banner ong educaction

Migration scolaire des apprenants pour diverses raisons : Une pratique aux conséquences à multiples facettes

Dans notre parution N°245, nous avions promis revenir sur les raisons du changement d’établissement aux enfants après en avoir succinctement abordé la question sous divers angles. Aujourd’hui, nous l’abordons encore mais sous un angle autre.

Il s’agit bien des raisons qui obligent les parents à souscrire à cette option. En dehors des conséquences que peut avoir la mobilité scolaire sur les rendements des apprenants, certains parents, pour des raisons liées soit à leur occupation, soit aux résultats de leurs enfants ou sur la demande formulée par les enfants eux-mêmes, se voient dans l’obligation de leur changer d’établissement. Les raisons qui soutiennent cette décision parentale sont multiples et multiformes. Reportage !

«Ce sont les grèves qui m’ont obligé à faire déplacer mes enfants du CEG ‘‘Zogbo’’ pour le collège ‘’Pythagore’’ », explique un père de famille aux reporters du journal Educ’Action. Pour ce père, d’autres raisons non moins négligeables existent mais ne peuvent être évoquées. Ceci, compte tenu de l’image dévalorisante que le lecteur ou le public pourrait afficher à certains collèges du Bénin. Ce qui se passe dans les coulisses, dit-il, est grave et cela n’honore guère l’image de la Nation. « Il faudrait que l’Etat jette un regard sur les mobilités scolaires en vue de corriger beaucoup de choses au niveau des écoles privées », lance une autre mère de famille qui s’est laconiquement prononcée sur le sujet. « Avant que l’élève ne quitte un établissement A pour un autre B, il faut d’abord se renseigner surtout sur sa conduite en classe auprès de ses amis et ses notes de discipline », suggère Justin Ignace, censeur d’un collège privé qui a requis pour son école l’anonymat. En se référant aux sources des motifs de conduite et de discipline, l’établissement d’accueil saura mieux suivre ce dernier dans ses mouvements, ajoute-t-il.

Les facteurs exogènes du changement d’établissement …

La mobilité scolaire dépend d’abord de la qualité de l’enseignement. C’est-à-dire que les fondés des établissements privés recrutent de la main d’œuvre enseignante bon marché en lieu et place de la main d’œuvre qualifiée dans le seul but de faire des bénéfices élastiques à la fin de l’année. Conséquence, de faibles pourcentages de réussite sont enregistrés chaque année. « Manque de succès dans l’ancienne école oblige les parents à envoyer leurs enfants ailleurs », observe Jean Fandé, professeur de Français au Collège catholique Père Aupiais de Cotonou. Au même moment où certaines écoles sombrent dans des contre-performances, d’autres affichent de bons scores et se font attirer un grand nombre d’apprenants. « L’école, ayant fait de grands scores aux différents examens nationaux, attire beaucoup d’apprenants », déclare Serge Armel Attenoukon, enseignant au Département des sciences de l’éducation et de la formation à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS) de l’UAC. Il est important de souligner que le flux migratoire scolaire est encore encouragé par des crises observées dans le secteur de l’éducation. « Les grèves perlées notées dans les CEGs motivent les parents à placer leurs enfants dans les écoles privées pour un meilleur encadrement et un meilleur rendement scolaire », constate Alexis Odunlami. Il pense également que l’absentéisme du personnel d’encadrement pave la voie aux mobilités scolaires. Beaucoup d’autres causes exogènes poussent les parents à s’adonner aux flux migratoires scolaires. Il s’agit notamment de la facilité à négocier le passage de l’apprenant d’une classe A pour une autre classe supérieure B. « On peut facilement négocier le passage des élèves faibles, car certains parents n’aiment pas voir leurs enfants redoubler ou échouer », révèle le maître de conférences sur les techniques qu’utilisent les parents pour faire passer leurs enfants en situation de contre-performances ou d’échec scolaire. Ils négocient, soutient-il, avec le directeur ou le fondé afin que leurs enfants passent en classe supérieure moyennant une certaine somme, laquelle varie en fonction de la célébrité de l’établissement et de son effectif. Alexis Odunlami précise par ailleurs que cela s’observe, malheureusement, surtout au niveau de l’enseignement secondaire privé et même dans les établissements privés d’enseignement supérieur.

D’autres facteurs sociaux justificatifs des migrations scolaires …

D’autres facteurs qui, hélas, justifient le phénomène, restent aussi la libre concurrence parlant des frais d’écolages d’un établissement à un autre. En fonction de leur bourse en lien avec l’excellence recherchée, des parents décident de rompre les amarres avec l’ancienne école pour placer leurs enfants dans une nouvelle répondant à leurs critères financiers et d’excellence. « Les frais de scolarité de l’établissement A sont trop élevés comparativement à l’établissement B », constate le maître de conférences. Dans la même veine de pensée, il ajoute que les parents se plaignent du coût de vie élevé comme motif à l’origine des migrations scolaires. De plus, lorsque l’enfant rencontre des échecs répétitifs, ses parents les attribuent soit à l’environnement familial, soit aux sorts jetés sur lui. En un mot, les parents cherchent des boucs-émissaires pour justifier la débâcle académique de leurs progénitures. C’est donc bien pour cette raison que les parents décident de le cacher, déduit-il. « Le regard trop insidieux sur l’enfant conduit les parents à le cacher à la vue de tous », explique Serge Armel Attenoukon, qui poursuit en affirmant que dans de pareil cas, la plupart de ces enfants, bien souvent, réussissent. De surcroît, le décès soudain d’un parent peut obliger l’enfant à se déplacer pour poursuivre son cursus scolaire auprès d’un autre membre de la famille. Car, « le manque de soutien conduit l’un des parents à confier l’enfant à la famille », témoigne une mère de famille qui n’a pas voulu se faire dévisager. Les affectations liées aux occupations des parents, le changement de domicile pour rejoindre leur propre maison assez distante de l’école des enfants, la situation financière peu confortable des parents liée à la crise économique, déteignant sur le train de vie du foyer obligent les géniteurs à entraîner leurs enfants dans leurs mouvements. Par exemple, « les parents avaient une voiture pour déposer chaque jour leur enfant. Voyant que la situation socio-économique a subitement et brutalement changé, la méthode change également », illustre Jean Fandé. Mais, l’on ne doit pas occulter l’autre cause liée au changement normal de cycle. « Lorsque l’enfant choisit une série technique après l’obtention de son BEPC, il change également de cycle », confie Irénée Gbeffe, Directrice du Complexe scolaire de Cocotomey Groupe-B pour mettre du bémol à la migration.

Les facteurs endogènes du changement d’établissement …

D’autres raisons explicatives des mobilités scolaires sont intimement liées aux apprenants. Le tout premier facteur est que les enfants font pression sur leurs parents en exigeant d’eux, le changement d’école. « Les enfants demandent à leurs parents de les enlever de leur établissement », explique Jean Fandé. Cette demande formulée à l’endroit de certains parents, interprète-t-il, fait référence à leurs mauvais comportements dans l’école allant de la tricherie à leur présentation au drapeau. Résultat, dit-il, ils ne méritent plus ni respect, ni considération pour poursuivre leurs études dans cette école. De même, le faible niveau de l’apprenant le conduit à obtenir une faible moyenne et l’amène à vouloir être muté dans une nouvelle école où il n’y a aucune rigueur sur la moyenne. « D’autres changent d’école pour insuffisance de travail… Ils disent à leurs parents qu’ils ont 9 forts. Donc, ils ne peuvent pas reprendre la classe. S’ils doivent reprendre la classe, il doivent changer d’école », rapporte Jean Fandé qui regrette que certains parents cèdent vite à ces caprices de leurs enfants. Par ailleurs, les raisons de cœur poussent d’autres apprenants à pratiquer le flux migratoire scolaire. « Le fait qu’un apprenant éprouve de l’amour pour une fille, il demande à quitter l’école pour rejoindre la fille dans son école d’appartenance sans toutefois l’extérioriser », dévoilent les professeurs des collèges. « Certains apprenants sont attachés à quelques-uns de leurs enseignants. Quand ces derniers quittent l’établissement, l’enfant dit à ses parents que l’école qu’il fréquente ne lui plaît plus ou qu’elle s’illustre par de mauvais résultats », avoue Jean Fandé, vivant au quotidien ces différents cas. En dehors de ces facteurs, d’autres enfants évoluent par bande ou par imitation parce que lorsque leurs camarades quittent l’école, ils demandent eux aussi à quitter. Pour faute d’espace et d’infrastructures culturelles et sportives, certains enfants demandent à leurs parents de leur trouver un autre établissement. Plusieurs arguments comme « Cette école n’a pas d’activités culturelles. Moi, j’ai l’amour pour le football ou le basketball » pèsent dans la balance pour faire aboutir leur choix, affirme Jean Fandé.

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.