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Le DDESTFP Bertin Godefroy Oluchessi Djossè, à propos de la transhumance dans le Plateau

« Beaucoup de nos apprenants demandent à quitter les CEGs pour la ville »

Les conflits entre agriculteurs-éleveurs constituent l’une des difficultés majeures qui plombent l’excellence dans le département du Plateau. Ils constituent également l’un des facteurs explicatifs des contre-performances qui endeuillent l’école dans le Nord de l’Ouémé.

Quelles dispositions prendre face à ce phénomène qui se fait récurrent ? La réponse dans cet entretien avec Bertin Godefroy Oluchessi Djossè, Directeur départemental des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (DDESTFP) du Plateau qui profite pour survoler les autres difficultés propres à sa juridiction scolaire. Entretien !

Educ’Action : Qu’est-ce qui explique, selon vous, ce faible taux de réussite aux différents examens dans le Plateau ?

Bertin Godefroy Oluchessi Djossè : A première vue, nous sommes tentés de parler des mouvements de grèves, les mouvements de déblayage qui ont duré environ trois (03) mois. Il faut dire que ces mouvements ne justifient pas entièrement ce faible taux que nous avons enregistré. Il y a d’autres phénomènes qui s’ajoutent à cela. Il y a, par exemple, la proximité du Nigéria. Dans beaucoup de localités du Plateau, les élèves sont tentés d’aller mener des activités lucratives de l’autre côté et quand il y a mouvements de débrayage, ils n’hésitent pas à disparaître. Quand la grève perdurait, il y a beaucoup d’apprenants qui se sont dit que ce n’est plus sûr que l’année soit sauvée. Ce découragement a affecté considérablement nos apprenants et a fait qu’ils ont pour la plupart baissé les bras. Nous avons pu enregistrer ce taux-là grâce à l’opération déclenchée par la Direction de l’Inspection Pédagogique, de l’Innovation et de la Qualité (DIPIQ) sinon, on n’aurait pas atteint ce taux.

Quelle opération la DIPIQ a-t-elle mené ?

Cette opération est un dispositif qui a été élaboré pour assurer l’achèvement efficient des programmes. Donc, elle a permis au corps de contrôle de voir ce qui est fait, ce qu’il reste à faire, et il a été mis sur pieds des stratégies, selon les régions et les matières pour finir les programmes.

En dehors des causes précédemment citées, y en a-t-il d’autres ?

Absolument. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Nous avons aussi le cas des enseignants indélicats qui ne font pas le travail comme on l’aurait souhaité. Il y a aussi certaines de nos élèves filles qui ne sont pas suivies par les parents et qui abandonnent très tôt. Malgré l’exonération de la scolarité, elles ne bénéficient pas d’un suivi pouvant leur permettre d’aller normalement à l’école. Voilà ce que nous pouvons dire de façon ramassée.

Quelle est votre appréciation personnelle de ces résultats-là ?

Je pense que ce n’est pas ce qu’on doit souhaiter avoir puisque l’année passée nous avons fait un taux meilleur que ce que nous vivons aujourd’hui et nous pensons qu’avant la rentrée nous allons rencontrer les enseignants, les chefs d’établissement pour en débattre. Nous allons mettre en place des stratégies pour limiter toutes les causes qui ont conduit à ce résultat peu reluisant.

Quels sont les problèmes récurrents que le système éducatif rencontre dans le Plateau ?

C’est un problème général quand je parle de l’insuffisance du personnel qualifié.

Vous avez des chiffres ?

Je ne saurais vous donner des chiffres exacts ici. Mais, il faut vous dire que nous avons un problème sérieux par rapport aux enseignants et nous sommes obligés de faire avec ce que nous avons comme vacataires pour compléter le déficit. Voilà comment nous gérons. Il y a des matières où c’est plus criard. Quand je prends les mathématiques, là il y a très peu d’enseignants qualifiés. Il y a aussi les PCT, et le Français. Mais, avec le dernier recrutement, nous avons eu un peu d’enseignants en français. Et encore là, nous avons quelques-uns qui ont fini à l’Ecole Normale et qui font la vacation. Cela nous permet en Français de régler un tant soit peu ce problème de pénurie d’enseignants.

A part la question enseignante, est-ce que vous avez d’autres problèmes dans le Plateau ?

Je réponds qu’on ne saurait parler d’autres problèmes. Je vous ai cité les véritables problèmes dans le système éducatif dans le Plateau. Il y a dans certaines localités des particularités avec le phénomène de la transhumance. Les cours sont perturbés parfois surtout dans la commune de Kétou. Présentement il y a une situation au CEG EFE OTIN où beaucoup d’élèves demandent à partir. En effet, il y a deux localités que les habitants ont complètement fui à cause des conflits agriculteurs-éleveurs qui ont fait beaucoup de dégâts.

Vous avez parlé de la transhumance, des problèmes agriculteurs-éleveurs ?

Je parlais des problèmes particuliers de la localité. Dans certaines localités, il y a le problème de la transhumance qui perturbe l’année scolaire dans certaines écoles. Je donnais tout à l’heure l’exemple du CEG EFE OTIN où les conflits entre agriculteurs-éleveurs ont occasionné beaucoup de dégâts qui ont obligé les villageois à abandonner les terres et leur village. Le problème que cela crée aux CEGs, aux collèges aujourd’hui, c’est qu’il y a beaucoup d’apprenants qui demandent à quitter, qui veulent venir en ville surtout les habitants de ces deux (02) villages qui sont concernés. Il s’agit du village de KAODJI et du village de ABOTAHOUE dans l’arrondissement d’IDIGNI dans la commune de Kétou. Donc, voilà un peu ce que nous vivons.

Concernant le recrutement des vacataires lancé par le gouvernement en début d’année, comment appréciez-vous cela dans le Plateau ?

J’estime que c’est un bon dispositif parce que cela nous permet d’étudier efficacement les dossiers des professeurs vacataires qui vont intervenir dans nos établissements. Cela nous a permis de voir nous-mêmes le profil, en fonction de ce que nous avons. Selon les instructions du ministère, nous avons sélectionné les candidats. Ensuite, nous avons mis la liste à la disposition des chefs d’établissement qui ont choisi sur cette liste-là en fonction de leurs besoins, les professeurs qu’il leur faut. Je pense que ça a bien marché, mais on ne saurait apprécier véritablement à cause des mouvements qui ont perturbé l’année scolaire. Je pense que c’est cette année que nous pourrons dire si ça a efficacement marché ou pas.

Quelles sont les dispositions que vous prenez vous-même ici à la DDESTFP face aux différents problèmes ci-dessus évoqués ?

Je pense que si je dois parler d’insuffisance du personnel qualifié, on ne saurait prendre une disposition particulière au niveau du département. Il y a les recrutements qui sont en vue. Je pense que ces recrutements viendront nous soulager. Par rapport à l’exécution du programme, je pense que la DIPIQ, avec le dispositif mis en place, nous a montré le chemin à suivre. Dès le début de l’année scolaire prochaine, nous allons avec l’inspection pédagogique déléguée, définir les stratégies qui s’imposent en fonction des problèmes que nous avons rencontrés cette année. Nous allons le faire certainement avec les acteurs du système. Je vais parler des administratifs, des enseignants, des Animateurs d’Etablissement (AE) surtout les Conseillers Pédagogique (CP). Nous allons pouvoir ensemble élaborer les stratégies pour que nous puissions avoir un résultat meilleur que ce que nous avons vécu cette année. Par rapport au problème de transhumance, je pense que nous allons saisir officiellement nos autorités pour qu’elles puissent nous aider. Voilà de façon globale ce que nous pensons faire pour que les résultats s’améliorent.

Que dire pour conclure cet entretien ?

La première chose que je note, c’est que les résultats que nous enregistrons au niveau de nos différents examens nationaux reflètent effectivement le niveau de nos apprenants. Donc , çà c’est déjà quelque chose et cela va permettre aux enseignants de se remettre en cause, de revoir leurs prestations pour améliorer ces résultats à l’avenir. C’est déjà un pas et c’est ça l’essentiel. Si nous ne trichons plus, c’est sûr que nous allons prendre conscience de ce que nous faisons et nous allons vraiment nous engager pour poser les pas qu’il faut pour atteindre les objectifs qu’on se serait fixé.

Propos recueillis par : Adjéi KPONON

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