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Traques, arrestations et condamnations des "gaymen" : Quel avenir éducatif pour les apprenants cybercriminels ?

Face à la recrudescence d’un fléau qui a fini par prendre la tournure d’un crime rituel, le pouvoir public a déclenché depuis le mois de mars une lutte sans merci à l’encontre des jeunes qui s’adonnent à l’arnaque sur internet au Bénin.

Poursuivis et traqués, ces cybercriminels et d’autres en attente de comparution vont limer leurs dents contre les barreaux des prisons du pays. Jeunes pour la plupart et sans formation, le journal Educ’Action s’est intéressé à ce que vont devenir ces couches vulnérables et valides une fois les peines purgées.

456 cybercriminels interpellés sur toute l’étendue du territoire national. C’est la moisson de l’opération de répression enclenchée par le gouvernement béninois depuis le mois de mars contre les arnaqueurs du web. Face à la recrudescence d’un fléau auquel se sont ajoutés les crimes rituels, la justice béninoise a décidé de prendre le taureau par les cornes et avec le concours de la police républicaine, la traque des cybercriminels vient de livrer son premier verdict. Les juridictions ont apporté des réponses de fortunes diverses avec des condamnations avec sursis ou condamnations fermes. C’est ainsi qu’à Ouidah, il y a une condamnation de 36 mois, à Cotonou 60 mois avec 5.000.000 de francs Cfa de dommages et intérêts et à Parakou, des individus ont été condamnés à 24 mois. Pour les cas orientés en flagrant délit, les audiences sont prévues pour les mois de mai, juin et juillet. Cette programmation va permettre à l’Office National de Répression de la Cybercriminalité, d’expertiser les pièces à conviction que sont les données des ordinateurs et des terminaux de communication placés sous scellés. Pour comprendre les mobiles de l’enracinement de ce fléau dans le rang de la couche la plus vulnérable et énergique de la société, Educ’Action s’est rapproché de deux jeunes béninois qui ont apporté quelques éléments de réponse.

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Le silence coupable de la société béninoise …

Jeune entrepreneur béninois, Amos Avoce dirige une entreprise qui offre des services technologiques en finances digitales. Invité fréquemment dans des fora de jeunes sur le continent pour partager son succes story, le responsable pays de ADS S.A est considéré aujourd’hui comme un jeune modèle de réussite dans la société béninoise. « Je crois que ce qui a favorisé la recrudescence de ce fléau, c’est le silence des aînés. Le silence des aînés parce que cette histoire de cybercriminalité a commencé autour des années 2000. Pendant cette vingtaine d’années, certains aînés ne vont pas dire qu’ils n’ont pas vu leurs jeunes frères devenir du jour au lendemain des cybercriminels. Ils les ont vus, mais ils n’ont pris aucune mesure au point où le phénomène a pris aujourd’hui de l’ampleur », a confié l’entrepreneur en FINTECH qui attribue l’ampleur du fléau à la non réprimande des parents au point où cette forme de criminalité du web est passée maintenant aux sacrifices humains. Arrivé à cette apogée, poursuit-t-il, il était donc important que la justice prenne ses responsabilités en réprimant avec toute la sévérité requise, la dérive. « Je ne sais pas forcément les raisons qui poussent certains parents à cautionner cette pratique de leur enfant, mais ils doivent comprendre que ce fléau ternit l’image de notre pays. La cybercriminalité n’a rien de vertueux et d’honorable pour leur famille », martèle-t-il. Actuellement en stage dans le cabinet d’avocat de son frère, Marc Zinzindohoué estime qu’il y a trop d’amalgames dans la compréhension de la cybercriminalité au Bénin. Pour lui, la cybercriminalité réelle, c’est l’intrusion d’un pirate dans un système informatique avec pour motif de voler des données ou de les altérer. La criminalité pratiquée par les « gay-mens », souligne-t-il, est une cybercriminalité dérivée dans la mesure où les individus mis en cause dans ce cas d’espèce commettent des infractions de droit commun tels que l’escroquerie et l’abus de confiance, réprimés par la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption en République du Bénin. « Donc, ces jeunes ne sont pas dans la cybercriminalité profonde, ils n’ont pas la compétence poussée pour aller prendre le contrôle d’un système, de le pirater. La répression a vraiment commencé parce qu’il y a eu la recrudescence d’actes criminels comme les homicides, les assassinats et les meurtres liés à l’arnaque sur internet », clarifie l’homme de droit pour montrer que c’est l’aspect occultisme qui gravite autour de l’arnaque qui a fait sortir le pouvoir public de sa réserve pour taper du poing sur la table et sonner le glas de la répression, de la traque et des condamnations.

La réinsertion des condamnés après épurement des peines …

36 mois pour les uns, 60 mois pour les autres et d’autres encore en attente d’être auditionnés, les cybercriminels vont grossir bientôt les rangs dans les prisons béninoises pour purger leurs peines. Dans un milieu carcéral qui est devenu presqu’une école du crime où on peut rentrer simple délinquant et ressortir braqueur chevronné, Marc Zinzindohoué déplore le fait que dans l’arsenal répressif, le législateur béninois n’a pu tracer un dispositif post-incarcération. Cette situation constitue également une inquiétude pour Amos Avoce qui fait un plaidoyer. « Il faut que les jeunes qui sont arrêtés ne soient pas associés avec les autres types de brigands afin qu’ils n’apprennent pas d’autres formes de criminalité. Que ces jeunes soient mis dans un programme spécial de changement de mentalité parce qu’il faut leur inculquer de nouveaux paradigmes, de nouvelles valeurs. Ensuite, mettre en place des modules de formation pour leur permettre de se mettre à leur propre compte ou démarcher des entreprises qui pourraient recruter certains d’entre deux et pouvoir leur payer des salaires convenables », plaide-t-il pour mettre ainsi l’accent sur l’aspect de la réinsertion de ces cybercriminels, après l’épurement de leur peine, qui doit constituer un sujet de préoccupation pour les autorités. Avis que partage Marc Zinzindohoué qui explique que ce serait un plaisir de savoir quelques années plus tard que les jeunes cybercriminels qui ont purgé leurs peines se sont finalement reconvertis et sont désormais utiles à la nation parce qu’ils auraient entre temps pris par un centre de formation aux métiers. « J’ai fait une formation en santé publique, mais aujourd’hui je suis un chef d’entreprise dans le domaine technologique. Je n’ai pas pris internet pour faire de l’arnaque, mais j’ai pris internet pour apprendre. On peut réussir au Bénin, nous en sommes la preuve et Dieu nous accompagne toujours quand on est dans une bonne dynamique. Pour construire une fortune stable, il faut au moins une dizaine d’années. Donc, que les jeunes, comme moi, sachent cela et qu’ils ne soient pas pressés d’avoir tout sur-le-champ », conseille Amos Avoce à la jeunesse béninoise.

Edouard KATCHIKPE

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