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Eloge de l’erreur

Toujours dans la poursuite de l’éducation de nos enfants, il est important de leur montrer qu’il est difficile de poser des vérités inattaquables à la façon de 1+1=2.

Déjà, cette vérité mathématique est tellement difficile à soutenir (?) de telle façon que si on peut affirmer qu’un homme plus un homme égale deux hommes, qu’en est-il d’un homme et d’une femme ou d’une souris et d’un cabri? L’élève intelligent va toujours faire remarquer qu’il y a la constante deux (02) à laquelle on peut ajouter la notion d’humains ou d’animaux. Pour moi, il y a trop de variables pour que la constante deux (02) soit toujours la même.
Ce que je voudrais apprendre à nos enfants, c’est la notion d’unanimité et de paradoxe. Ainsi, dans le cas d’espèce, avec la formule mathématique, il y a unanimité sur le résultat malgré le doute paradoxal que je voudrais semer en soulignant plus haut que la vérité mathématique «est tellement difficile à soutenir».
Examinons maintenant cette notion d’unanimité. Nous retenons ici qu’elle fonde la vérité. Elle a l’avantage de nous mettre d’accord et de nous unir face à une affirmation ou à une situation de telle façon que nous nous retrouvons en phase et donc en paix les uns avec les autres. Ainsi les individus qui, dans un couple ou dans une société, face à une situation, s’accordent grâce à l’unanimité de leurs opinions, sèment les ferments de la paix, de la joie et de l’entente.
Prenons le cas d’un couple (homme et femme) après des dizaines d’années de vie commune qui semble être parvenu à percer le secret de cette entente, de cette paix que fonde la constance de cette unanimité de telle façon que leurs enfants et petits-enfants jurent ne les avoir jamais entendus se disputer... De même, on se félicite dans ce pays où unanimement, tous les acteurs politiques et ceux de la société civile récitent les vertus du souverain démocrate. Plusieurs pays l’ont connu autour de nous et même à chaque changement de pouvoir, la même récitation continue.
La thèse que je voudrais soutenir, est que cette unanimité qui semble être l’expression de la vérité me dérange. Elle cache des compromissions et des soumissions. Les esprits intelligents diront qu’en réalité, il n’y a pas d’unanimité mais plutôt consensus.
Mais alors, le consensus qui constitue le socle de la démocratie vous pose à vous un problème qui m’interpelle et me rassure-moi. Ainsi si l’unanimité est faite de compromission et de soumission, toute chose négative et peu souhaitable, le consensus est plutôt l’expression de la concession et du dialogue. Dans un groupe qui parvient au consensus, c’est donc qu’il y a des gens qui ne sont pas d’accord mais qui, pour l’intérêt général, acceptent en grognant, en rechignant mais en comprenant.
Reprenons l’exemple du couple. Parce que c’est le père qui impose l’unanimité, on se trouve devant une fausse entente, une paix totalitaire faite de force. La mère accepte les infidélités, la seconde épouse au nom de ses enfants dans une société machiste qui dit toujours: «supporte et tais-toi»! Dans un pays, la paix s’obtiendra alors par toutes sortes de forces nuisibles braquées sur les opinions opposées au nom d’une pensée unique et inique; au nom d’un monologue fait de marches de soutien, d’agenouillements et de paix totalitaire.
Là où vous avez raison, c’est que la vérité est unique et tout le monde doit être d’accord. Là où j’ai tord, c’est de soutenir que la vérité, qu’elle soit mathématique ou sociale, n’est pas unique ou plutôt, face aux situations de la vie, il n’y a pas une vérité sinon une solution unique de telle façon qu’il faut laisser chacun s’exprimer et trouver dans ce dialogue fait d’opposition et de contradiction le chemin du vivre ensemble.
Ce que je voudrais apprendre à nos enfants, c’est que se tromper ensemble apporte encore plus d’harmonie et de paix que d’avoir raison tout seul. Etonnant non?

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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