banner ong educaction

Examens de fin d’année après la période d’hibernation dans l’éducation : Candidats et apprenants dans la crainte

Plus de deux (02) semaines déjà que les cours ont repris dans les écoles et collèges publics après le débrayage et la longue période d’hibernation observée par les partenaires sociaux du système éducatif. Face à l’urgence et à l’imminence des examens de fin d’année, les enseignants, dans leur grande majorité, essaient actuellement plusieurs approches pédagogiques et des méthodes d’évaluation pour donner l’essentiel des connaissances aux apprenants et candidats qui, de leurs côtés, formulent des craintes et évoquent une injustice pédagogique. Educ’Action, à travers ce mini-dossier, vous présente la radioscopie de la situation.

 

«Durant la période des grèves, les enseignants militants et syndicalistes nous invitaient à rester à la maison. Pendant ce temps, d’autres élèves venaient suivre les cours des enseignants vacataires qui leur faisaient des interrogations. Ainsi, les absents écopent de la note zéro qui est prise en compte par certains enseignants pour le calcul des moyennes du second devoir du premier semestre. Il y a aussi d’autres professeurs qui ont donné des notes de participation, d’autres encore ont corrigé les cahiers de cours pendant que certains élèves sont absents à cause des grèves ; ce qui ne nous avantage pas », a témoigné, confus, un élève du CEG Houéyiho qui a requis l’anonymat craignant, dit-il, les représailles. Cette peinture de l’école pendant la longue période des grèves n’est pas l’apanage exclusif de ce lieu de savoir. Ailleurs et par endroits, le débrayage a été un grand obstacle au bon déroulement des activités pédagogiques. Certains établissements publics n’ont pu encore faire la seconde série de devoirs du premier semestre avec plusieurs Situations d’Apprentissage (SA) et des séquences en retard. La course à la montre est donc manifeste surtout avec l’imminence des examens de fin d’année. Dans le rang des apprenants et candidats, on émet des craintes et le censeur du CEG Dantokpa, Casimir Todédjrapou, explique : « ces écoles qui n’ont pas fait cette seconde série de devoirs seront obligées de se soumettre à cet exercice, sinon les résultats seront escamotés.» Bien conscients de l’enjeu et pour éviter le déluge, des chefs d’établissements et enseignants expérimentent actuellement plusieurs approches d’enseignement et d’évaluation pour mettre à niveau les apprenants des classes intermédiaires ainsi que les candidats aux différents examens, même si ces derniers ne semblent pas totalement acquis à ces trouvailles.

La course à l’essentiel des connaissances

Des propos des enseignants interrogés, le maître mot est connu : donner l’essentiel des connaissances aux apprenants et rapidement. Le censeur du CEG Houéyiho, Ludovic Yoro, à Cotonou, en a fait le témoignage : « Pour les apprenants qui vont à l’examen, nous nous sommes fixés comme objectif d’aller à l’essentiel rapidement pour pouvoir gérer le peu de temps qui nous reste ». Voilà qui donne les couleurs du second semestre qui a commencé. Il s’agira donc de donner aux apprenants, juste l’essentiel en termes de connaissances dont ils auront besoin pour tenir dans les classes supérieures ou passer les examens de fin d’année. Ce qui n’est pas sans sacrifices avec d’ailleurs le rythme et la pression qui, de l’avis de certains élèves, ne sont pas soutenables. Pour cet apprenant d’un des collègues de Cotonou qui ne souhaiterait pas qu’on révèle son identité, « depuis la reprise des classes, les professeurs nous balancent seulement les cours, et c’est à toi-même d’aller faire tes recherches pour comprendre les cours...». Christelle Hessou, élève en classe de 4ème au CEG Dantokpa déclare à Educ’Action que « les cours ont repris, mais nos professeurs accélèrent leurs cours en français, SVT et SPCT et les interrogations sont un peu difficiles. Nous posons les questions, mais pas trop ». Un autre apprenant du CEG Houéyiho qui a aussi requis l’anonymat semble ne pas approuver, comme les précédents, le rythme actuel des cours qui, à l’en croire, n’est pas favorable aux élèves, surtout ceux des classes d’examens. Il ajoute : « les élèves des établissements privés, eux, ont pratiquement terminé les programmes et ont commencé les révisions alors que eux et nous devons composer dans les mêmes conditions voire matières selon les séries », criant à une situation d’injustice pédagogique qui va, selon lui, rejaillir sur la qualité de leurs résultats de fin d’année. Il formule le vœu que les enseignants trouvent du temps additionnel, les samedis, par exemple, pour les encadrer à travers des exercices et la correction, ensemble, des anciennes épreuves d’examens. Ce qui pourrait, a-t-il confié à Educ’Action, les aider à parcourir plusieurs connaissances et aborder beaucoup de choses et diverses techniques d’approches (méthodologies de dissertations et commentaires) avant les examens. En clairs, avec cette nouvelle cadence d’apprentissage, l’apprenant doit développer une nouvelle posture pour tenir le rythme. Mais, le censeur du CEG Houéyiho clarifie et rassure : « Il y a en matière d’enseignement, ce qu’on appelle la gestion du temps. Les Animateurs d’établissements accompagnés des Conseillers pédagogiques vont se mettre ensemble et s’organiser pour mieux gérer le peu de temps qui reste au lieu de passer aux séquences de classe où ils seront en train d’utiliser des stratégies d’enseignement, activité par activité. Donc, il serait temps que chacun aille vers les connaissances essentielles exigées ». A l’équipe de Educ’Action, le censeur Casimir Todédjrapou explique quelques stratégies utilisées par ses enseignants des disciplines littéraires pour aller à l’essentiel. « J’ai échangé et partagé mes réflexions avec les enseignants sur ce point. Au niveau des disciplines littéraires, par exemple, il y a des exercices qu’on appelle ‘‘Elaboration de dossier’’. C’est une approche participative au cours de laquelle on invite les apprenants à aller faire des recherches. Ces recherches sont soumises au professeur à travers un dossier. L’élève qui était habitué à ces travaux de recherches, sera mis à contribution dans une démarche participative. Vu que nous sommes en APC (Approche par les Compétences), il ne reviendra plus seulement au professeur de couvrir tous les besoins en connaissances de l’élève. A la suite de ces dossiers, l’enseignant doit accompagner les apprenants en faisant une synthèse courte », relate longuement le censeur. Tout semble alors aller pour le mieux dans ce collège qui fait corps avec le plus grand marché du Bénin. Pour le censeur du CEG Houéyiho qui reste optimiste quant à l’issue des résultats de son établissement : « d’après le conseil qui vient d’avoir lieu, on peut retenir de façon substantielle que les résultats de fin de premier semestre sont acceptables dans la mesure où nous avons eu un taux de réussite d’environ 62% et ceci est à l’actif de tous les acteurs de la maison ».

Un second semestre à plusieurs inconnues


« Le réaménagement du calendrier scolaire nous projette tout droit dans le second semestre », informe Casimir Todédjrapou. Ceci sous entend que certains établissements publics, encore en retard, n’auront même pas le temps matériel de faire la deuxième série de devoirs du premier semestre. D’ailleurs, il le confirme en ces termes : « ... avec ce calendrier réaménagé, on ne pourra pas faire les deux séries de devoirs du second semestre. La formule trouvée, c’est qu’on nous invite à soumettre nos apprenants à un mini-devoir ». Pour expliquer cette forme d’évaluation, il précise que les enseignants qui devraient faire un devoir complet de deux heures, par exemple, seront amenés à évaluer leurs apprenants sur la base d’une épreuve d’une heure de temps. De même, poursuit-il, ceux qui devraient faire des évaluations de trois ou quatre heures, le feront en deux ou trois heures. Autre chose, ces évaluations seront laissées aux soins des enseignants. « Il revient donc aux professeurs d’élaborer un sujet qui sera soumis à l’appréciation des Animateurs d’Etablissements (AE) », conclut Casimir Todédjrapou. Quant à la valeur de cette approche d’évaluation et les formules de rattrapage de l’année, le censeur, assis dans son bureau au milieu de la valse des enseignants, croit que le problème ne se pose pas puisque ces apprenants, a-t-il indiqué, ont régulièrement suivi les cours des enseignants vacataires pendant la période de débrayage. C’est dire que « nos enfants qui se retrouveront en classe supérieure l’année prochaine, vont tenir », a-t-il laissé échapper, rassurant les parents d’élèves. Avec cette bonne dose d’incertitudes des apprenants en dépit des assurances des enseignants, on garde l’espoir que les réglages nécessaires seront faits à temps pour que le déluge ne soit pas au rendez-vous à l’annonce des résultats de fin d’année.

Adjéi KPONON & Rolande MEYA

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.