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Qu’est-ce que le beau ?

Presque tout le monde s’accorde sur le fait que la philosophie est inutile. Moi aussi et je vais apporter de l’eau à votre moulin sinon, comment comprendre que dans une société béninoise où la chaleur est intense, les ceintures sont serrées au dernier degré, l’on puisse vouloir épiloguer sur le beau, préoccupation plus que futile !


Certains esprits libidineux, du temps de la manne des primes et autres avantages financiers sous l’ancien régime, se demandent si je voudrais évoquer les concours de Miss Bénin où on se retrouvait avec de ces filles filiformes en maillot de bain qui faisaient tant saliver.
Non ! De toute façon, quand on parle de beauté, moi j’ai encore dans la tête, les canons du village où le premier critère pour une jeune fille dans ce cadre, c’est la qualité de son bassin capable de mettre au monde plusieurs enfants et toutes les promesses quant à son embonpoint future, gage de l’honneur qu’elle fait à son mari. Ah ! Le bon vieux temps.
C’est vrai, en termes de beauté, ni l’un, ni l’autre ne semble très flatteur pour les femmes. On ne m’ôtera quand même pas de l’esprit que le spectacle de ces jeunes filles sous alimentées et qui défilent en montrant leurs maigres attributs, ne donne pas beaucoup d’appétit.
Mais alors de quelle beauté s’agit-il et qui me préoccupe autant ? Vous serez étonnés en apprenant que l’idée de cette chronique me vient de mon cousin qui est au village et qui est promis à un bel avenir : imaginez qu’à moins de trente ans, il est adjoint au chef de quartier de son village, ayant depuis longtemps abandonné les études; président de l’association des jeunes de son église évangélique et membre éminent de la section de son parti qui est affilié au nouveau départ ! Les esprits chagrins pourront tout dire et tout faire; il ira loin. Même si actuellement, il n’a pas de boulot, ces activités travaillent pour lui et un homme qui parle PAG et de RAVIP à longueur de journée, connaît le sens du vent.
Mon cousin, ce puissant personnage local est donc venu et s’est retrouvé chez moi dans la nuit d’un certain jour. Habitant quelque part en face du CEG Houéyiho, le matin de bonne heure, j’ai entendu les cris de cet homme vertueux qui s’était réveillé tôt à son habitude pour prier Dieu tout puissant. Je me suis levé en sursaut le cherchant et le trouvant enfin devant le pavé où défilait déjà le peuple des besogneux allant au service. Je le vis donc devant le pavé, émerveillé par l’ouvrage du Ministère du cadre de vie qui avait transformé le paysage.
Que c’est beau ! s’exclama-t-il. « Jai eu raison de soutenir le Bénin révélé : plusieurs Présidents sont passés mais l’actuel les a dépassés en nous rapprochant par la qualité de ses ambitions de Paris et de Londres ». Vous comprenez donc que mon cher cousin a connu ces pays. Si j’avais su, continua-t-il, je serais arrivé avec mon costume du dimanche et aurait fait des photos. Nous n’avons plus rien à envier aux grandes Nations et nous pouvons recevoir tout le monde et faire venir l’argent dans le pays ». Je fus au diapason de son enthousiasme : c’est de la beauté que sortent les grandes choses, assura-t-il.
Vous comprenez donc de quelle beauté il s’agit maintenant et je sais que la plupart d’entre vous y adhèrent.
Fatigué et en pleine extase, mon cousin, théoricien du beau, se décida à prendre son petit déjeuner. Il fit la moue devant le café au lait et le pain, lui qui a connu Paris et Londres et réclama son assiette d’abobo (haricot) et décida lui-même d’aller au bout de la rue l’acheter car souligna-t-il, il y avait une dame de son village, par demeurant fort charmante qui le vendait. Il revient très bientôt avec un air courroucé ! Mais je ne reconnais plus ton quartier : où est la vendeuse d’«abobo» ; la vendeuse de pain qu’on voit avant elle, et celui chez qui je mange du porc. Qu’est-ce qui s’est passé ? A chaque fois que je demande d’après quelqu’un, on me dit que les gens ont été déguerpis à cause des travaux. Quelle est cette beauté qui nous ôte le pain et nous arrache les belles femmes. Mais c’est dans le travail qu’est le trésor, la beauté !
Que répondre à tant de véhémence d’un ventre vide et juste orphelin d’un plat de haricot et de la belle femme qui le vend ! Nous, nous sommes déjà résignés et nous savons que les goûts et les couleurs ne se discutent pas ! Surtout pas avec le plus fort (i.e. le Bénin révélé).

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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