduquer un enfant est une préoccupation parentale majeure. Même les politiques publiques s’en mêlent pour la simple raison que l’enfant de la famille nucléaire est un citoyen de la Nation. Dans la société traditionnelle africaine, l’un des instruments de cette éducation est bien le châtiment.

Il faut soumettre l’enfant au fouet pour lui faire entendre raison. Aujourd’hui, dans la société moderne, cette vérité jadis absolue tend à se relativiser. Le Bénin a même adopté un code de l’enfant qui interdit le châtiment corporel. Educ’Action a donné la parole aux voisins et voisines du Bénin pour donner leur point de vue sur la question. La moisson est appréciable…

Bienvenu Adjibola Mamadou, professeur certifié de SVT et préfet de discipline au Collège Catholique Père Aupiais de Cotonou

« La toute première alternative que nous employons est de faire asseoir l’élève et il s’explique »

Aujourd’hui, le châtiment corporel a atteint un niveau où beaucoup de voix s’élèvent pour dire que ce sont des traitements déshumanisants et qu’il faille trouver d’autres alternatives qui ne sont pas faciles tenant compte du contexte dans lequel nous sommes. J’ai été éduqué par la chicotte et j’ai éduqué mes enfants difficilement par la chicotte. Comme alternatives, il faut beaucoup parler aux élèves. Cela commence par la présence aimante de l’enseignant qui ne cherche pas toujours à réprimander à chaque erreur mais qui profite des erreurs pour relever l’élève. Les problèmes sont plus compliqués surtout à la puberté. L’enfant n’arrive pas toujours à respecter le règlement intérieur peut-être, c’est pour faire à sa guise ou pour braver l’autorité. La toute première alternative que nous employons est de faire asseoir l’élève et il s’explique. Ensuite, vous lui montrez ses erreurs. En un mot, il faut assister les enfants, il faut beaucoup leur parler, il faut qu’il sente que l’éducateur qui est en face de lui l’aime.

Vincent Yétinkpan, patron d’atelier de vulcanisation

« S’ils persistent, par exemple, dans le retard, je leur prélève 25 francs ou 50 francs Cfa des 200 francs qu’ils reçoivent comme argent du petit-déjeuner »

Avant lorsque l’apprenti commet des erreurs, on le frappe. Mais, lorsque la loi est votée, il est impérativement interdit de frapper les apprentis même tes propres enfants qui tombent souvent dans l’indiscipline. Si mes apprentis tombent dans le délit, je leur remets un pneu et il essaie de défaire et refaire. Là, il va transpirer. S’ils persistent, par exemple, dans le retard, je leur prélève 25 francs ou 50 francs Cfa des 200 francs qu’ils reçoivent comme argent du petit-déjeuner. Si je tiens à frapper, ils ne vont pas écouter ce que je leur dis. Il est vrai qu’ils auront peur dès qu’ils vont me voir. Mais après cela plus rien. Il en est pareil lorsque l’apprenti détériore le matériel d’un client ou bien un matériel de l’atelier.

Père Anould Félix Dagba. Censeur au Collège Catholique Père Aupiais de Cotonou

« Au lieu que l’apprenant reste chez lui, par exemple, le mercredi soir, devant sa tablette, son jeu vidéo, il vient au collège et fait un travail communautaire : il balaie une classe, il nettoie les toilettes etc. »

L’alternative que nous utilisons est la conscientisation des apprenants à travers le dialogue. C’est-à-dire que nous discutons avec eux par rapport au délit commis, par rapport aux fautes commises, par rapport à l’indiscipline commise. On leur pose des questions et on parle avec eux pour connaître les mobiles de tel ou tel comportement. Il est vrai que dans toutes les classes, cela ne prend pas encore parce qu’il y a les moins jeunes qui s’amusent. Avec ces derniers, on a l’impression qu’il faut le bâton. L’alternative, c’est l’application rigoureuse du règlement intérieur. Le règlement intérieur ne prévoit pas de châtiment corporel, mais l’attribution des heures de retenues pour des corvées. Non, ce n’est pas un châtiment ! Au lieu que l’apprenant reste chez lui, par exemple, le mercredi soir, devant sa tablette, son jeu vidéo, il vient au collège et fait un travail communautaire : il balaie une classe, il nettoie les toilettes etc. Ce sont ces alternatives que nous privilégions au Collège Catholique Père Aupiais de Cotonou. Les enfants sont friands de tout ce qui est jeu ou activités culturelles. Alors de 17h à 19h les vendredis, ceux qui tombent dans l’indiscipline se voient arracher ce temps d’activités culturelles.

Bertin Fonton, agronome et père de deux enfants

« Moi, je ne suis pas habitué aux châtiments c’est lorsque l’enfant se trouve en déphasage avec les valeurs morales, c’est là où je sévis. Je sévis en donnant quelques coups de bâtons »

Il n’est pas question de châtier les enfants. Pour éduquer, il faut de l’affection et de l’amour parce que si vous habituez les enfants aux châtiments, vous ne leur faites pas de bien, au contraire vous détruisez l’amour qui est en eux. Et donc, il faut vivre dans l’amour avec les enfants. Comme il est souvent conseillé, un enfant qui est agité il faut se faire ami à lui, l’aimer et lui donner des conseils. On peut le menacer pour exprimer ce qu’on pense. Moi, je ne suis pas habitué aux châtiments. C’est lorsque l’enfant se trouve en déphasage avec les valeurs morales, c’est là où je sévis. Je sévis en donnant quelques coups de bâtons.