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Entretien : Jean-Euloge Gbaguidi, Directeur de l’ENSTIC, à propos de l’insertion professionnelle des étudiants en journalisme

Écrit par Educ'Action on .

Jean Euloge Gbaguidi« Je ne pense pas à un chômage des journalistes avant plusieurs décennies »

Conséquence de la restructuration de la carte universitaire au Bénin, l’Ecole Nationale des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ENSTIC) a quitté Savalou pour s’installer dans l’enceinte de l’Université d’Abomey-Calavi. Au micro de Educ’Action, son directeur retrace ce parcours de combattant en nourrissant des espoirs pour une meilleure insertion professionnelle des étudiants de la troisième promotion de Licence qui viennent de présenter le fruit de trois années de cours, de recherche et de stages pratiques. Lisez plutôt !

Educ’Action : Parlez-nous brièvement du début de votre séjour à l’UAC après votre déménagement forcé de Savalou ?

Jean EulogeGbaguidi : Après mon séjour à la tête de l’école il y a deux ans, j’ai été rappelé par le recteur en janvier 2017 pour reprendre l’école en mains suite à la décision de restructuration de la carte universitaire. Alors, j’ai pris le train en marche. Il a fallu réorganiser le transfert des étudiants, des dossiers de l’administration, des matériels et autres vers l’UAC. Nous avons aussi procédé à la passation de service au cours de laquelle nous avons été informés de ce qu’il y avait une vague d’étudiants qui devaient soutenir depuis novembre 2016 à Savalou. Le recteur nous a alors donné comme mission de vite prendre en mains ce dossier afin que les étudiants ne perdent pas le temps. Au vu de tout cela, notre attente a été vite perçue par le recteur qui a mis ce bâtiment ‘’ amphi Téléthon’’ flambant neuf et meublé à notre disposition. Cette décision a réglé beaucoup de problèmes au niveau de l’installation des étudiants de telle sorte que nous n’avons pas des étudiants éparpillés dans l’université. Les bureaux aussi sont disponibles et en cours d’équipement. L’administration de l’ENSTIC se met progressivement en place.

Au regard de cette vague de soutenances qui vient de finir, peut-on dire que les fruits ont tenu la promesse des fleurs ?

On ne se juge pas soi-même et je pense qu’il ne serait pas prudent de me mettre à apprécier les étudiants. Mais puisque l’administration est une continuité, je peux me permettre de dire que nous avons hérité d’une situation assez difficile que nous avons essayé de transformer en une situation moins difficile. De manière générale, lorsque nous avons évalué le niveau de nos élèves-journalistes arrivés de Savalou, nous nous sommes rendu compte qu’ils avaient un niveau assez faible.Nous avons expertisé les mémoires qui nous ont été transmis et la  commission qui s’en est chargée a suggéré que nous offrons aux étudiants la possibilité de consolider leurs documents et surtout de se faire accompagner par des professionnels. Il faut remarquer aussi qu’à un moment donné, il n’y avait pas d’enseignants de profil journaliste à Savalou. Donc, tous les étudiants ont vu leurs mémoires diriger par des gens qui n’avaient pas le profil. C’est ainsi que nous avons organisé des séances de renforcement de capacité en cours de méthodologie, de français et celui sur les principes et règles du journalisme. Les cours ont duré deux mois. C’est après cela que des co-maîtres, qui sont des  professionnels, leur ont été attribués afin de couvrir ce qui aurait pu être une faiblesse pour eux. Aujourd’hui, c’est donc la fin de ce processus. Dans l’ensemble, ils ont tous reconnu que c’était une très bonne décision de les avoir fait attendre en organisant ces séances de renforcement de capacité. Pour être vraiment satisfaits, nous allons faire le point des notes et mentions obtenues avant de juger si nos efforts ont porté des fruits.

Après six mois d’activités, quel bilan faites-vous de votre séjour à la tête de cet établissement ?

Déjà, nous sommes arrivés à bien conduire tous les enseignements du premier semestre de la première à la troisième année, avec des professionnels des médias, des gens expérimentés. Nous avons fait les examens qui ont été corrigés et le secrétariat est en cours. Les étudiants ont fait des sorties pédagogiques et, comparativement à ce qui se faisait à Savalou, ils ont compris l’importance d’être ouverts sur le monde et les médias pour comprendre ce qu’est leur profession. Du point de vue académique, on peut dire que le bilan est satisfaisant. Le second semestre, lui, va s’achever le 15 juillet. Il faut dire aussi que le rectorat, à travers l’agence comptable, est resté attentif à tous nos problèmes en  attendant les subventions que l’État envoie à l’école.

Au regard de la situation d’employabilité difficile dans le secteur des médias et de postes quasi-inexistants, pensez-vous que vos étudiants pourront se faire une place au soleil ?

Je suis vraiment optimiste, car, nous sommes très loin de satisfaire les besoins qu’il y a sur le terrain au Bénin. En effet, aujourd’hui, nous avons le journalisme qui ne se fait qu’à Cotonou, or le Bénin ne s’arrête pas à Cotonou. On a besoin de créer des médias partout. Par exemple, moi, j’ai été dans un pays où même les usines ont leurs journaux. L’autre chose, c’est que tout le monde est d’accord que dans la presse béninoise se pose une question de qualité. Face à cela, je suis convaincu que les produits de l’ENSTIC emmèneront progressivement la qualité. Les anciens seront obligés de les accepter et de leur faire de la place, car, nous sommes sur un marché où on ne peut plus faire de l’à-peu-près. Notre vision, c’est de faire en sorte que, dans les 5 années à venir, l’ENSTIC soit citée lorsqu’on parle de formation à la pointe en journalisme. Je suis convaincu que quand on a la formation et la compétence qu’il faut, il y a toujours de la place pour exercer ce qu’on a appris. La troisième dimension, c’est que le métier des médias est un métier libéral.

Quelles sont les opportunités d’auto-emploi qui se présentent à vos licenciés ?

Si nous souhaitons que nos petits pays soient présents dans les médias et surtout ceux que nous avons grâce à Internet, chaque apprenant qui sort d’une école doit être un producteur. Aujourd’hui, les outils de travail sont démocratisés, car, ils sont devenus moins coûteux. La web TV, la web Radio, le web journalisme en général, constituent autant d’opportunités pour peu qu’on ait envie de travailler, qu’on soit créatif, dynamique et travailleur. Je ne pense pas à un chômage des journalistes avant plusieurs décennies. Nous n’avons pas de journalistes spécialistes des questions internationales, de l’histoire, de l’archéologie, de la physique, des mathématiques, des questions africaines, du Nigéria, du Maghreb, … On n’en a point dans le pays et c’est à cela que nous nous attelons. Nous n’avons pas de spécialistes de l’agriculture qui est pourtant le moteur de notre développement. La spécialisation est donc une nécessité. Il faut ce genre de profil spécialiste pour sortir les débats afin d’éclairer les politiques.

Nous sommes présentement dans la dynamique de migration de l’analogique vers le numérique, quelles dispositions prenez-vous à cet effet dans la formation de vos apprenants ?

Nous sommes ‘’nés’’ dans cette dynamique. Ne serait-ce que sur le plan de l’équipement, tous nos appareils sont numériques. Nos étudiants ne font les pratiques que sur ce genre d’appareils. Certains ont même dit qu’ils ont utilisé leur Smartphone et ont fait le montage sur ordinateur. Quand vous l’écoutez à la diffusion, on se dit donc que quelque chose est faisable. Moi, je ne mets pas le passage au numérique dans la technologie qui est le contenant. Le passage au numérique signifie avoir plus de possibilités de productions. Cela signifie donc de former des gens capables de trouver des thèmes, des sujets, des projets, dans tous les domaines où produire et nous permettre d’être présents dans tous les médias possibles ou rendus possibles par le passage au numérique. Le plus grand défi pour nous, c’est de former les étudiants que nous avons, à la conception et à la réalisation de production de qualité standard capables d’être vus et acceptés partout. Ce qu’on peut apprendre dans une école, c’est la méthode, la conception, la réflexion et, lorsque la technologie change, au bout de quelques journées ou semaines de recyclage, vous vous adaptez à la nouvelle technologie mais avez toujours votre capacité intellectuelle pour produire. Pour cela, ne viendront pas ici des gens qui se perdent de chemin. La vision de l’école qui est partagée par les autorités rectorales, c’est de faire de l’ENSTIC une grande école dans la sous-région, voire du continent. Si on peut un jour nous citer avant le CESTI, je serai heureux. Notre ambition, c’est de devenir grand parmi les grands.

Propos recueillis par Adjéi KPONON

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