banner ong educaction

La transhumance intellectuelle ou éloge de la transhumance politique ?

Ce qui m’a toujours rendu perplexe, c’est la notion de transhumance ! Quand on en parle, je vois de paisibles ou violents peulhs faisant paitre d’immenses troupeaux qui passent, traversent les alentours de village, piétinant actuellement les champs pleins de coton à défaut d’autres solutions quand ce n’est pas le champ de maïs, de shorgo ou de manioc au grand dam des paysans inquiets, jaloux de leurs intérêts et donc violents...

A cette image d’un peuple qui travaille, qui défend ses maigres intérêts et qui se cherche, on ajoute souvent celle irrespectueuse, quasi-fourbe et amorale d’hommes, qui, repus ici, partent de l’autre côté pour plus de liasses d’intérêts; et on parle de transhumance politique. C’est quand même dommage! Nos pasteurs autant que nos paysans, défendant le fruit de leur sueur, ne méritent pas cette comparaison car, qui a vu un jour un député dans ses pré-carrés (voiture, villas, bureaux) climatisés transpirer? Donc, on ne devrait pas parler de transhumance...On me dira que comparaison n’est pas raison!
Comme l’image existe, moi, je voudrais parler d’un type de transhumance qui existe aujourd’hui dans notre système éducatif et qui consiste en ce qu’un élève qui a été une fois ou plusieurs fois à un type de BAC, calcule alors la série qu’il estime facile pour se présenter et.. réussir : ainsi, un élève de la série D, ayant échoué plusieurs fois se retrouve en série A parce que, semble-t-il, c’est plus facile et il réussit. L’élève de la série C, va en D ou A pour réussir. Vous avez compris que la série A devient la plus facile. Y-a-t-il transhumance ou hybridisme ou nomadisme? La conséquence de tout cela est bien là. Et on conclut alors que l’élève a un BAC qu’il ne mérite pas intellectuellement, car n’étant pas du domaine. Mais, il aurait pu évidemment avoir le BAC C ou D ou etc. Quelles conséquences donc ?
La première est de savoir quelle orientation donner à cet élève ? Il va apprendre quel métier ; aller dans quelle faculté surtout avec des parents modestes et encore de plus en plus modestes dans un Bénin révélé qui se fait attendre. Ici aussi, on calcule, on suppute et on décide d’aller en Droit ou en Sociologie ou quelque science sociale quelconque (On réussit facilement aussi comme on a réussi au BAC!). On a envie d’aller maintenant en CBG, mais avec le BAC A, même si on a un niveau de BAC D. Hé! Imbroglio negro.
Quand on souhaite étudier dans les innombrables écoles ou instituts supérieurs sans compétence réelle parce que, d’abord sans véritable harmonie curriculaire et sans ouverture vers les structures anglophones de qualité pour apprendre. On préfère encore ici la facilité des cours de marketing ou de banque finance dispensés par des professeurs sortis du biberon d’un cursus universitaire creux à force de vides répétitions et qui ne connaissent pas du tout le monde du travail. Pendant ce temps, les promoteurs d’écoles tout puissants comptent cyniquement les bénéfices de formations vouées au chômage.
La seconde, c’est qu’à l’évidence, nos séries ne correspondant plus vraiment à grand-chose, car réductrices. Il faut les revoir en créant un Secondaire Général plus souple en termes de séries qui s’entremêlent un peu mieux ; où comme dans certains pays l’élève choisit ses coefficients dans ce qui lui est proposé. Nos problèmes ne sont donc pas seulement dans le ‘’Technique’’ et le ‘’Professionnel’’ qu’il faudra recréer et impulser comme cela a commencé ; ils sont aussi dans le ‘’Général’’ qu’il faudra assouplir et adapter.
En fin de compte, tout se mélange : une éducation supérieure encombrée et peu performante, des enfants qui ont le BAC et qui croient ou pensent que c’est un sésame et qui vont de désillusion en déconfiture et finissent dans la retraite de papa ou les petits sous de commerce de maman qui sont obligés de leur payer une pension alimentaire en attendant des lendemains qui déchantent et comblent de malheur des enfants qui continuent, se forment vaille que vaille pour un avenir sûr : le chômage.
La morale de cette histoire va vous étonner : Quand tous ces enfants se réveilleront et nous pourchasseront toutes et tous, seule une catégorie de personnes qui ont appris à louvoyer, à changer tout le temps de veste, de lieu et de temps ; qui savent manier le verbe et le cynisme s’en sortiront à savoir les transhumants politiques...

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.