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Mise à jour des fiches pédagogiques dans les lycées et collèges : Une pratique diversement appréciée des enseignants

Les fiches pédagogiques interviennent dans l’enseignement de toute discipline au programme afin de rendre plus facile la tâche aux professeurs.

Malheureusement, il est constaté que les professeurs (novices comme anciens) n’y tiennent pas grande importance. A travers ce reportage qui expose l’intérêt de la tenue de ces fiches, les lecteurs du journal Educ’Action vont également y découvrir les conséquences qui découlent de la non mise à jour des cours ainsi que les raisons à l’origine de ce manquement.

«…Ne pas préparer des fiches pédagogiques présente des risques majeurs aux professeurs », déclare Juste Hlannon, élève professeur certifié de Français en service au Ceg Godomey. Après avoir reçu les rudimentaires de la pédagogie et de la gestion des cours, le professeur est confronté au respect des obligations liées au métier d’enseignement. Par ce fait, il s’implique dans plusieurs activités de classes, notamment la préparation des fiches pédagogiques, la préparation des évaluations formatives et sommatives, le partage des copies. Mais, lorsque l’enseignant n’arrive pas à honorer l’un ou l’autre de ses engagements, à quoi pourrait-il s’exposer ?

Implications au manquement à ses devoirs …

Tout d’abord, le manquement à la préparation des fiches montre que la qualité de l’enseignement est douteuse, informe Juste Hlannon. Donc, une qualité médiocre livrée aux apprenants pour former des incompétents. S’il ne les prépare pas, poursuit l’élève professeur certifié de Français, l’enseignant est obligé d’improviser ou de s’y prendre d’une façon qui n’est pas conforme à la déontologie du métier. Ensuite, si, par malheur pour lui, un inspecteur lui demandait ses fiches pédagogiques et il n’arrivait pas à les exhiber, il met sa vie et sa formation professionnelle à nu. « Si les animateurs d’établissement ou des conseillers pédagogiques, voire des inspecteurs font une incursion dans sa salle et ils constatent qu’il n’a pas préparé ses fiches, cela entache sa crédibilité », explique Juste Hlannon qui révèle que le non-respect aux devoirs peut constituer tout un rapport. Lequel rapport serait introduit dans ses dossiers et pourrait, à tout moment, le faire partir de ce collège. La faillibilité d’un enseignant dans la préparation des fiches pédagogiques suppose qu’il dispense également des cours dans plusieurs autres collèges. Ce faisant, il se rend encore plus indisponible pour la préparation de ses fiches.

Intervention dans des classes du même sous-secteur …

La présence d’un professeur dans plusieurs collèges émousse son ardeur au travail. Tel est le résultat d’un mémoire de Master présenté à l’Université d’Abomey-Calavi du Bénin. « Le manque de rigueur de certains responsables des collèges privés conduit certains enseignants à négliger la production ou la préparation des fiches pédagogiques », révèlent les résultats du même document. Pour que l’on ne remarque pas qu’ils sont moins productifs ou moins compétents dans leur métier, nombre d’enseignants développent des techniques qui les amènent à produire continuellement des fiches pédagogiques en optant un peu pour les mêmes sous-secteurs dans lesquels ils enseignent. « En début d’année, nous nous arrangeons pour avoir les mêmes classes dans les collèges où nous intervenons », informe l’élève-professeur certifié de Français en service au Ceg Godomey. A travers un exemple, il explique : « si un enseignant est bien organisé, il s’arrange pour avoir une classe de 3ième dans son collège et va ailleurs et négocie une autre classe qui oscille autour de ce même sous-secteur d’enseignement-là». Mais, des parents d’élèves appartenant à d’autres catégories socio-professionnelles estiment qu’il s’agit d’une pure tricherie lorsque l’enseignant papillonne de collège en collège et ne s’occupe pas correctement de la préparation des fiches, ne se préoccupe pas du niveau de ses apprenants ou même ne s’intéresse pas au dialogue professeur-apprenant. Et pour illustrer leur affirmation, l’un d’eux déclare qu’« étant dans plusieurs collèges, les professeurs n’actualisent plus leurs connaissances dans leurs domaines de compétences ». Comme une réponse du berger à la bergère, la réaction des enseignants fut prompte. « Non », s’écrie le jeune élève-professeur certifié de Français qui se fait le porte-parole de circonstance de ses jeunes autres collègues. Entre fermeté et clarifications, il explique d’une voix basse et calme qu’il ne s’agit pas de la tricherie lorsque l’enseignant utilise une fiche pédagogique pour une classe d’un collège A et la même fiche pour une autre classe d’un autre collège B, démontrant qu’il s’agit de fiches pédagogiques flexibles et souples.

Des fiches pédagogiques flexibles et souples …

« Le fait d’avoir des fiches pédagogiques uniformes pour l’exploitation dans plusieurs classes permet aux professeurs d’introduire d’autres notions et de modifier le contenu de ses fiches», témoigne un autre enseignant qui a totalement requis l’anonymat par crainte de représailles essentiellement liées aux mutations inopinées. Cependant, certains professeurs qui n’ont pas eu l’opportunité d’enseigner dans plusieurs collèges soutiennent qu’il s’agit de la pure paresse de leurs aînés et de certains nouveaux qui érigent en règle la non actualisation de leurs fiches pédagogiques sous de fallacieux prétextes. Aussi, pensent certains professeurs que les fiches pédagogiques préparées pour une classe ‘‘x’’ne doivent pas être employées pour une autre classe ‘‘y’’, car le niveau des apprenants, par exemple, de la classe ‘‘y’’ n’équivaut peut-être pas à celui des apprenants de la classe‘‘x’’. D’où la nécessité de changer le texte support. Avis partagé par certains inspecteurs de l’enseignement secondaire dont Sébastien Agboton qui informe que l’usage d’une fiche unique par un enseignant à chaque classe est plus qu’indispensable, nécessaire dans la tenue de ses classes. L’Inspecteur soutient, par exemple, que le niveau de la classe de 5ième A serait plus ou moins élevé que celui de la classe de 5ième C. Contacté via le téléphone, Célestin Azanmasso, membre de l’administration de l’Ecole de formation des personnels d’encadrement de l’éducation nationale (Efpeen) confirme les déclarations de l’inspecteur Agboton et précise par ailleurs que les fiches pédagogiques doivent être réellement flexibles et souples. Il éclaircit en expliquant que les fiches utilisées pour une classe A peuvent également l’être pour une classe B parce que le fonds est identique d’une part, et d’autre part, ces mêmes fiches ne doivent pas être employées pour une classe Z et tantôt pour Y parce que les stratégies sont variables. En effet, les stratégies ne s’appliquent pas d’une classe Z à une classe Y parce les apprenants en ‘‘Z’’ assimilent, par exemple, plus vite que ceux qui sont en ‘‘Y’’. D’où les professeurs, invite-t-il, doivent varier leurs stratégies d’enseignement. Et pourtant, dans le subconscient de bien des professeurs, « … Ce n’est pas tricher que d’avoir une fiche pédagogique valable qu’on a conçue et de l’administrer ici ou ailleurs. Vous pouvez changer le texte support ou bien améliorer les choses parce que cela ne pose pas un problème du point de vue de l’atteinte des objectifs », soutient Aïda Julienne, enseignante d’Histoire et de Géographie à Lokossa, pour renseigner sur sa position concernant la question de la préparation de fiches pédagogiques. La préparation d’une fiche pédagogique n’est pas chose aisée. Elle appelle à beaucoup de sacrifices dont la veille. L’enseignant est donc appelé à veiller pour actualiser ses cours. Et pour anticiper sur d’éventuels désagréments sanitaires, il s’abonne aux structures d’assurance.

Des précautions pour anticiper sur des cas éventuels de dégradation de la santé …

Etant donné que la situation des enseignants reste à améliorer ; la préparation des cours leur imposant de fréquentes veilles, certains professeurs ont préféré bon gré mal gré s’inscrire aux structures d’assurance pour anticiper sur d’éventuels cas de maladies soudaines. En conséquence, « ils se rendent dans les hôpitaux dès qu’ils sentent un petit malaise et se font prendre en charge par leur assurance d’appartenance », témoigne Juste Hlannon qui observe que cette option est celle choisie par la plupart des enseignants dans la prévention d’hypothétiques cas de dégradation de leur santé. A l’opposé, d’autres enseignants ont par contre fait l’option de l’épargne pour la même raison qui reste celle de la prévention des cas de maladie.

Hermann M. SAGBOHAN

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