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Abdoul-Wahab Salahou Yekini, à propos de l’éducation inclusive des personnes handicapées

C’est triste pour nous qui avions pensé qu’en étudiant, on pouvait espérer mieux.

L’éducation des personnes handicapées au Bénin est une problématique qui suscite moult interrogations.

 

A travers cette interview réalisée avec Abdoul-Wahab Salahou Yekini, ancien président de l’Association des Scolaires et Etudiants Handicapés du Bénin, allons à la découverte des problèmes qui entravent l’épanouissement d’une catégorie de personnes bien souvent marginalisées.

Educ’Action : Ancien président d’une organisation estudiantine, quelle est votre lecture de l’éducation inclusive des personnes handicapées au Bénin ?

Abdoul-Wahab Salahou Yekini : L’éducation inclusive est une éducation dans laquelle toutes les personnes, quels que soient leur handicap et leur condition physique, sensorielle ou mentale peuvent étudier dans les mêmes conditions que les personnes dites ‘’normales’’ sans se gêner. L’éducation inclusive au Bénin, je dirai tout simplement que c’est encore à une étape zéro. Aujourd’hui, nous devons quitter cette spécialisation de l’éducation pour permettre à ce que tous les enfants qui naissent égaux puissent être éduqués ensemble, se connaître et savoir partager la même condition de vie. Lorsque les personnes handicapées visuelles quittent les écoles spécialisées et se retrouvent parfois dans un milieu, ils se connaissent de voix et de chaleur mais ne se connaissent jamais de vue. Il faut reconnaître que l’université n’a pas, par exemple, des professeurs spécialisés dans ce domaine. C’est une situation difficile pour les personnes handicapées visuelles. Au niveau des personnes handicapées audibles, c’est encore plus grave parce qu’elles ne sont pas nombreuses dans les universités faute de moyens et de dispositifs d’accueil. En réalité, il faut qu’ils écoutent ce que les enseignants disent et pour écouter, vous savez que c’est la langue des signes. Il faut qu’il y ait quelqu’un qui signe pour eux alors que le professeur n’a pas un handicap, son assistant non plus. Quand nous prenons les personnes handicapées moteurs comme moi, par exemple, c’est difficile de monter les escaliers parce que vous n’êtes pas sans savoir que les amphithéâtres sont construits en hauteur. Des personnes handicapées dont la mobilité est complètement réduite sont obligées quand ils descendent de leur fauteuil roulant de ramper et je ne vous dis pas comment cela diminue la valeur de l’homme. Aucune disposition n’est prise pour permettre aux personnes handicapées d’avoir accès facile aux amphithéâtres. Par conséquent, l’accessibilité est nulle.

Quelles sont les démarches que vous avez menées auprès des autorités pour avoir gain de cause ?

Nous avons plaidé pour avoir au moins l’accès facile des étudiants handicapés dans les cabines, c’est-à-dire dans les résidences universitaires. Cela facilite quand même leur résidence sur le campus universitaire afin d’être proche des cours. Nous avons proposé aussi un arrêté que le recteur a approuvé. C’est l’arrêté portant création du Centre d’Accompagnement Pédagogique des Etudiants Handicapés. Ce centre devrait mettre à la disposition de toutes les personnes handicapées, ce dont ils ont besoin et ensemble avec les personnes qui vont y travailler de pouvoir proposer des voies et moyens pour créer une accessibilité facile aux étudiants handicapés. Mais, malheureusement, depuis la prise de cet arrêté en 2012, rien n’a encore bougé, le centre n’a pas été construit. Nous avons proposé aussi un enregistrement automatique des personnes handicapées pendant les inscriptions à l’Université d’Abomey-Calavi. Nous avons proposé que, sur la fiche de préinscription, une place soit réservée pour demander aux étudiants s’ils ont un quelconque handicap ou non. Cela leur permettra de retrouver facilement la liste des personnes handicapées quel que soit le type de handicap. Le recteur a pris cela au sérieux, mais on n’a pas finalisé la chose avec la secrétaire pour que ce projet arrive à concrétisation.

Quelle est la plus grande lutte que vous avez remportée et qui constitue, selon vous, un motif de satisfaction pour l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées au Bénin ?

Nous nous sommes rendu compte que les personnes handicapées ont des problèmes de moyens en ce sens que certains parents préfèrent dépenser sur les enfants qui n’ont pas de handicap en espérant pouvoir gagner plus tard, alors que l’enfant handicapé pourrait ne pas se trouver du travail à la fin de ses études. Cette situation fait que certaines personnes handicapées ont des difficultés pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Nous avons porté nos doléances au niveau suprême et en son temps, le président Boni Yayi avait pris la décision de la création d’un Fonds d’Appui à la Réadaptation et à l’Intégration des Personnes Handicapées. Aujourd’hui, ce Fonds octroie à chaque personne handicapée, une somme de 110.000 francs Cfa par an. Mais, il faut que l’étudiant ne soit pas boursier ni secouru. Je crois que c’est un pari gagné. Aujourd’hui, ce Fonds a changé de nom mais continue d’exister et s’appelle désormais Fonds d’Appui à la Solidarité Nationale.

Quel est votre plaidoyer à l’endroit de la population pour une reconsidération de la personne handicapée ?

Ce que je vais dire à la population, c’est que les personnes handicapées n’ont pas besoin de la pitié comme autrefois. Cet état de choses pousse les gens à penser que les personnes handicapées ont besoin forcément de la charité et qu’il suffit de leur donner quelques billets pour dire « tiens, va te débrouiller ». La personne handicapée à besoin d’accompagnement comme les autres. Il faut aussi dire que je me suis rendu compte que si l’Etat avait pris des dispositions pour que l’éducation soit inclusive, les personnes handicapées ne seront pas oubliées pour l’insertion professionnelle. J’ai l’impression que l’Etat même ne sait pas que les personnes handicapées vont à l’école en quelque sorte parce qu’au niveau des concours et appels à candidatures pour l’entrée dans la fonction publique, on ne tient pas compte des personnes handicapées. C’est écrire noir sur blanc que les personnes portant un handicap ne doivent pas y prendre part. C’est triste pour nous qui avions pensé qu’en étudiant on pouvait espérer quelque chose. Néanmoins, nous continuons de faire ce que nous pouvons faire.

Propos recueillis par Edouard KATCHIKPE

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