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Dr Salimane Issifou, au sujet des Châtiments corporels : Je souhaite que l’éducation sans violence soit la meilleure chose qui puisse permettre à notre pays d’aller de l’avant

En dépit des lois de la République qui interdisent le châtiment corporel, les coups de fouets restent la chose la mieux partagée par les parents, les enseignants et les maîtres d’atelier d’apprentissage pour remettre l’enfant sur les rails.

Une situation qui a préoccupé le Dr Salimane Issifou, Directeur national de SOS Villages d’Enfants Bénin. dans un fascicule intitulé « La problématique des alternatives aux châtiments corporels », il a proposé aux éducateurs des solutions de rechange au bâton. Pour lui, il faut dialoguer à temps et à contre temps.

Educ’Action : Pourquoi avez-vous choisi de développer les alternatives aux châtiments corporels ?

Salimane Issifou : C’est venu du fait qu’on constate en Afrique et dans certains pays européens que la violence physique joue un rôle important dans l’éducation des enfants. Aujourd’hui, vous allez vous rendre compte que dans beaucoup d’établissements scolaires, centres d’apprentissage et beaucoup de familles, le châtiment corporel est l’option numéro 1. Quand on se trouve face à un écart de comportements de l’enfant, c’est plus facile de frapper que de dialoguer etc. Mais, on se rend compte que dans beaucoup de cas, il y a des dégâts irréparables, allant jusqu’au décès de certains enfants.

En dehors des blessures, quelle autre conséquence peut laisser le châtiment corporel sur un enfant ?

Il peut l’affecter psychologiquement. Mais, quand l’enfant se rappelle du fait qu’il a été battu, il ressent de la frustration. L’enfant ne veut pas qu’on le frappe, car il se sent humilié. Aux Etats-Unis et en Suède, des études ont prouvé que les grands braqueurs sont ceux qui ont subi des violences (physiques, sexuelles etc.). Après avoir subi ces violences, frapper quelqu’un devient banal. C’est pourquoi il est important que, nous-mêmes, nous fassions notre autocritique pour surmonter notre propre frustration avant de prendre en charge les enfants. Si nous voulons être une société moderne, nous devons arrêter le châtiment corporel et appliquer le dialogue avec nos enfants et autour de nous.
Quelles sont les alternatives que vous proposez ?

Par rapport aux châtiments corporels, il faut manifester de l’amour envers l’enfant. Il faut dialoguer avec lui et essayer de s’entendre avec lui par rapport à ce qu’il faut lui appliquer comme sanctions s’il commet des erreurs. On ne dit pas « ne sanctionnez pas, mais sanctionnez avec des punitions convenues avec l’enfant ». Par exemple, toi, enfant si tu vas en composition et tu rates la moyenne, qu’est-ce qu’on va te faire. Donc, on négocie avec l’enfant. Si les résultats viennent et tu n’as pas, par exemple, la moyenne, on saisit ta tablette, on enlève la télévision. Ce sont des mesures qu’on applique et qu’on fait appliquer et on suit pour voir si les résultats sont bons ou mauvais.

Comment un enseignant peut-il mettre ces alternatives en pratique ?

L’enseignant en contexte de classe, on l’invite à utiliser des moyens positifs de discipline. Il lui faut dialoguer avec les enfants et s’entendre avec eux sur des sanctions. Par exemple, ensemble avec les apprenants, on peut dire que celui qui n’apprend pas ses leçons, recopie la leçon 50 fois. Il faut que la sanction soit en lien avec la raison pour laquelle il a été puni.

Pour beaucoup d’éducateurs, l’interdiction du châtiment corporel et l’usage des smartphones favorisent les mauvais résultats scolaires, qu’en-dites-vous ?

Chaque être humain vit dans son époque. Dans les années 70-80, il y avait des bibliothèques, si tu sors tu peux emprunter des livres. Mais aujourd’hui, nos enfants sont avec des tablettes et des smartphones etc. S’ils n’en ont pas, ils vont chez autrui pour regarder des films pornographiques, ils passent aux relations sexuelles précoces parce qu’il y a des vidéos pornographiques qui tournent sur les téléphones. C’est tout cela qui les détourne du bon chemin. C’est leur temps et il faut qu’on essaie de voir comment il faut relever ces défis.

Comment chaque famille peut-elle faire l’option des alternatives ?

La première des choses est qu’il faut mettre en place une relation de confiance avec l’enfant pour que l’enfant quand il voit quelque chose puisse revenir vers ces parents et leur en parler. Tout ce que l’enfant regarde à la télé, tout ce qu’il voit dans la société, ils doivent lui donner des explications sinon l’enfant risque de considérer ce qu’il a vu comme de la vérité et se comporter ainsi. Il faut prendre de temps et dialoguer en famille. On peut se dire chaque dimanche, la famille prend une heure ou deux heures temps pour parler ensemble. Deux heures par semaine suffisent largement pour se retrouver en famille. Il faut créer ce temps-là pour les enfants. Les parents disent qu’ils n’ont pas le temps alors que tout ce que vous avez construit va s’écrouler si vous finissez avec des enfants inconscients.

Dans certains pays développés, on note encore aujourd’hui qu’il n’y a pas zéro bâton dans les familles !

Si vous suivez la politique française, les Français disent que la Suède est un modèle d’éducation des enfants. Cela veut dire qu’en France ils continuent de frapper. A la maison, ils frappent les enfants et leur donnent des fessées.Mais, à l’école, on ne frappe pas les Français parce que c’est l’enfant d’autrui. Alors qu’en Suède, depuis les années 80, c’est interdit à l’école comme à la maison de toucher les enfants. La conséquence, c’est que vous ne verrez jamais les enfants suédois dans la rue bruler des voitures. Jamais. Mais, en France, on brule les voitures, on se frappe. C’est pareil pour les Etats-Unis. La violence à la maison est présente. Les histoires d’armes à feu par ci et par là sèment la terreur. S’ils éduquaient les enfants dans une ambiance de dialogue, cela ne se passerait pas ainsi. Les bons élèves en Europe se trouvent en Finlande, Suède, Autriche et Norvège parce que quand vous allez dans ces pays c’est la pacification. Vous ne verrez jamais les gens se manifester contre quoique ce soit.

En définitive, que retenir sur les alternatives au châtiment corporel ?

Je souhaite que l’éducation sans violence soit la meilleure chose qui puisse permettre à notre pays d’aller de l’avant. On a voté le « Code de l’enfant », par exemple. Nous avions tout fait pour que le châtiment corporel soit interdit, ça là représente la base d’une société moderne. J’appelle à l’attention des éducateurs et des parents pour que chacun commence par utiliser la même philosophie. Même si le policier n’est pas là pour constater que je ne frappe pas mes enfants, il faut que moi-même je prenne la décision de ne pas les frapper. Que les parents puissent avoir le temps de dialoguer avec leurs enfants et montrer de l’amour envers eux afin de leur inculquer les bonnes manières sinon c’est toute la société qui va faillir.

Ulrich Vital AHOTONDJI
& Hermann M. SAGBOHAN