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Barry Boubakar au sujet du programme d’éducation des éleveurs

" Pérennisation des acquis du programme du Prepp "

Après le Programme d’Appui à l’Education et à la Formation des Enfants exclus du système éducatif formel (PAEFE), et le Programme de Cours Accélérés (PCA), vient ensuite le Programme Régional d’Education et de Formation des Populations Pastorales en zones transfrontalières (PREPP).

Lors du lancement de la deuxième phase tenu à Cotonou, le journal Educ’Action a rencontré Barry Boubakar, coordonnateur du PREPP, qui est également chargé du Programme Education de l’Association pour la promotion de l’élevage au sahel et en savane. L’homme nous parle des actions envisagées par le PREPP et les partenaires impliqués.

Educ’Action : Comment est née l’initiative de la mise en oeuvre du PREPP ?

Barry Boubakar : Le PREPP est venu d’un processus de réflexion et de concertation entre les organisations pastorales et la Coopération suisse, parce que ces organisations pastorales ont estimé qu’il fallait trouver une solution à la problématique de l’éducation-formation des communautés pastorales qui jusque-là sont restées en marge des systèmes éducatifs classiques. Donc, il fallait trouver une offre alternative pour prendre en compte la problématique de leur éducation et de formation puisque ce sont des citoyens de tous les Etats. Dans le cadre des principes de l’éducation pour tous, ils doivent avoir accès à l’éducation. C’est une question d’équité et en même temps une question de justice sociale.

Quels sont les espaces frontaliers concernés par le PREPP ?

Le PREPP concerne les éleveurs transhumants des zones transfrontalières. Ils sont dans les espaces transfrontaliers au niveau de cinq (05) zones transfrontalières. La première zone transfrontalière concerne le Bénin, le Burkina-Faso, le Togo. La deuxième zone regroupe le Mali et le Burkina-Faso. La troisième zone est composée du Bénin et du Niger. La quatrième zone concerne le Mali et la Mauritanie, et le Niger et le Tchad composent la dernière zone. Donc, ce sont les populations qui sont transhumantes de ces zones transfrontalières qui sont prises en compte aussi bien au niveau de l’alphabétisation que de l’éducation formelle.

En quelle année le PREPP a vu le jour et combien d’années comptent une phase ?

Le PREPP a vu le jour en 2014. C’est un programme qui est subdivisé en trois phases. La première phase a pris fin en juin 2017. Actuellement, nous sommes au début de la deuxième phase du PREPP qui va jusqu’en 2021. Elle est accompagnée essentiellement par la Coopération Suisse. Une phase dure quatre (04) ans et le programme bénéficie de l’accompagnement de la Coopération suisse sur une période de douze (12) ans.

Lorsque cette période de soutien de la Coopération suisse va prendre fin, est-ce que le PREPP pourrait continuer à exister pour mener à bien ses activités ?

Justement, c’est la raison d’être de ce comité d’orientation parce que nous avons instruit ce comité d’orientation sous le thème : « Pérennisation des acquis du programme ». Nous avons estimé que c’est un programme que tous les acteurs jugent pertinents : les Etats, les Partenaires Techniques et Financiers, les Institutions sous régionales. Dès lors que le programme est jugé pertinent par tous les acteurs, ils ne devraient pas s’arrêter du fait du retrait d’un partenaire. Motif pour lequel nous avons convoqué tous les acteurs afin de mettre en branle tous les mécanismes qui vont contribuer à la pérennisation des acquis de ce programme.

Est-ce que ces assises de Cotonou visent à inviter tous les gouvernants à désormais considérer l’existence de ce programme et en conséquence à lui réserver une ligne budgétaire pour sa pérennisation ?

L’un des objectifs est de faire en sorte que les Etats puissent inscrire le programme dans leur politique sectorielle de développement de l’éducation et de la formation professionnelle. C’est l’un des premiers pas vers la pérennisation de ce programme parce que dès lors qu’il est inscrit dans les politiques sectorielles, il y aura un renforcement des lignes dédiées à l’accompagnement de la mise en œuvre. C’est le premier niveau d’ancrage institutionnel au niveau des Etats.

Quels sont les résultats obtenus lors de la première phase ?

Les résultats de cette première phase sont importants. Au plan pédagogique, nous avons réussi à inscrire ou à enrôler près de 10.000 apprenants avec près de 40% des femmes, tous des éleveurs transhumants. Avec un taux de succès de 76%. Au niveau de la formation professionnelle, nous avons réussi à inscrire près de 1.500 apprenants dont plus de 500 femmes qui ont tous appris des métiers. Certains ont déjà achevé le cycle d’apprentissage au moins d’un métier. Au niveau de la coopération transfrontalière des composants, nous avons réussi à mettre en place des comités transfrontaliers dans toutes les zones transfrontalières pour impulser une dynamique de dialogue social et de dialogue politique qui puissent faciliter l’exercice de la transhumance mais qui puissent aussi permettre la prise en charge et l’ancrage institutionnel du programme au niveau des collectivités territoriales et au niveau des plaidoyers pour des acquis importants.

Quelles sont les retombées de l’implication de la CEDEAO dans ce programme ?

La CEDEAO a réussi à faire prendre une résolution pour l’ensemble des ministres afin que cette problématique soit inscrite dans les politiques sectorielles des Etats.

Quelles dispositions avez-vous prises pour régler le conflit éleveurs agriculteurs ?

Je crois qu’au cours des travaux, nous avons pu démonter à tout point de vue que le PREPP n’est pas la réponse à la question des conflits. Au contraire, c’est l’une des réponses parce que le PREPP a plusieurs dimensions : il y a la dimension éducation -formation parce que nous pensons que certains de ces conflits tirent leurs sources de l’ignorance des éleveurs en matière de réglementation de la transhumance, mais aussi en matière de réglementation de coexistence pacifique entre agriculteurs et éleveurs. Donc, dès lors que ces éleveurs sortent de l’ignorance, nous espérons pouvoir atteindre des objectifs en termes de coexistence pacifique entre les différents acteurs. Nous avons également une coopération transfrontalière qui réunit les maires, les préfets et toutes les autorités de part et d’autre des différentes frontières. C’est un espace de dialogue qui va faciliter la sécurisation des espaces pastoraux et la sécurisation des acteurs dans l’exercice de leurs activités.

Quel est le rôle de l’APESS dans ce programme ?

Le PREPP est un programme multi acteurs qui est coordonné par l’Association pour la Promotion de l’Elévation au Sahel et en Savane (APESS). Mais, ce programme est mis en œuvre au niveau des différents pays par des opérateurs pays. Dans chaque pays, nous avons un opérateur qui est chargé de la mise en œuvre des activités d’éducation-formation. Dans le cadre de notre pays, par exemple, vous avez l’ONG « Potal men » qui est basée à Natitingou et qui est l’opérateur de mis en œuvre de PREPP dans notre pays. La coordination est du ressort de l’APESS au niveau régional.

L’alphabétisation fait partie intégrante du programme, qu’en est-il de l’insertion de l’apprentissage de la langue française ?

Nous avons deux niveaux d’approches éducatives. Il y a la pédagogie du texte. Il s’agit d’une approche innovante d’alphabétisation fonctionnelle qui est mise en œuvre au niveau de la zone Burkina-Faso, Bénin et Togo et l’approche se reflète dans les quatre zones transfrontalières. Mais, toutes ces approches font une place de choix à l’alphabétisation ou la langue nationale, mais aussi au Français fondamental et fonctionnel. Donc, le français est bel et bien une autre approche d’alphabétisation au niveau des centres.

Propos recueillis par Hermann M. SAGBOHAN

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