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L’argent de l’éducation : le financement public

L’allocution du Président ghanéen à la Conférence du Partenariat Mondial pour l’Education, en février dernier, continue de trotter dans ma tête.

Pour rappel, il a souhaité que les pays africains cessent de tendre la main pour leur éducation et qu’ils s’occupent de mobiliser le financement de cette éducation en interne, car ces moyens existent. Nos pays sont riches, mais la corruption nationale et internationale emporte tout l’argent et in fine, nous vivons d’aides, de subsides qui ne permettent pas de donner une éducation conséquente à nos enfants.
Il a dit tout haut ce que beaucoup de dirigeants, de cadres, d’associations pensent tout bas. En effet, nous mettons énormément d’argent pour l’éducation dans nos pays. Nous pouvons en mettre plus. La question n’est pas seulement de savoir où va tout cet argent, ou encore d’où vient-il ? Est-ce qu’il est disponible vraiment pour une utilisation efficace et efficiente ?
Au Bénin, un réseau d’ONG à savoir la Coalition Béninoise des Associations pour l’Education pour Tous (CBO-EPT) s’interroge sur cette situation et a d’ailleurs commandité une étude à cet effet. La question est simple ici : Où se trouve et où passe l’argent de l’éducation ? Qui sont ceux qui financent l’éducation ? Peut-on faire mieux ? En attendant de se rapprocher de cette structure pour des réponses et surtout la mise en place de mécanismes et d’actions concrètes, il est utile de prendre l’exemple du Bénin et de constater à quel point on se retrouve devant un énorme gâchis.
Le financement de l’éducation est à la fois public à savoir l’Etat et privé i.e. venant des ménages, des entreprises éducatives (écoles privées), d’autres entreprises privées, des ONGs, des collectivités locales, des PTFs.
L’Etat béninois met depuis quelques années 32% environ de son budget dans l’éducation pour une population scolarisée de 3.500.000 d’élèves et étudiants. Mais alors, le diable est dans les détails. Les Ministères en charge de l’éducation reçoivent environ entre 20 et 22% de ce financement tandis que le reste, au Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), est affecté au paiement, notamment des vacations et aux subventions des écoles. En 2015, ces Ministères sectoriels ont reçu 213, 338 milliards de Francs CFA.
Mais le budget de l’Etat, dépendant pour une large part des recettes fiscales, est avant tout une prévision qui arrive dans les Ministères en charge de l’éducation par séquence trimestrielle, dépendant du temps où le budget a été voté, ainsi que des Plans de Travail Annuel des sous secteurs de l’éducation. Il y a donc déjà un premier goulot d’étranglement qui est la véritable mise à disposition de ce financement par le Ministère des finances.
Ensuite, 94% de ce financement servent à payer les enseignants et à faire fonctionner les Ministères de telle façon que les investissements, c’est-à-dire la réalisation d’infrastructures comme la construction de salles de classe, tiennent dans les 6%.
Ce qui se passe généralement, c’est que même si le budget général de l’Etat est voté à temps par l’Assemblée, l’allocation des ressources dans les Ministères traine et le premier quart est disponible après trois, voire quatre à six mois ! Entre temps, les décideurs politiques et financiers du Ministère s’occupent surtout de passer les marchés de biens et services à des prestataires qui sont payés bien plus tard par le MEF, mais dont le « remerciement » immédiat est exigé par certains. Idem pour le budget d’investissement.
Les Directions des Ministères sectoriels commencent par mener des activités plusieurs mois après le début de l’année et chaque Direction ne pense qu’à ses activités qui se déroulent en dehors de Cotonou. Les financiers passent une large partie de leur temps au Ministère des finances pour profiter de l’ouverture du SIGFIP ou pour «huiler» les mécanismes permettant son ouverture.
En fin de compte, le budget de l’Etat devient un marchandage, un jeu de pouvoirs qui n’obéit à aucune règle, sinon celle des plus forts, des décideurs capables d’ouvrir et de fermer le SIGFIP pour des sectoriels qui priorisent les dossiers rentables (?).
Brutalement à la fin de l’année, lorsqu’il reste un mois ou au plus deux mois, les vannes s’ouvrent. On exécute ou plutôt on bâcle des activités avec frénésie de telle façon que plus de la moitié des programmes se fait en quelques jours, se chevauchant allègrement pour justifier d’un budget exécuté à 90% !
En conclusion, on se retrouve avec un financement public important dont une partie importante n’a pas été libérée par le MEF, dont la plus grande partie après ce qui sert à payer les enseignants, a été très mal exécutée, profitant plutôt à la chaîne de dépenses, aux décideurs et administrateurs. Question : où sont les enfants dans tout ça ?

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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