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Vente des supports de cours aux apprenants | Une facture salée pour les parents : une exigence des enseignants

Dans leur processus de formation, les apprenants sont invités à s’acquitter de certains documents pédagogiques ou parfois des photocopies de cours très récurrentes dans les facultés des universités publiques au Bénin.

Dans cette parution, le journal Educ’Action allume les projecteurs sur la vente des supports de cours dans les collèges et universités au Bénin. Reportage !

AFFAIRE POLLYCOPIE

«Comme je suis dépassé par l’achat des documents, j’ai trouvé une autre formule en inscrivant mon enfant à la bibliothèque de l’Institut Français de Cotonou pour qu’il puisse se documenter. Mais le tribunal professoral m’a ramené aussitôt à son désidérata, l’achat obligatoire des documents pour mon enfant ». Ces propos sont de Jean Sossa, un parent d’élève qui n’approuve pas la pratique de certains enseignants qui vise à imposer l’achat des documents de cours aux apprenants dans les établissements d’enseignement. Conducteur de taxi-moto, l’homme confie que le fait de débourser jusqu’à 3500 F Cfa pour l’achat d’un seul document ou pour permettre à son fils de faire la photocopie des cours qu’un professeur est censé dispenser, constitue pour lui la croix et la bannière. « Quand les enfants rentrent à la maison, ils disent parfois n’avoir rien mangé parce que l’argent du petit déjeuner a été utilisé pour des photocopies », témoigne Apollinaire Ahogla, un autre parent d’élève pour montrer jusqu’où l’imposition de document peut conduire les apprenants à sacrifier la ration alimentaire. Commerçante et mère d’étudiante, dame Rosine reconnaît l’importance de l’achat des documents de cours mais fait remarquer que certains enseignants en abusent. Face à la réaction des parents d’élèves, des enseignants ont apporté des clarifications.

Des enseignants entre bémol et clarifications …

Selon Clémentine Quenum Kogblevi, directrice du CEG les Pylônes, chaque discipline se doit d’être accompagnée par des supports de cours, parce qu’ils constituent un outil indéniable pour l’éducation d’aujourd’hui. L’utilisation de ces supports de cours résulte de l’imposition du nouveau système d’Approche Par les Compétences. « Si c’est le professeur seul qui doit tout dire, autant servir aux enfants un support à travers leurs cahiers d’activités pour l’aider à lire, parce qu’avec le contexte actuel, les enfants ne savent pas lire et ne savent pas écrire », a expliqué la directrice qui renseigne par la même occasion que la plus-value de ces supports est d’amener les enfants à travailler à la maison et à apprendre à lire parce qu’il n’y a pas vraiment des ouvrages spécifiquement conçus pour l’Approche Par Compétence. Le Conseiller Pédagogique de Mathématiques du CEG Ste Rita, Kossi François Toudoguin, ajoute que ces supports constituent un gain de temps et permettent que les schémas soient identiques. « Une figure que l’élève reproduira en 20 minutes dans son cahier, il peut en une minute découper la figure dans le support et le coller dans son cahier de cours », a souligné le CP avant de mentionner qu’ « il y a des schémas que manuellement l’élève ne peut pas facilement faire comme en SVT et qu’avec ces supports de cours, tout se fait de façon identique dans le cahier de tous les enfants ». Ces supports de cours semblent ne pas combler les objectifs et le recours aux polycopies pour soutenir les cours paraît meilleure comme formule. « Il n’y a aucune loi qui autorise la vente des polycopies aux apprenants », admet Cyr Todéhou, enseignant des lettres et de philosophie au Complexe scolaire ‘‘Clé la Réussite’’ avant de poursuivre que c’est avec l’évolution du temps que le recours aux polycopies est devenu une nécessité non seulement pour l’enseignant mais également pour l’apprenant. « Les professeurs ne vendent pas les polycopies aux apprenants, c’est juste que les élèves participent au prix des photocopies », nuance-t-il tout en faisant observer que d’autres professeurs emploient d’autres méthodes de polycopies où ils sélectionnent des cours spécifiques ou spéciaux et en font un document qu’ils mettent à la disposition des apprenants à des coûts forfaitaires. « Tôt vous finissez le programme, plus vous avez le temps de faire suffisamment d’exercices avec vos apprenants dans le programme et ceci se passe surtout dans les classes d’examen », clarifie-t-il sur l’importance de ces photocopies qui viennent soulager les enseignants dans la gestion du temps et dans l’atteinte des objectifs fixés dans le programme. En conclusion, l’enseignant rappelle qu’avec des énormités de fautes que l’on remarque dans les cahiers des apprenants, il est certain que les polycopies ne profitent non pas uniquement aux enseignants, mais aussi aux apprenants qui sont en contact direct avec l’orthographe. A l’Université d’Abomey-Calavi, les photocopies des cours des enseignants font aussi l’actualité. Enseignant-chercheur au Département de Linguistique de la Faculté des Lettres Langues Arts et Communication (FLLAC), Docteur Abraham Olou renseigne sur les deux conditions qui imposent l’usage des supports de cours. « Quand je suis en face d’un effectif pléthorique, je donne les supports de cours puisqu’il est difficile de dicter un cours en face d’un effectif pléthorique, on a du mal à être suivi. Dans le même temps, face à un effectif restreint de 30 à 50 étudiants, je préfère dicter les cours. Cela permet aux étudiants de suivre et force plus leur présence », explique-t-il. Mais à en croire docteur Alice Kpota Houngue, enseignante à la Faculté des Sciences Techniques (FAST), on ne peut jamais faire un support de cours sans préciser les objectifs du cours. « Dans le support de cours, il est aussi d’une nécessité pour l’enseignant de faire mention des pré-requis. Ceci, pour alerter ses apprenants afin qu’ils se mettent à jour vis à vis d’un certain nombre de choses », pense-t-elle. Selon docteur Alice Kpota Houngue, au vu de tout le processus que parcours l’enseignant d’université avant de mettre des polycopies à la disposition des étudiants, on peut arriver à la conclusion que les enseignants font à leur niveau cinquante pourcent (50%) des travaux. Le professeur Abraham Olou, reconnaît qu’il y a des enseignants qui envoient les supports de cours sans venir donner une réelle explication. « Oui, ça ce n’est pas éthique. Quand je dis que ce n’est pas éthique, il faut comprendre que cela ne devrait pas se faire en principe. C’est un comportement à ne pas encourager. La présence du professeur est nécessaire pour faciliter la compréhension des apprenants » a-t-il éclairé à ce sujet. Cette situation qui est déplorée par des étudiants dans les facultés ne laisse pas indifférente Docteur Alice Kpota Houngue. « Vous voyez, l’enseignement, c’est un contrat. C’est un contrat entre l’apprenant et l’enseignant. Si c’est comme cela, il faut pouvoir corriger », insiste-t-elle.

Avis divergents sur l’achat obligatoire des documents …

« Aucun professeur ne doit renvoyer un élève de la classe par manque de documents, c’est exclu. Même si cela doit être imposé, ça doit se faire avec tact. Il faut que les élèves eux-mêmes prennent le devant pour s’en procurer. Le professeur trouve une stratégie pour que cela se fasse sans qu’il ne soit amené à exclure un élève par manque de documents », a strictement interdit Kossi François Toudoguin qui estime que cela pourrait épuiser financièrement le parent s’il doit fournir tous les supports de toutes les disciplines à son enfant. Même si la directrice du CEG les pylônes est du même avis que le Conseiller pédagogique, elle aurait souhaité que ces supports soient imposés aux enfants. « Normalement, on doit les imposer aux élèves parce que tout le monde connaît le contexte actuel », a-t-elle fermement soutenu. Pour elle, si le parent est soucieux de l’éducation de son enfant, si le parent veut que son enfant évolue, il doit s’investir et investir.

Un fonds de commerce pour enseignants ?

« Ce qui est exigé et appliqué par tous les enseignants à la FAST, c’est que nous faisons des supports de cours et nous laissons la version imprimée aux étudiants et il revient ensuite à eux-mêmes de s’entendre pour photocopier », a clarifié la Chimiste Alice Kpota Houngue. Malheureusement, tous les enseignants ne sont pas en phase avec cette réalité dans toutes les facultés de l’Université d’Abomey-Calavi. Docteur Abraham Olou affirme : « Il est vrai que certains enseignants vendent les polycopies en gonflant le prix, qui n’est pas souvent compatible avec le nombre de pages dans le but de se faire de l’argent. Cela n’est pas éthique. Malheureusement, nul n’est parfait. Être un enseignant à l’université ne fait pas de l’homme un parfait. Donc, cela relève d’un comportement à décourager ».

De la conception des supports dans le Secondaire …

« Tout ouvrage qui doit être utilisé en classe comme support de cours doit être autorisé par les organismes compétents, le ministère, etc. En dehors de ces ouvrages, on ne doit utiliser aucun autre ouvrage comme support de cours à moins que le professeur lui-même fasse saisir son cours ou une partie de ses cours sur un support et qu’il fasse photocopier aux élèves sans l’imposer ailleurs dans d’autres établissements, ni gratuitement, ni contre de l’argent », signale avec fermeté Kossi François Toudoguin. Pour que le ministère et les autorités compétentes autorisent l’usage d’un ouvrage dans les salles de classes au Secondaire, Clémentine Quenum Kogblévi renseigne que des groupes de professeurs, en fonction de la matière, se sont formés pour réfléchir sur comment concevoir les cahiers d’activités qui servent de supports aux enfants. « Ces cahiers d’activités sont parrainés par certains inspecteurs et c’est ce groupe qui s’est investi matériellement, intellectuellement et qui est propriétaire de certains cahiers d’activités. Suivant les matières, les groupes les mettent à la disposition des professeurs », explique-t-elle. De son côté, Kossi François Toudoguin décline également le processus d’élaboration d’un support de cours. « Pour concevoir ces supports, premièrement, il y a un professeur qui prend l’initiative d’écrire un ouvrage ou un fascicule qu’il élabore et met à la disposition des autres professeurs pour l’utilisation en classe. Dans ce cas, la formule la plus autorisée est qu’il le soumette aux autorités compétentes qui jugent de sa valeur avant de l’autoriser. Alors, une fois qu’il a reçu l’autorisation, il fait la multiplication par les imprimeries et il les met à la disposition des livreurs et l’ouvrage qui est ainsi édité peut être vendu par les structures compétentes. Les élèves peuvent les acheter et l’utiliser en classe si l’atelier du collège décide de l’utiliser », a martelé le CP avant de renseigner sur une seconde possibilité. « A part cela, un groupe de professeurs d’un ou de plusieurs établissements peuvent décider d’écrire ensemble un ouvrage ou un fascicule qu’ils mettent à la disposition de leur établissement seulement. Là, comme c’est l’atelier qui en a décidé, cela doit être conforme aux programmes et l’atelier peut en faire usage dans les classes respectives après publication bien sûr ». Bien que ces supports soient importants dans les classes, Clémentine Quenum Kogblevi, directrice du CEG les pylônes insiste sur le fait que ces supports sont différents des fiches de cours. « Le professeur ne doit pas prendre ces cahiers comme des bréviaires. Il peut y prendre des textes, il peut y puiser des éléments, il peut s’en inspirer mais cela ne peut pas tenir lieu de fiches de cours », a-t-elle fait observer sur fond d’avertissement.

La Rédaction

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