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Après des semaines de débrayages : Le rubicond à ne pas franchir pour sauver l’année scolaire

Pendant que le dialogue de sourd se poursuit entre le gouvernement et les syndicalistes, deux protagonistes qui ne sont pas encore parvenus à trouver le consensus pour sortir l’école béninoise de sa somnolence qui dure depuis plus d’un mois, le temps scolaire n’attend pas les acteurs.

Dans l’opinion, la crainte d’une année blanche se fait remarquer déjà chez les parents d’élèves. Est-on en mesure de craindre une année invalidée si la grève se poursuit dans son état actuel ? Educ’Action a donné la parole aux différents acteurs de l’éducation qui ont apporté des clarifications sur le rubicond à ne pas franchir pour occasionner l’avènement d’une seconde année blanche pour le Bénin.

Suivant l’éclairage de Lucien Glèlè Langanfin, premier secrétaire général adjoint de la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin (CGTB), la validation d’une année scolaire implique l’observation d’au moins trente et cinq (35) semaines de cours. Selon le syndicaliste, la détermination du temps scolaire nécessaire pour éviter une année blanche relève d’une question à polémiques parce qu’en dehors des normes fixées par l’UNESCO, chaque pays a défini également ses spécificités. Ces normes de l’instance décisionnelle internationale en matière d’éducation sont très bien connues de Maxime Agossou-Vè, porte-parole de l’Intersyndicale de la Maternelle et du Primaire. « L’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) renseigne clairement qu’une année est validée si et seulement si la masse horaire de 25 semaines de cours par an est respectée. Mais, nous devons tenir compte d’un certain nombre de critères en dehors de la durée, de l’accréditation, de la mise en œuvre physique et psychologique, du profil des enseignants et de ses apprenants », explique-t-il avant de préciser qu’il ne revient pas à l’UNESCO de statuer sur la validation d’une année, mais cette décision se prend en toute responsabilité par le gouvernement qui doit s’appuyer sur les textes de la République en la matière. Pour cette année académique qui a démarré le 18 septembre 2017, l’homme estime, après tout calcul fait, qu’il faudra encore une dizaine de semaines sans activités pédagogiques pour conclure que l’année peut être déclarée non académique. « Au Bénin, compte tenu du calendrier scolaire qui s’étend du 1er Octobre jusqu’en juillet, avec les temps de congés, 35 semaines de cours sont nécessaires pour la validation d’une année. Par contre, il faut avouer que ce temps n’est pas fixe », a renchéri le syndicaliste Lucien Glèlè Langanfin qui est persuadé que malgré les vagues de débrayages observées pendant environ 6 semaines, il reste encore assez de temps pour les négociations ou pour la poursuite de la grève.

Les conditions pour sauver les meubles avant qu’il ne soit trop tard …

Partant du principe que la grève n’est observée que pendant soixante et douze heures (72h) au cours d’une semaine et que seulement six (06) semaines de débrayage se sont écoulées, le premier secrétaire général adjoint de la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin pense qu’il n’y a pas encore péril en la demeure. « Nous n’allons pas parler des conditions pour une année blanche parce que, nous autres, nous ne sommes pas en train d’œuvrer pour qu’il y ait une année blanche », a répondu Alexandre Adjinan, Secrétaire Général de l’Intersyndicale des enseignants contractuels du Secondaire. Malgré sa certitude que l’année sera sauvée, le syndicaliste n’a pas manqué de pointer du doigt accusateur le gouvernement du régime de la rupture, qui, selon lui, est l’auteur de tous ces dérapages constatés dans le système éducatif depuis plus d’un mois. « Nous constatons malheureusement que le gouvernement n’est pas prêt à écouter les enseignants, et à régler leurs problèmes. Il adopte le même style de communication que le gouvernement défunt. Ce qui est dommage, parce qu’il n’est pas normal que l’on fasse obstacle au dialogue et qu’on viole les textes qui régissent les droits de grève en République du Bénin », s’est désolé le syndicaliste qui déplore par la même occasion, la méthode du gouvernement qui consiste à aller à la rencontre des leaders religieux et des composantes sociales pour ne leur servir que sa vérité. « Le gouvernement se met à rencontrer des couches de la société pour leur expliquer, nous ne savons quoi, et pour monter ce peuple contre les travailleurs. Mais ces couches de la société qu’on est en train de rencontrer ont compris que nos revendications sont justes », fait-il remarquer après avoir égrené le chapelet des revendications qui ont suscité les débrayages. Le syndicaliste Alexandre Adjinan affirme que pour rattraper le temps perdu, l’année scolaire en cours doit être prolongée. « Quand les problèmes sont réglés, notre patriotisme nous amène souvent à accepter un réaménagement du calendrier et là, les temps de congés et de vacances sont amputés. Donc, si le problème est réglé, c’est sûr que le calendrier va être réaménagé parce que c’est ce qui s’est toujours passé », a expliqué le syndicaliste avant de confier à l’équipe du journal Educ’Action que l’année peut être encore sauvée à condition que le gouvernement satisfasse les revendications formulées par les syndicats du système éducatif.

Le genou qui fléchira pour sauver l’année scolaire en cours …

« Nous ne souhaitons pas une année blanche. Ce que nous voulons, c’est que nos revendications soient prises en compte. Donc, il faut poursuivre la lutte jusqu’à la satisfaction de nos revendications », a déclaré au journal Educ’Action, Kassa Nagnini Mampo, Secrétaire Général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB), après avoir passé en revue les maux qui minent le pays et qui constituent quelques points des revendications des centrales syndicales. Faisant référence aux chômeurs, aux élèves qui échouent après les examens à cause des irrégularités constatées au niveau de l’enseignement et des cas des diplômés sans emplois, le syndicaliste martèle que les années scolaires sont toujours blanches au Bénin. « Il faut donc qu’on lutte pour que ces différents problèmes soient réglés afin d’assainir surtout le secteur éducatif de notre pays. Donc, aucun genou ne va fléchir si les revendications ne sont pas satisfaites », a insisté avec un ton courtois mais ferme Kassa Nagnini Mampo. Son collègue de la CGTB qui est du même avis ajoute : « Nous, nous savons que nos revendications sont pertinentes, légitimes et que nous ne cèderons pas à l’intimidation et que le monde des travailleurs, des enseignants reste debout pour le combat final ». Il n’a pas manqué d’appeler les citoyens à être patients et à prier davantage pour le pays afin qu’on puisse sauver l’école béninoise. « Nous disons au gouvernement que nous n’avons que le Bénin et qu’il reconsidère le climat de tension sociale actuel qui n’arrange personne. Le secteur éducatif est très sensible. Ne dit-on pas que sans éducation, il n’y a pas de nation ? Les partenaires sociaux ne sont pas des va-t-en-guerre. Ils souhaitent que de véritables négociations soient engagées pour une heureuse sortie de crise », a formulé en doléances Maxime Agossou-Vè.

La rédaction

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