RAVIP 02

S’il y dialogue dans le couple, le bébé qui arrive sera à l’aise à l’intérieur de ce dialogue-là puisqu’il est issu de la parole

L’éducation commence dès la conception d’un enfant.

Depuis la semaine dernière le Dr Comlan Rogatien Sègla, psychologue clinicien, professeur à l’Université d’Abomey-Calavi, prodigue des conseils aux parents pour préparer au mieux la venue d’un bébé. Si dans le premier numéro de cette série d’éducation à la vie, l’expert a parlé de l’attention que le conjoint et l’entourage doivent accorder à la femme enceinte, dans cette parution, il met l’accent sur le dialogue de qualité qui doit exister dans le couple pendant cette période sensible de leur vie.

Pensez-vous qu’un dialogue permanent entre le conjoint et la conjointe peut produire des effets positifs sur la grossesse ?

Oui. D’abord la grossesse est une parole. Vous vous rappelez que, chez « le Mahi », lorsqu’il y a un nouveau couple qui se forme nouvellement, les parents et surtout la mère demande à la femme s’il y a une parole « Hodéa », ce qui veut dire ‘‘est-ce qu’il y a quelque chose qui se pointe à l’horizon ?’’ Donc, c’est la parole qui est la source de la rencontre de deux êtres, c’est la parole qui fait que les deux dialoguent, et c’est la parole qui fait la conception. En d’autres mots, la grossesse est une parole et il faut un dialogue permanent pour mener à bien cette grossesse. Les gens croient que le fœtus n’entend rien et il est là comme une masse inerte. Psychologiquement déjà c’est un élément réactif qui est à l’écoute des deux parents. Donc, s’il y un dialogue entre les deux, lui, il va être à l’aise à l’intérieur de ce dialogue-là puisqu’il est issu de la parole et il aimerait que la parole soit permanente au sein du couple.

Comment la maman peut-elle dialoguer avec l’enfant qu’elle porte ?

A cinq (05) mois, tout ce qui est dans le cerveau est déjà mis en place. C’est à la naissance que les connections inter neuronales commencent à se mettre en place. Donc, tout ce qu’on fait laisse des traces au niveau du cerveau et c’est pour cela qu’on dit souvent que les enfants des mathématiciens deviennent mathématiciens, les enfants des musiciens deviennent des musiciens parce qu’il y a des traces mnésiques qui se sont déjà déposées dans le cerveau de l’enfant. Autrement dit, il y a des traces de tout ce que l’on fait sur le fœtus. Le cerveau est déjà présent et il emmagasine, entend, écoute et se met dans des dispositions. On les appelle des traces mnésiques. La mamandoit donc parler au fœtus dans le ventre comme à un être qui
est devant elle. Pendant la grossesse, le bébé est en mouvement. On peut l’apaiser en lui demandant d’être calme, en lui présentant des excuses. « C’est que j’ai fait un effort qui t’a bousculé. Il faut me le pardonner ». En parlant comme si l’être était devant soi, l’enfant entend. De la même manière, il faut lui dire des paroles valorisantes.

Que peut apporter le psychologue à une grossesse ?

Les parents doivent savoir que les psychologues peuvent accompagner les grossesses. Donc, il y a cette ignorance qui fait que lorsque la personne est enceinte, les problèmes sont beaucoup concentrés sur le médecin alors que les femmes en état peuvent être accompagnées par des psychologues parce que le psychologue, ce n’est pas seulement quand il y a problème qu’on le rencontre. On peut rencontrer le psychologue d’abord au moment de la formation du couple ou du fœtus. Ensuite, s’il avait de petites difficultés à l’intérieur du couple le psychologue peut intervenir pour finalement concilier les deux. Donc, le psychologue peut beaucoup avant et pendant la grossesse. Aujourd’hui, avec le monde que nous vivons, les couples se forment et se déforment à une vitesse astronomique. Il faut la place du psychologue au niveau de la sexualité, au niveau du psychologue social et celui du psychologue clinicien pour apporter un soutien.

Hermann M. SAGBOHAN