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Dorcas Wama Mara, à propos de la sexualité précoce des filles

" La mise en place d’un dispositif juridique dissuasif reste notre plaidoyer "

 

Les questions de la santé de reproduction et les dangers liés à la sexualité précoce des jeunes filles préoccupent l’ONG ‘‘Elite Atacora’’ qui en fait sa priorité. Née du constat que nombre de maux qui minent les communautés et qui empêchent l’émergence réelle de la femme proviennent du manque d’éducation, l’ONG ‘‘Elite Atacora’’ est une association qui entend apporter sa touche à l’éducation et spécialement à l’éducation des filles à travers ses multiples actions. Loin d’être une association dont les activités sont concentrées dans l’Atacora, elle œuvre pour la promotion de l’éducation et l’égalité des genres depuis 2016 dans tous les départements du Bénin. Avec Dorcas Wama Mara, la présidente, allons à la découverte de l’ONG ‘’Elite Atacora’’. Entretien !

Educ’Action : Quelle est la mission de l’ONG ‘’Elite Atacora’’ ?

Dorcas Wama Mara : La mission principale de l’ONG ‘’Elite Atacora’’, c’est d’agir pour faire de l’éducation et de l’équité des genres, les leviers essentiels du développement du Bénin. Il faut agir réellement sur tous les intrants de l’éducation pour changer les mentalités, la manière de faire, la manière de penser, d’agir, pour un meilleur avenir des générations futures. Nous faisons d’ailleurs de la pensée de Nelson Mandela, le socle de toutes nos actions. Il disait « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ». Ainsi, notre objectif, c’est de donner à la jeune génération, une éducation de qualité pour l’émergence d’une élite, pilier d’une société prospère.

Quelles sont les actions déjà menées par ‘’Elite Atacora’’ pour se faire remarquer sur le terrain ?


‘’Elite Atacora’’ a déjà fait beaucoup de sensibilisation au niveau des élèves, notamment des lycées de jeunes filles dans le Nord sur la santé de la reproduction et sur les dangers de la sexualité précoce. Nous avons commencé depuis 2014 à agir sur ces phénomènes, qui, hélas, prennent de l’ampleur. D’abord, notre ambition est de faire un véritable plaidoyer pour qu’un dispositif juridique dissuasif soit mis en place pour endiguer ce phénomène parce qu’il y a tellement de compétences qui sont hypothéquées, tellement d’avenirs brisés par l’ignorance, les pesanteurs sociales qui entraînent cet accès précoce à la sexualité. Ensuite, nous avons construit le concept « école, amie de l’excellence » et nous comptons impliquer à la rentrée prochaine, les parents d’élèves, les directeurs d’établissements, mettre en compétition un certain nombre d’établissements scolaires qui respectent les principes d’une éducation de qualité, une école où la médiocrité est totalement bannie. Nous appuyons aussi les cours de renforcement à la veille des examens scolaires et les cours de renforcement durant les vacances scolaires. Nous faisons le parrainage avec les jeunes élèves des classes de 6ème, nous faisons des sensibilisations au niveau des artisans et des apprentis. Notre cible principale, c’est plutôt les filles. Aujourd’hui, on se rend compte que les résultats au niveau des renforcements et de l’autonomisation des femmes sont mitigés malgré tous les efforts qui ont été faits. Et nous sommes heureux que depuis 2017, l’ONU ait décrété une journée internationale de la fille, différente de la journée internationale des femmes. Il parait clair et évident que la problématique de la fille est bien différente de celle de la femme. Il faut agir déjà sur la jeune fille pour éviter qu’on arrive à des femmes non autonomes, des femmes qui trainent des tares parce qu’il y a un déficit d’éducation. Nous ne parlons pas uniquement de l’instruction formelle qui est un rôle régalien de l’Etat mais de l’éducation dans toute sa dimension.

Comment se passe le parrainage des enfants à votre niveau ?

Les membres de l’association et d’autres non membres de l’association sympathisants, acceptent de suivre une fille. Il ne s’agit pas seulement des filles excellentes mais également des filles moyennes en qui on sent une volonté d’aller plus loin. Le parrain accepte de prendre en charge les fournitures scolaires de l’enfant, tous les packages qu’il faut à la rentrée. Il accepte aussi de donner mensuellement de l’argent de poche à sa filleule pour éviter qu’elle n’ait recours à une sexualité précoce pour satisfaire ses besoins et suit cet enfant d’année en année. Notre ambition, c’est de suivre cet enfant jusqu’au Bac parce que notre leit motiv, c’est « pas avant le Bac », c’est-à-dire pas de mariage avant le Bac, pas de sexe avant le Bac. Le parrainage concerne aussi bien les enfants orphelins que les enfants non orphelins de parents vivants mais démunis et qui ont besoin d’être accompagnés pour aller loin. Nous avons aussi des enfants dont les parents n’ont pas forcement compris l’importance et l’utilité de les laisser aller jusqu’au bout du cursus scolaire et universitaire. Malgré leur parrainage, ces enfants ne sont pas séparés de leur communauté. Nous les laissons évoluer dans leurs communautés de sorte qu’ils puissent impacter les autres enfants et donner l’envie aux autres de faire comme eux. Mais pendant les vacances, les enfants peuvent passer quelques semaines dans la famille du parrain si ce dernier le désire.

Sur l’aspect égalité des genres, qu’est-ce que vous faites concrètement pour valoriser la femme ?

Je dirai plus l’égalité des droits mais l’équité des genres. Nous sommes dans une société phallocrate où la femme a un potentiel qu’on ne lui permet pas d’exprimer et dans le dernier rapport de la banque mondiale sur l’égalité des genres, il est dit que si les femmes gagnaient autant que les hommes, elles généreraient 160.000.000.000 de capital humain supplémentaire dans le monde. Donc, nous pensons qu’il y a un travail sérieux à faire pour l’équité des genres. Les femmes ne demandent pas le pouvoir, elles ont le pouvoir, elles ont les compétences. Elles ne demandent qu’à pouvoir les exprimer. Il y a autant d’injustice qu’il faut pouvoir corriger dans la société. C’est la femme qui éduque l’homme ; c’est la femme qui éduquera vos enfants. Si vous avez une femme bien éduquée, vous aurez des enfants très bien éduqués.

Quelles sont les perspectives de votre ONG ?

Nous ambitionnons de créer un centre que nous dénommerons « une seconde chance » pour les filles, qui, après les grossesses précoces ou des grossesses non désirées, ont été sorties du cursus scolaire. Ce centre leur permettra d’avoir un cadre pour pouvoir reprendre l’école si elles le désirent. Ce centre sera également un centre d’écoute pour les filles en difficulté et plus tard les femmes victimes de violences de toutes sortes. Une autre de nos pistes d’actions, c’est à l’endroit des jeunes étudiantes parce qu’on remarque, de plus en plus, un phénomène de dépravation au niveau des étudiantes pour pouvoir satisfaire, disent-elles, leurs besoins matériels. Nous comptons mettre en place ce dispositif pour leur apporter, au besoin, un plus et les sensibiliser pour non seulement valoriser leur corps mais pouvoir aller au maximum de leur potentiel dans les études et non pas seulement s’arrêter aux toutes premières difficultés. L’année prochaine nous comptons élargir le parrainage aux garçons.

Que dire pour conclure cet entretien ?

A l’endroit des parents, Investir dans l’éducation des enfants, c’est le meilleur investissement qui soit. Le meilleur investissement pour un enfant, ce n’est pas de lui garantir des parcelles ou des maisons ou des comptes en banque. C’est de lui donner une bonne éducation, de lui donner les moyens d’acquérir des connaissances et des compétences pouvant lui permettre de s’affirmer dans la société. A ceux qui pensent que, investir sur les filles ne sert à rien, je voudrais simplement dire de ne pas oublier que c’est la fille, future femme qui éduque la société. Donc, si nous avons des filles et des femmes bien éduquées, nous aurons des hommes bien éduqués. A l’endroit des pouvoir publics, nous voulons dire qu’il ne suffit pas de créer des écoles et d’y mettre des enseignants. La problématique de l’éducation est plus complexe que cela et il faut sérieusement agir sur tous les intrants de l’éducation au Bénin. ‘’Elite Atacora’’ est convaincue que l’éducation est l’arme qu’il faut utiliser pour changer le monde et elle est ouverte à tous les partenariats pour atteindre ses objectifs.

Réalisation : Estelle DJIGRI

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