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Lycée Technique de Pobè : Sans eau, les apprenants dorment entre des murs lézardés

L’Enseignement Technique et la Formation Professionnelle sont la deuxième priorité de l’Etat en matière d’éducation après les Enseignements Maternel et Primaire. Les lycées techniques constituent le bras armé désigné pour faire de ce rêve une réalité. Une descente dans l’un d’entre eux, le Lycée Technique de Pobè révèle un état de dégradation avancé des infrastructures faisant du rêve de l’Etat un géant aux pieds d’argile. Reportage !

 

Un endroit reculé, au calme, loin des bruits de la ville, au milieu d’une petite forêt, propice à l’ancrage des savoirs, enveloppé d’un silence optimal pour un usage efficient et efficace des méninges. Bienvenu au Lycée Technique de Pobè (LTP). En ce jour d’épreuves sportives, les apprenants déambulent de gauche à droite allant ou revenant du terrain de sport pendant que d’autres s’abritent pour éviter d’être mouillés par la pluie. Une fois le portail franchi, ce lieu d’apprentissage et de formation grave en votre esprit le goût du beau, du bien et du bon tant la symétrie des bâtiments, l’aménagement paysager, l’air froid et pur couplé à la propreté du sol sortent de l’ordinaire. Au LTP, les fleurs sont bien entretenues, les logements du personnel administratif bien rangés les uns par rapport aux autres en couleur marron. La sérénité des bâtiments administratifs est troublée par deux fûts de 300 litres bleu posés devant les bureaux du proviseur et du secrétaire. Ce trouble esthétique a sa raison. Au LTP, l’eau est une denrée précieuse et tout doit être mis en œuvre pour en réserver chaque goutte. Voilà ! La boîte de Pandore est ouverte. Fini le rêve, retour à la réalité. Derrière ce joyau décrit, se cache un océan de problèmes dont la pénurie d’eau exaspère les locataires.

Douches ciel ouvert au milieu de la broussaille

L’eau, une denrée rare exigeant une course permanente …

Assis dans son fauteuil bourré qui n’a rien à envier à ceux des autorités ministérielles, Hilaire Egnonsé, Proviseur du LTP fait le point de la situation. « Notre première difficulté, c’est l’eau. Les infrastructures du LTP ont été érigées en 1987 comme d’ailleurs celles de Natitingou. Depuis sa création jusqu’à ce jour, le lycée n’a qu’une seule source d’eau : celle de la Société Nationale des Eaux du Bénin (SONEB). Or, la SONEB est en panne tout le temps. Vous imaginez quatre cent (400) élèves internés sans eau pendant deux, trois, quatre jours voire une semaine ? », explique avec déception et désolation le proviseur, les yeux écarquillés. Tel est le calvaire enduré par ces apprenants. En ces temps de vacances scolaires, ils sont tous rentrés en famille, mais une partie du personnel administratif qui loge là a besoin de la bienveillance de dame pluie pour prévenir les imprévisibles et intempestives situations de coupure d’eau de la SONEB. « Pour y faire face, nous faisons des tours sur des tours avec des bidons de 25 litres. Chaque apprenant a deux à quatre bidons pour ses usages », souligne le proviseur. Mais il n’y a pas que l’eau qui impacte la vie des apprenants, les infrastructures aussi y sont pour quelque chose.

Dortoirs, cuisine, réfectoire, foyers, dans de piteux états…

Il est 14h50, la pluie s’est arrêtée. Le soleil commence à rafraîchir le sol de sa lumière bienfaisante. En de pareil moment, l’heure est à profiter de la beauté de la vie et de la nature, mais c’est plutôt ici que commence la fin des études : Dortoir C. Cette aise est vite chassée par le parfum torride composé d’un mélange de déchets assaisonné d’urine, le tout embaumé dans la fraîcheur. Ici, toilettes et ordures se confondent. Les fissures béantes malgré les nombreuses retouches et rafistolages de ciment n’empêchent pas les sociétaires du LTP de dormir entre ces mûrs neuf mois sur douze même si le proviseur admet que la complexité du sol de Pobè y est aussi pour quelque chose. Comme le dit si bien l’adage : le bruit de la mer n’empêche pas les poissons de dormir. Entre les bâtiments, les canaux d’écoulement des eaux usées sont également bouchés. Lorsque les élèves sont là, ils se mettent à la corvée pour les vider, évitant de justesse l’inondation de leurs chambres, selon les explications du collaborateur du proviseur qui sert de guide. Les murs des douches sont recouverts de mousses durcis qui peinent à disparaître sous l’action d’un effort à main nue. Portes défectueuses par-ci, eaux stagnantes par là avec des libellules qui voltigent partout. Nacos cassés à gauche, douches publiques à ciel ouvert logées en pleine broussaille à droite, avec un bâtiment à la peinture délavée et sans teinte. Le même calvaire se poursuit au dortoir B avec une douche crasseuse où la tuyauterie a quasiment disparu. Les fissures ne se comptent plus sur les murs. Au lieu des élèves, ce sont les fientes de rats qui ont envahi les douches, laissant une odeur de puanteur, car baignant dans de l’eau sur un sol carrelé qui a perdu sa couleur. Quant aux toilettes de l’intérieur, elles ne fonctionnent plus depuis des lustres. A à peine cinq mètres des bâtiments, la végétation sert de dépotoirs des ordures ménagères. Bref, à la guerre comme à la guerre ! Le proviseur quant à lui n’a pas mâché ses mots : « Ce qui est là comme dortoirs des garçons, si cela ne tenait qu’à moi, c’est à raser. Il faut réfectionner les dortoirs et en construire de nouveaux. Depuis 30 ans, ces locaux n’ont pas reçu un coup de peinture ». Si dans la salle qui sert de foyer, la toiture fait honneur à la lumière du soleil grâce à un trou béant ayant le diamètre d’un fût bleu de 300 litres servant de réfrigérateur lors des pompeuses cérémonies festives à la béninoise « Agôh », dans la cuisine, coq, poules et rats sont des rois, au point de regarder chaque personne qui entre dans leur demeure. Au milieu de vieux équipements, dans un bâtiment qui sent le moisi et le vieilli, les braves cuisinières se battent tant bien que mal avec des méthodes archaïques pour sortir les pitances de chaque jour. Cuisinières hors d’état de servir, chauffe-eau mis aux arrêts, réfrigérateurs servant de conserve de bidon de sauvetage en cas de coupure d’eau, … Et la pédagogie dans tout ça ?

Fiantes de rats dans une des douches

Terrase servant de conduite deau des dortoirs recouverte de moisissure

Conseiller pédagogique, nouveaux équipements, d’autres urgences pour maintenir la flamme …

« En dehors de cela, les ateliers méritent une attention particulière des autorités. Dans la menuiserie, ce sont des vieilleries que nous avons. Pareil en mécanique automobile. Il n’y a pas de conseiller pédagogique dans l’établissement, alors que cela est une nécessité », fait savoir le proviseur très remonté. Outre cela, l’homme dans sa tenue locale parle de ses rêves pour cet établissement. Il estime qu’il est important que l’école ait un hôtel d’application de tout ce qui est enseigné aux apprenants et une salle d’exposition pour faire connaître aux populations les différentes productions du lycée. Dans ce monde où le numérique occupe une place de choix, c’est avec peine qu’il fait savoir que son établissement de 683 apprenants ne dispose que de treize (13) ordinateurs avant de lancer un appel à l’aide.

Adjéi KPONON

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