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Entretien avec Paul Odjo, sur la situation de l’éducation à Pobè

"Si nous ne faisons rien, nos enfants seront enrôlés dans des bandes de gangsters"

Face aux résultats alarmants des examens de fin d’année dans le Plateau, le maire de Pobè, Paul Odjo, suffisamment préoccupé par le développement de sa commune lance un cri de cœur. Il évoque dans cette Interview exclusive accordée à Educ’Action, dans les locaux de la mairie, les problèmes qui étouffent les initiatives du conseil communal dans le secteur de l’éducation. Pour lui, la déperdition scolaire est une bombe à retardement qui pourrait exploser à tout moment et freiner le développement de la commune.

 

Educ’Action : Comment appréciez-vous les résultats scolaires dans le Plateau, monsieur le maire ?

Paul Odjo : Comme vous le savez, les résultats sont catastrophiques ici à Pobè comme dans tout le Plateau. Nous sommes à la traine et je peux vous assurer que c’est une grande tristesse qui nous envahit. C’est vraiment dommage pour notre commune. Cette année, les grèves perlées ont donné un coup de frein à l’évolution des enfants. Quand les grèves étaient devenues persistantes, certains ont cru que l’année serait blanchie et ont disparu. C’est à la dernière minute que tout est rentré dans l’ordre. Et vous convenez avec moi que celui qui est resté pendant deux ou trois mois, qui n’a pas touché les livres et qui n’a rien fait, qui débarque brutalement dans une salle d’examen pour passer ses épreuves puisse tenir la lanterne rouge….

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le domaine de l’éducation pour que les résultats soient ainsi ?

Le gros problème que nous avons, c’est que les parents en général, surtout dans les zones périphériques, ont démissionné. Ils refusent d’assumer leurs responsabilités parentales et les enfants sont livrés à eux-mêmes. Certains parents ignorent comment leurs enfants font pour payer la scolarité. Ils ignorent comment ils mangent. Et lorsque vous interpellez certains, ils vous disent simplement que l’enfant a disparu depuis quelques semaines et qu’il serait certainement allé au Nigéria. Voilà ce que nous vivons. Quand un enfant quitte l’école pendant un ou deux ans, vous vous imaginez les conséquences. Ce qui est alarmant, c’est que lorsque ces enfants quittent le territoire béninois, ils se rendent au Nigéria dans les zones frontalières, où il y a des usines comme la cimenterie de Dangoté. Cet exode leur génère un peu d’argent, et avant qu’ils ne reviennent ici, ils s’achètent une moto. Et puis ça y est, la vie est rose. Le jeune homme qui arrive avec une moto flambant neuve, draine les petites filles et par effet de contagion, ses amis se disent qu’il faut suivre ses pas. Et ils s’en vont. Lorsqu’ils prennent goût, ils ne reviennent plus. Et malgré tout ce que nous faisons, il n’y a pas d’amélioration. Nous sommes vraiment inquiets.

Quels sont les villages les plus touchés par ce phénomène d’émigration ?

Il y a l’arrondissement d’Isaba, le village d’Onigbolo, l’arrondissement de Towé, et l’arrondissement d’Igana.

Quelle solution la mairie tente-t-elle d’apporter à ce phénomène ?

Il y a environ deux ans, je m’étais déplacé avec mes adjoints et certains conseillers communaux avec mes chefs services. Nous sommes allés à Onigbolo, à Igana, à Towé et nous avons discuté avec l’Association des Parents d’Elèves (APE) pour leur faire toucher du doigt, le danger qu’ils courent à cautionner ces enfants. J’ai demandé à tous les CA de ces arrondissements concernés, d’inviter les parents d’élèves et les élèves, de leur parler, de leur faire comprendre la situation. Je leur ai dit que ce qu’il nous faut, ce n’est pas des enfants qui vont au Nigéria travailler et qui reviennent avec des motos. Nous avons besoin d’enfants intellectuels, des enfants professionnels qui vont poursuivre leur cursus scolaire et vont l’achever et iront le plus loin possible afin que nous puissions bénéficier de leurs fruits demain. Malgré toutes les explications, nous constatons que le phénomène s’accroît. Nous sommes dans un dilemme total. On ne sait pas ce qu’il faut faire. Est-ce qu’il faudrait sévir et comment? Je crois que si nous pouvons trouver une solution pour éradiquer ce phénomène-là, Pobè se portera mieux. Sinon, si nous ne faisons rien, nos enfants seront enrôlés dans des bandes de gangsters. Et alors, où allons-nous trouver des apprenants ? si rien n’est fait, ces enfants risquent de basculer dans une vie de débauche. Et cette situation mettrait la commune dans une situation malheureuse. Parce que ce sont ces enfants, qui, demain, n’ayant plus de moyens, plus d’issues, se rabattent sur des groupes de gangs pour survivre. C’est de ça que nous avons peur.

Propos recueillis par Adjéi KPONON

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