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Maurice Fadégnon, porte-parole du FASES dans le Borgou : « La lutte en cours est une lutte pour la postérité »

Le débrayage observé dans le secteur de l’éducation depuis plusieurs mois connaît une radicalisation depuis la semaine écoulée et même au nord du Bénin connu pour sa souplesse dans les mouvements de grève.

Educ’Action a interrogé Maurice Fadégnon, enseignant d’histoire et de géographie au CEG Zongo de Parakou, porte-parole du Front d’Action des Syndicats de l’Enseignement Secondaire dans le Borgou pour mieux comprendre la situation.

Educ’Action : On observe aujourd’hui une radicalisation du mouvement syndical. Quels sont les mobiles d’une telle attitude ?

Maurice Fadégnon : Vous savez la grève est vraiment légitime. Depuis le 21 novembre 2015, l’ancien régime avait déjà signé les deux décrets notamment les décrets 2015-592 et 2015-593 portant respectivement statut particulier des corps des personnels des enseignants du premier et du second degré. Après cette signature il fallait jouir des avantages contenus dans ses deux décrets-là. Malheureusement, depuis 2015, rien n’a évolué et c’est pour cela que les enseignants exigent la signature des arrêtés de huit projets d’application pour leur permettre de jouir un tant soit peu d’une partie des avantages de ces décrets. Ce n’est même pas l’ensemble des avantages, c’est juste une partie. Malheureusement, à l’entame des grèves, le 16 janvier 2018, date historique pour notre pays, le gouvernement a voulu user de la ruse et de la diversion ; les enseignants ont très tôt compris et ont pris leur responsabilité jusqu’au moment où le conseil des ministres a insinué la radiation des grévistes, dès qu’un enseignant ne sera pas à son poste. Ce sont ces menaces trouvées par le gouvernement qui expliquent aujourd’hui la radicalisation du mouvement sinon en réalité si le dialogue était franc et sincère on ne serait plus à ce point-là, on aurait déjà repris le chemin des classes.

Ne pensez-vous pas que les enseignants exigent beaucoup de choses à un gouvernement aux moyens limités ?

Vous ne pouvez pas affirmer que l’Etat n’a pas les moyens ! Vous savez, l’ancien régime avait un budget de 1000 milliards, mais ce gouvernement est arrivé avec un budget de 2000 milliards et dans le même temps on nous a dit que la production cotonnière a connu, sous ce régime, le plus grand record depuis que nous avons commencé par produit du coton chez nous. Mais, il faut une redistribution de la richesse du pays. Il ne faudrait pas que certains s’en accaparent et que d’autres souffrent ; vous n’êtes pas sans savoir que depuis un certain temps, circulent dans le pays des émoluments faramineux accordés à des personnalités politiques notamment les préfets, les ministres et les chargés de mission etc. Nous-mêmes, en tant que travailleurs, même si le résultat de notre travail n’est pas tangible, quand-même nous agissons sur le mental des gens.

En définitive, que réserve cette grève à la postérité ?

Je crois que nous luttons pour la postérité parce que ce que nous revendiquons c’est pour que demain soit meilleur pour nos apprenants ; si aujourd’hui n’est pas bon et que nous ne faisons rien, demain ne sera pas non plus meilleur. Donc, c’est pour que ce demain-là soit meilleur pour eux que nous luttons aujourd’hui. C’est dire que la lutte en cours est une lutte pour la postérité.

Quelles sont alors les perspectives pour un retour à l’ordre ?

Les perspectives, c’est qu’il faut un dialogue franc et sincère ; il faut véritablement discuter avec les centrales et confédérations syndicales. Il faut discuter au niveau des sous-secteurs de l’éducation avec les différentes organisations syndicales notamment le front d’action des syndicats de l’éducation et la fédération des syndicats de l’éducation nationale. C’est donc dire que si le gouvernement s’amuse à faire de la diversion le mouvement va se radicaliser davantage d’autant que les enseignants cette fois-ci sont déterminés parce que ce qu’ils revendiquent, ce sont les droits acquis et ils n’attendent pas rebrousser chemin.

Propos recueillis par Ulrich Vital AHOTONDJI

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