banner ong educaction

La sociologie de l’éducation vue par Dr Gilbert Coovi

« Le sociologue de l’éducation analyse la société par rapport aux valeurs transmises »

Le citoyen lambda se demande à quoi sert, en général, l’enseignement des sciences humaines à l’Université, et en particulier celle de la sociologie de l’éducation. Pour lever toute équivoque sur la question, Gilbert Coovi, docteur en sociologie du développement avec pour spécialité sociologie de l’éducation, éclaire via cet entretien les lecteurs du journal Educ’Action. Pour lui, le sociologue de l’éducation est incontournable dans la conception des curricula.

 

Educ’Action : Qu’est-ce que la sociologie du développement ?

Dr Gilbert Coovi : La sociologie du développement veut dire que le développement est un fait social. Un fait qui vous implique. Même si vous ne voulez pas du développement, vous allez subir le développement. C’est un phénomène qui existe sans vous et qui a d’expansion et que vous ne pouvez pas arrêter. Emile Durkheim parle du fait social. Il dit d’étudier les faits sociaux comme des objets. A partir de là, il a tenté de donner une armature scientifique à la sociologie. Et pour lui, éduquer, c’est essentiellement socialiser. Donc, l’éducation pour Emile Durkheim est la socialisation. Et cette socialisation implique simultanément deux phénomènes : la régulation et l’intégration. Par l’intégration, l’acteur social essaie de se conformer aux valeurs, aux normes, aux biens de la société. La régulation permet à ceux-là qui doivent intégrer, de jauger de sa capacité d’assimilation des valeurs et de leur application. Deux phénomènes qui vont ensemble et simultanément.

Quel est le rôle du sociologue de l’éducation dans le système éducatif de son pays ?

Le sociologue de l’éducation analyse la société par rapport aux valeurs transmises puisque c’est par le biais de l’éducation qu’une société transmet ses valeurs de génération en génération. C’est ce qui permet à la société de continuer d’exister, de subsister, de résister et d’être. Là, c’est la culture de la société qui est transmise de génération en génération par l’éducation.

D’où vient l’éducation ?

Il y a la philosophie d’un groupe culturel. Cette philosophie émane de la cosmogonie du groupe. Cette cosmogonie est l’ensemble des représentations, des questions et des réponses que les acteurs sociaux donnent aux phénomènes de leur environnement et aux forces qui sont présentes dans leur environnement. A partir de là, ils donnent un contenu à leurs prérogatives, aux enseignements et à l’éducation. Voilà la raison pour laquelle il n’est pas bon de plaquer les programmes qui viennent d’ailleurs in extenso dans une société. La société engendre elle-même les contenus à donner à son éducation puisque ses valeurs ne sont pas les mêmes. Et les valeurs mêmes sont relatives. Ce qui est valeur dans une société « x »peut ne pas l’être au niveau de la société « y ». En ce moment, nous parlons de la relativité des valeurs. Une bonne éducation se vérifie par rapport à ses produits, c’est ce que dit Garçon Minarais. Donc, une bonne éducation, une bonne école s’évaluent par rapport à ses produits. Si ses produits sont de qualité, donc l’éducation est bonne et la formation aussi.

En tant que sociologue de l’éducation, êtes-vous satisfait de l’éducation béninoise ?

Comme l’on peut déjà s’en douter, le système éducatif béninois est en crise d’autant plus que les produits sortis des écoles ne répondent pas encore à la question du développement. Il semble le hiatusentre la formation et les besoins de l’emploi. Tel que souhaité, l’intelligence doit remonter des mains à la tête. Il doit avoir une dialectique entre les sens qui partent des mains et le cerveau. Mais, l’école telle que c’est conçu et amené jusque-là et pratiqué ne forme que pour interpréter, pour répéter. Il n’y a pas beaucoup de produits sortis de l’école qui créent. Or, sans des initiatives créatrices, aucun pays ne peut se développer. C’est là où j’ai noté une certaine conformité, vérité, entre quatre déclarations des hommes politiques de ce pays. Le premier est Emmanuel Mounier, administrateur colonial et philosophe. Il disait « le Dahomey est le quartier latin de l’Afrique. Mais, cet intellectualisme enclin à la méchanceté, à l’hypocrisie … est de nature à enterrer le développement de ce pays ». Le second est le général Soglo qui disait que « depuis les indépendances, le Dahomey marque les pas, mais n’avance jamais ». Le troisième qui est feu Général Mathieu Kérékou a taxé les intellectuels « d’intellectuels tarés. »Il dit qu’il s’adressait aux intellectuels africains en général qui ne pensent pas le développement de leurs pays. Le dernier est le président Patrice Talon qui dit que le Bénin constitue « un désert de compétences. »

Quelle est l’implication des sociologues de l’éduction dans la conception des curricula ?

Pour concevoir les curricula, il est important de faire appel aux sociologues de l’éducation qui doivent orienter par rapport aux valeurs et aux vertus avisés et par rapport aux besoins de la société. Donc, pour orienter ou pour créer une filière, on a besoin du sociologue de l’éducation qui doit donner son avis parce qu’ayant analysé la société, les institutions, il sait ce qui manque ici et ce qu’il faut là-bas. Telle que la société fonctionne, il peut projeter, du point de vue de l’éducation (sans être un programmeur) peut dire que nous tendons vers une génération de telles compétences vieillissantes qu’il faut remplacer ou prévoir. On ne doit pas former pour former. C’est après avoir formé qu’on se rend compte que la société n’en a pas besoin. Il faut voir d’abord ce que les acteurs sociaux ou les communautés savent déjà faire pour orienter leur éducation. Le sociologue de l’éducation est en amont et en aval. Emile Durkheim disait « ce n’est qu’après avoir conçu le type d’homme à former qu’il est possible de trouver les moyens pour y parvenir ». Le sociologue de l’éducation connaissant les manques et les besoins de la société peut dire qu’on a besoin de tels types d’homme à former. Et il pose la problématique de comment y parvenir, d’où les curricula qu’il faut mettre au point pour avoir le profil d’homme souhaité dans la société.

Pouvez-vous illustrer vos propos ?

Par exemple, si hier les interprètes étaient bienvenus, aujourd’hui non. Rouler correctement le Français aujourd’hui c’est bon, mais ce n’est plus tant notre besoin. Qu’est-ce que tu sais faire ? Et c’est ça qui est valorisé, par exemple, aux Etats-Unis d’Amérique. Et c’est là nous devons orienter la compétence. Former, aujourd’hui, doit être acquis de compétences pour faire quelque chose. Quand on dit l’éducation vise à donner le savoir-faire, le savoir-être, tout cela est retrouvé dans la compétence. A tout cela, s’ajoute l’efficience, comment avec peu de moyens, avoir plus de résultats. Donc, c’est qu’on doit viser aujourd’hui.

Réalisation : Maurice H. SAGBOHAN

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.