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Soulemane Ramanou, à propos de la filière DPB

"On a remarqué que la filière se vide de plus en plus"

Filière qui requiert une maitrise dense en Mathématiques et en Physiques-Chimie, le Dessinateur Projeteur Bâtiment (DPB) est l’une des nombreuses spécialités du Génie-Civil existant depuis toujours au Lycée Technique Coulibaly de Cotonou et depuis peu dans les Lycées Techniques de Bohicon, de Porto-Novo et de Ouidah.

Avec le Professeur Certifié de Génie-Civil, Soulemane Ramanou, Educ’Action se propose d’allumer des projecteurs sur cette filière.

Educ’Action : En quoi consiste la filière Dessinateur Projeteur en Bâtiment (DPB) ?

Soulemane Ramanou : Le DPB, Dessinateur Projeteur en Bâtiment est une spécialité dont la formation se fait dans presque tous les Lycées. Elle consiste à former les aides architectes, ceux qui sont amenés à concevoir les plans et à suivre les travaux de réalisation de ces plans conçus.

Quel est le parcours scolaire qui mène aux diplômes de cette filière ?

L’apprenant aspirant au DPB doit d’abord être détenteur du diplôme de BEPC. Il commence la classe de seconde par un concours d’entrée ou une inscription à titre payant. De la seconde en Terminale, l’apprenant boucle son cursus en sortant avec le Diplôme de Technicien en Industrie (DTI) du Dessinateur Projeteur Bâtiment. Quand vous êtes en DPB, vous constatez que la matière principale, bien que ce soit le dessin, est axée sur la Mathématique et la Physique-Chimie qui sont les bases de la résistance des matériaux. C’est une science qui fait appel aux bétons armés. Arrivés en première, les apprenants passent le CAP Constructeur en Bâtiment (CAP-CB), qui constitue leur premier diplôme dans l’Enseignement Technique. C’est suite à cela, qu’ils ont accès au Baccalauréat. Donc après trois ans, ils ont le DTI-DPB. Normalement, ces options sont faites pour qu’on ait du personnel à tous les niveaux du champ de formation à savoir des manœuvres, des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs, etc. Avec ces diplômes, ils devraient être destinés directement au chantier. Mais puisque tout le monde veut avoir de grands diplômes, ils aspirent aller à l’université et c’est là où le problème essentiel commence.

A la fin de la formation au Lycée, quelles sont les possibilités qui s’offrent aux apprenants ?

Les apprenants à la sortie du Lycée, rencontrent des difficultés. Quand ils finissent, ceux qui ont de la chance en classe de Terminale peuvent passer le concours pour aller à l’école d’architecture de Lomé. Mais s’ils ne réussissent pas au concours et qu’ils ont le DT, la seule école qui peut les accueillir, c’est l’école d’urbanisme d’Abomey-Calavi. Le Bénin ne disposant pas d’école d’architecture, ils doivent voyager vers d’autres horizons.

Quels sont les débouchés possibles pour celui qui fait le DPB ?

En termes de débouchés, il y a partout, des cabinets de dessin, d’architecture ou cabinet conseil. Chaque fois que quelqu’un a une parcelle sur laquelle il veut construire, les DPB se chargent de l’étude pour réaliser cette infrastructure. Ils se déplacent pour voir la situation géographique. A partir de là, celui qui a déjà le DT peut commencer à proposer un plan d’architecture. Il propose ce qu’on appelle le plan de masse à savoir la position du terrain par rapport au quartier, le plan de situation, la position du terrain par rapport à la grande ville pour savoir si c’est un terrain qui est viable. Ensuite, il commence par proposer le plan d’architecture à savoir ce qu’on peut avoir dans une maison en fonction du besoin du client et propose aussi le plan d’architecture des différents niveaux. Mais, il n’est pas capable de faire ce qu’on appelle le calcul des structures. Donc, il propose ces différents plans et les différentes coupes. Déjà avec une bagatelle de 50.000 Francs CFA à 70.000Francs CFA, il peut construire un dossier qui peut servir à demander l’autorisation de construire. Celui qui ne veut pas s’installer à son propre compte, peut aller travailler dans les cabinets d’architecture pour aider les architectes à réaliser les différents plans sur leur instruction. S’il a la Licence en Urbanisme, il peut s’installer à son propre compte, mais il n’a pas encore plein pouvoir d’agir en tant qu’architecte. Il peut déjà fournir en plus des plans, une certaine note de calcul pour faire les fondations, les dessins d’exécution, les armatures etc. Il peut même aller suivre la réalisation de ces chantiers comme maître d’ouvrage ou il peut poursuivre avec les cabinets d’architecture pour acquérir de l’expérience et être plus apte à affronter le marché et la concurrence. D’autres encore s’installent avec les entrepreneurs qui ont fait le génie-civil pour faire des plans. Ce qui est sûr, il y a toujours du travail à moins qu’on ne veuille pas se lancer dans cette aventure.

Le métier de DPB a-t-il des risques pour celui qui l’exerce ?

Il n’y a pas de métier sans risques et c’est d’ailleurs pour cela qu’ils font la prévention des accidents en classe. C’est une matière qu’ils doivent obligatoirement maîtriser pour prévenir les accidents de travail. Pour cela, il y a la tenue qu’on doit avoir pour être sur un chantier et qui comprend les chaussures, les gants, les casques. Chaque fois qu’ils doivent se déplacer pour une visite de chantier, de terrain ou de parcelle, ils doivent se doter des outils de prévention et des équipements nécessaires. En dehors de ça, quand ils travaillent, ils sont toujours en blouson blanc, car il faut être propre, il faut se laver les mains pour qu’aucun élément ne soit tâché. S’ils sont sur le chantier, il y a ce qu’on appelle échafaudage. Si vous glissez en allant en hauteur, vous ferez une chute libre et c’est une mort subite qui s’en suit. C’est pour cela qu’on installe des appareils en hauteur auxquels ils sont accrochés afin d’empêcher les chutes et préserver leurs vies. Donc, il y a toujours des dispositions qu’il faut prendre pour ne pas être victime de ces accidents.

Aujourd’hui, cette filière connait-elle une affluence de la part des jeunes ?

Certes, des jeunes s’y intéressent et les femmes aussi mais on a remarqué que la filière se vide de plus en plus. Quand ils viennent dans la spécialité, ils viennent dans l’intention d’être dessinateur. Donc, la première matière qui leur vient en tête, c’est les dessins, mais ce n’est pas que ça. Ils ont besoin des Mathématiques et des Sciences Physiques. En plus, ceux qui font le DPB réussissent moins dans leur propre spécialité au niveau du DT-DPB qu’au Bac F4 qui est un Bac Génie-Civil, parce qu’au niveau des F4, ils font beaucoup de matières techniques y compris les dessins et quand ils réussissent dans ces matières techniques, le nombre de matières d’enseignement général n’étant pas nombreux, ils ont moins de point à combler. Mais quand on vient au niveau du DPB, ils font au DT, les matières d’enseignement général, mais ne font pas le dessin. C’est quand ils sont admissibles, qu’ils font au second tour, le dessin d’exécution et la maquette ou le dessin de conception qui sont au choix. Même si c’est une filière porteuse, une spécialité qu’ils adorent et qu’ils n’arrivent pas à franchir l’étape du Bac, ils sont obligés d’abandonner.

Quels sont vos conseils pour amener les jeunes à faire le choix du DPB ?

Tant qu’il y a des maisons à construire, des plans à faire, ils s’en sortiront toujours. Si quelqu’un a l’opportunité de choisir le DPB, d’abord félicitation, car c’est un métier noble. Malheureusement, les Mathématiques et les Sciences Physiques nous poursuivent toujours. Si on a fui l’enseignement général pour la technique, parce que l’on n’aime pas ces deux matières, il y a un problème. Qu’ils ne fassent donc pas de ces deux matières des bêtes noires. Quand on veut construire un bâtiment, on doit savoir si ce qu’on veut construire est en équilibre, si les matériaux qu’on veut utiliser sont résistants, si la forme attribuée au bâtiment est une forme viable, ce sont des études qui ont besoin de l’outil mathématique et des sciences.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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