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Le sexe, les jeunes en parlent et le psy conseille!

Les jeunes se posent beaucoup de questions à partir d’un certain âge.

Ils ont souvent besoin d’un guide qui se présente comme un aîné avec lequel ils veulent dialoguer, échanger, et partager leurs visions des choses. Ils veulent avoir des réponses aux bouleversements physiques et psychiques qu’ils traversent et qui les métamorphosent. Et bien souvent leurs préoccupations tournent autour du sexe. Educ’Action est allé dans les écoles et leur a donné la parole afin qu’ils se libèrent et bénéficient des conseils de nos spécialistes. Et surtout, qu’au-delà de ceux qui ont eu le courage de parler, ces milliers de jeunes qui nous lisent ici au Bénin et partout ailleurs dans le monde trouvent des pistes de solutions à leurs préoccupations. Dans cette livraison, Educ’Action a recueilli les avis des jeunes sur leurs réactions face aux scènes érotiques des télénovélas dont ils s’abreuvent à longueur de soirée ou de weekend. Voici, une compilation des propos recueillis dans divers établissements du Bénin.

Quelles sont vos réactions lorsque vous regardez des scènes érotiques des feuilletons télénovelas et autres à la télé ?

Prince, 14 ans élève en 3ème : 

« J’ai déjà embrassé une femme et c’était trop cool »

Quand je suis la télé et que je suis les scènes érotiques, moi-même j’ai envie de le faire, j’aimerais en ce moment qu’il y ait une fille à côté de moi pour l’embrasser et faire ce que je vois à la télé aussi. Et je crois que c’est délicieux, la manière dont ils le font je vois que c’est beau et j’ai envie de vivre cette beauté aussi. J’ai déjà embrassé une femme et c’était trop cool.

Méchack, élève dans un petit collège privé de Cotonou : 

« Dès que j’aurai 23 ans je vais commencer par le faire »

J’ai l’envie aussi de faire comme eux, d’embrasser pour voir à quoi cela ressemble exactement mais pour le moment, j’attends encore un peu. Dès que j’aurai 23 ans je vais commencer par le faire.

Geoffroy, 17 ans, Tle D : 

« Ma curiosité m’a déjà poussé à le faire ! »

Quand je regarde ces genres de films, j’arrive à cerner deux choses : la manière dont les hommes arrivent à draguer les femmes et comment ils s’y prennent jusqu’à finir au lit. Mais ce n’est pas tout le temps que j’ai envie de faire comme eux. Si je suis de bonne humeur, l’envie se fait sentir en moi et je suis tenté de faire comme eux. Ma curiosité m’a déjà poussé à le faire d’ailleurs.

Nivelle, élève en 1ère à Cotonou : 

« Je ne peux pas dire que je n’ai pas encore fait, oui je l’ai fait et c’était bien »

On a simplement envie de faire comme ceux que nous voyons à la télé. C’est souvent très beau de voir les gens s’embrasser. Et je ne peux pas dire que je n’ai pas encore fait, oui je l’ai fait et c’était bien. Mais parfois je me demande même si c’est vraiment la télévision qui nous apprend ça.

Bertinos, élève au Ceg Dantokpa : 

« J’ai déjà embrassé une fois et c’était tellement bon »

J’aime bien suivre ces feuilletons seul. Lorsque je suis seul en face de ces feuilletons érotiques, moi aussi j’ai l’envie de faire ce qu’ils font et je mentirais si je dis que je n’ai pas encore essayé. J’ai déjà embrassé une fois et c’était tellement bon.

La réponse du Spécialiste

Roger Akplogan Djibodé, est éducateur spécialisé au Village d’enfants Sos Abomey-Calavi. Il a volontiers accepté de prodiguer quelques conseils aux jeunes et aux parents suite à leurs réactions face aux scènes érotiques des feuilletons.

Que dites-vous aux jeunes qui sont exposés aux scènes érotiques des feuilletons !

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la bonne moisson que vous avez réalisée avec les jeunes. Il faut saluer le franc-parler des élèves et le talent des journalistes qui ont pu leur arracher quelques mots de vérité. Dire qu’on va mettre en pratique ce que l’on voit à la télévision n’est pas une bonne réaction. Est-ce qu’en regardant un film d’action avec beaucoup de violences, on a envie de le répéter ? Evidemment que non. Ça devrait donc être la même chose pour ces films, qui, malheureusement, occupent la jeunesse. J’ai noté dans les déclarations des apprenants interviewés deux choses. L’envie de faire ce qu’on voit et ensuite le passage à l’acte pour certains.
Il est important de noter que ces apprenants ont un niveau d’étude compris entre la 3ème et la Terminale et donc à peu près 13 à 17 ans. C’est donc normal que la puberté aidant, ils aient des envies, des curiosités à satisfaire. Et c’est en cela que ces feuilletons sans accompagnement parental ne sont pas intéressants. Les parents doivent pouvoir dialoguer avec les enfants autour de ces choses-là surtout lorsqu’ils sentent que les enfants s’accrochent à ces rendez-vous. Il est très important de leur dire que chaque chose a son temps. Le comportement n’est pas de faire du copier-coller ou de ne pas voir ce que les gens font à la télé. Non ! L’enfant qui se laisse aller à son envie va vite en besogne et risque de se casser la figure. Il faut être mûr et être préparé avant d’aller sur ce terrain. En 4ème, 3ème ou un peu plus, les enfants précoces que nous avons aujourd’hui ne peuvent pas dire avoir déjà fait l’amour. C’est une erreur grave. C’est brutaliser les choses. On ne va pas au sexe poussé par une scène ou un ami. Non, on va au sexe lorsqu’on est prêt et surtout lorsque le corps est prêt, la tête et aussi la poche ! Les élèves doivent comprendre aussi que les feuilletons sont des marchandises vendues et que leurs producteurs veulent se faire de l’argent. Ils y mettent des choses pour appâter. Il ne faut donc pas être dupe. Lorsque vous les regardez, les mauvaises pratiques, vous les ignorez et vous prenez connaissance des bonnes pratiques que vous allez échanger avec d’autres adultes de votre milieu pour voir si les réalités de ces pays-là sont conformes aux réalités de notre pays et pour savoir ce qu’il faut tirer comme profit. Après tout, il s’agit aussi d’une question culturelle. Est-ce que chez nous, les choses se passent ainsi ? Ce sont ces éléments de discernement qui vont permettre aux jeunes de retrouver leurs repères.
Nos enfants d’aujourd’hui veulent brusquer les choses alors qu’un adage dit « qui va lentement va sûrement. » L’enfant doit attendre le bon moment. Et lorsqu’on attend et tous les éléments sont réunis, on est heureux et épanoui. Les mères ont souvent la capacité de trouver les mots justes pour toucher la sensibilité des enfants et agir sur leur mental. Elles ont beaucoup à faire dans cet accompagnement des enfants.

Ulrich Vital AHOTONDJI
Estelle DJIGRI &
Hermann M. SAGBOHAN