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Etat de la grève dans le secteur de l’éducation au Bénin | De l’appauvrissement à la mise en berne de l’Ecole

Des Enseignements Maternel et Primaire en passant par le Secondaire au Supérieur, la paralysie des activités académiques a été plus qu’une réalité dans le secteur de l’enseignement public au Bénin pendant soixante douze heures, la semaine écoulée.

Des salles de classes et amphithéâtres désertés. Que ce soient le Littoral, l’Ouémé, le Couffo, la Donga ou même l’Atacora, le constat est le même. Aucun département n’a manqué à l’appel des leaders syndicaux à la grève, avec des apprenants livrés à eux-mêmes. Reportage !

Dans la cours des écoles et collèges publics, des écoliers et élèves se pavanent. Certains apprenants sont concentrés sur des discussions banales, d’autres jouent sur les terrains de jeux et une catégorie d’élèves a préféré rester calmement à la maison, laissant ainsi les salles de classes désertes. Pourtant, nous sommes en plein dans le second trimestre de l’année, par conséquent très loin des vacances. C’est le visage que présentent les Collèges d’Enseignement Général ‘’Le Nokoué’’ ; Gbégamey dans le Littoral; CEG Adjarra 1 ; Malanwi ; Adjarra 2 & 3 dans l’Ouémé; CEG1 Djougou dans la Donga ; CEG 2 Abomey dans le Zou et le CEG Dogbo dans le Couffo, en cette matinée du mardi 16 janvier 2018, en raison des débrayages. La situation est encore plus grave dans le septentrion où, par exemple, dans la commune de Malanville, tous les collèges ont fermé leurs portes malgré la présence dissuasive des forces de l’ordre. Il s’agit des CEG Malanville, Guéné, Wollo, Garou et Madécali. Pour revendiquer la jouissance d’un certain nombre d’intérêts corporatistes, ces enseignants et professeurs ont déposé la craie et ceci pendant 72 heures avec tacite reconduction si rien n’est fait pour satisfaire leurs revendications. Sur les lieux, quelques enseignants sont présents, mais en pleine discussion entre collègues. Approchés pour s’imprégner du déroulement et des motifs de la grève, ceux-ci ont refusé de se confier à nos équipes de reportage par crainte de représailles. Au collège ‘’Le Nokoué’’, les enseignants grévistes sont en plein conclave, discutant sans doute des sujets en rapport à la grève. Du moins, c’est ce que conclut une de nos équipes de reportage dépêchée sur les lieux, mais interdite à la salle de réunion des professeurs. En effet, pour ces enseignants en concertation, notre équipe de reportage en repérage dans ce collège peut être amenée à divulguer la stratégie développée pour la satisfaction des points, objets des revendications. Au CEG Zogbo, le constat est identique. Si la présence du personnel administratif se fait remarquer sur les lieux, celle des enseignants n’en est pas moins remarquée même si ceux-ci, pour le moment, refusent de retourner dans les salles de classes. Si les enseignants ont fait l’option du silence, le syndicaliste Thierry Dovonou, lui a décidé, en toute responsabilité, de se confier. Il a accepté de nous renseigner sur les motifs de cette grève, selon son syndicat. Pour le Secrétaire général du Syndicat National des Professeurs Permanents et Contractuels de l’Etat (SYNAPPEC), ce mouvement de débrayage s’inscrit dans le cadre du retrait du droit de grève à certains travailleurs de la fonction publique. Selon l’enseignant syndicaliste, « l’enseignement secondaire avec le professeur Mahougnon Kakpo comme autorité de tutelle, ne devrait en réalité pas aller en grève ». Désormais convaincu des motifs qui justifient le débrayage dans le secteur de l’éducation, le Sg du SYNAPPEC soutient qu’à la suite de feue Karimou Rafiatou, Mahugnon Kakpo a été le premier à avoir pris à bras le corps le problème de la CNSS-Enseignants. Un problème qui, sans doute, affichait le caractère colérique des enseignants du Secondaire. Aux dires du responsable syndical, quand les libertés publiques sont menacées et que les syndicats lancent leur motion de grève, alors les enseignants n’ont autre choix que d’accompagner le mouvement. Il notifie que même si les magistrats et les acteurs de la santé n’allaient pas en grève, les enseignants, quant à eux, le feront pour attirer l’attention sur le fait que le droit de grève doit être protégé et encadré. « Les enseignants du Secondaire ne sont pas des va-t-en-grève », fait-il remarquer avant d’ajouter que les enseignants du Secondaire n’ont utilisé leur droit de grève que cinq (05) fois depuis vingt (20) ans y compris celle de 2018. Conscient des conséquences de cette grève désormais générale, Thierry Dovonou argumente que c’est le moyen par excellence pour ramener l’autorité à la raison. Un son de cloche proche de celui des enseignants réunis au sein du Front d’Actions des Syndicats de l’Education sous la coupole de Alexandre Adjinan. Ils ont déclenché un mouvement de débrayage, le mardi 16 janvier 2018. Une grève qui a duré 72 heures pour être reconduite, pour compter de ce jour mardi 23 janvier 2018. Seulement, il est important de rappeler à la mémoire collective qu’avant le déclenchement de ce mouvement de débrayage, la plupart des collèges et lycées de notre pays ont programmé la deuxième série des évaluations sommatives du 1er semestre pour la semaine du 22 janvier 2018. Pour que ces évaluations aient lieu dans des conditions requises, les enseignants devraient atteindre un niveau donné dans l’exécution des tâches pédagogiques et procéder à des révisions ou remises à niveau afin de préparer au mieux les apprenants à réussir ces évaluations. Pour n’avoir pas satisfait ces préalables pédagogiques pour la tenue desdits devoirs surveillés, Alexandre Adjinan déclare : « Organiser les devoirs surveillés à partir du lundi 22 janvier 2018, c’est choisir délibérément de sacrifier les apprenants. Un acte du genre est assimilable à un crime contre nos apprenants et le système éducatif béninois ». Aussi, en appelle-t-il à une mobilisation pour faire échec à cette initiative pour laquelle les conditions ne sont pas réunies. « Nous invitons donc les enseignants du Secondaire, toutes catégories confondues, à boycotter systématiquement tous les devoirs surveillés prévus pour le lundi 22 janvier 2018 dans les Lycées et Collèges situés sur toute l’étendue du territoire national », a-t-il appelé avant de conclure que seule la lutte paie. En réponse à l’appel du syndicaliste, le ministre de tutelle Mahougnon Kakpo déplore la violation d’un principe cardinal du dialogue social. Les négociations n’ont pas été bloquées avant même que la grève ne soit déclenchée, s’indigne l’autorité ministérielle. « C’est pour éviter que le compte-rendu des administratifs aux partenaires sociaux ne soit peut-être pas fidèle qu’ils se sont d’office impliqués à tous les travaux pour répercuter l’information à la base », justifie le ministre tout déçu de l’appel à la grève des syndicats de l’éducation. Du sous-secteur de l’Enseignement Secondaire, rendons-nous dans l’Enseignement Supérieur pour le constat. Là-bas, la situation n’est pas aussi rose.

LA MALTRAITANCE


Amphithéâtres désertés sur le campus d’Abomey-Calavi …

Cela fait environ une demi-heure de temps que l’étudiant Alban Adanlé et ses trois camarades de la première année de Linguistique sont à la recherche d’un amphithéâtre pour travailler sur leur exposé. A bout de souffle, le groupe décide de rallier le jardin botanique pour effectuer le travail. Nous sommes le mercredi 17 janvier 2017, deuxième jour de la grève des enseignants à l’Université d’Abomey-Calavi où la majorité des amphithéâtres est fermée et les quelques rares salles ouvertes sont occupées par certains groupes d’étudiants. Entre deux discussions devant la FASEG, l’étudiant Caleb Babatoundé confirme l’effectivité de la grève. « La grève est suivie sur le campus comme vous pouvez le constater vous-même. Des camarades qui sont venus au cours aujourd’hui sont en train de rentrer », déplore l’étudiant qui a parcouru une longue distance pour se rendre au cours ce mardi. Déroulant la scène de la première journée de grève du mardi 16 janvier 2018, Julien Obagnigban, étudiant en deuxième année d’Histoire, raconte : « Nous étions au cours sur l’histoire de la presse africaine quand un responsable syndical est rentré dans l’amphi et a obligé le professeur à ramasser ses affaires. Après le départ de notre professeur, nous sommes partis aussi de l’amphi ». L’étudiant pense que c’est du droit des enseignants de revendiquer, mais il reste inquiet sur le respect du calendrier académique. « Ce mouvement de grève risque de faire allonger le semestre. Ce qui n’arrange pas nous les étudiants parce que cela va forcément alourdir le budget des parents », confie-t-il, insistant sur les conséquences que pourrait engendrer cette grève. Dans notre périple, nous avons rencontré le Vice-président du Bureau d’Union d’Entité (BUE) de la FLLAC. Devant le siège de l’institution, l’homme confirme que la grève est bien suivie sur le campus et qu’il a d’ailleurs pris l’initiative d’informer les étudiants sur le mouvement de grève, ce qui justifie que plusieurs étudiants sont restés à la maison. « Vu l’importance de ce qu’ils sont en train de réclamer, vu qu’ils ont raison de réclamer, nous autres, nous jugeons bon de suivre le mouvement parce que ce sont des gens qui peuvent nous aider aussi après à mieux revendiquer nos droits », conclut le responsable du BUE/FLLAC. Du campus d’Abomey-Calavi, l’équipe du journal Educ’Action est remontée sur l’ENEAM à Gbégamey pour le même exercice. Ici, c’est l’heure de la pause. Etudiants et professeurs ont vidé presque les salles de cours. Pointé devant les caniveaux aux abords de la voie pavée, Romaric Sossouvi est surpris d’apprendre qu’il y a une grève dans le Supérieur. « C’est vous qui m’apprenez qu’il y a une grève, sinon tout va bien ici. Les enseignants ont fait cours hier comme aujourd’hui », renseigne l’étudiant en troisième année. Pour Vincent Sossou Houndédako, Secrétaire général du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur (SNES), c’est le ministre de tutelle qui est à la base de ce qui se passe dans l’Enseignement Supérieur. « Nous avons adressé une correspondance à notre ministre compte tenu de nos problèmes spécifiques pour lesquels nous souhaitons la rencontrer, mais cela n’a pas abouti jusqu’ aujourd’hui 16 janvier 2018. Nous avons aussi adressé une correspondance au ministre des finances le 10 octobre 2016 et il nous a reçus automatiquement. Compte tenu de l’importance du problème posé, il nous a demandés de rédiger un mémorandum. Ce qui a été fait. Après cela, nous avons réintroduit un autre courrier au cabinet le 30 octobre 2017 pour que le problème trouve une solution. Nous avons eu un comité de dialogue social en ce temps, mais nous n’avons pas trouvé satisfaction, notamment concernant le reclassement d’une promotion du CAMES. Nous avons donc produit une déclaration à cet effet. Malgré ce préalable que nous avons posé, nous avons quand même participé au comité de dialogue social de décembre 2017 à Ouidah. A cette rencontre, l’attitude du ministre nous a froissés dans notre amour propre », rappelle le responsable du SNES, expliquant que c’est cette attitude de la ministre qui a accéléré ce mouvement de débrayage dans l’Enseignement Supérieur au Bénin. « Si nous ne trouvons pas satisfaction à nos revendications, nous réunirons les camarades et ensemble, nous aviserons. En tout cas, la grève est suivie à plus de 80 % dans toutes les universités », a souligné le syndicaliste.

Le boycott de la grève dans l’administration …

La grève annoncée par les centrales syndicales n’est pas suivie par tout le monde. Pour le constater, l’équipe de reportage de votre journal Educ’Action s’est rendue au Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (MESFTP). « Nous ne sommes pas en train de faire grève par solidarité », déclare Henri Hounga, Chef du secrétariat administratif du ministère. Car, précise-t-il, un collectif des organisations syndicales de l’administration publique a fait une déclaration dans la journée du lundi 15 janvier 2018, les invitant à ne pas suivre le mode d’ordre lancé par les centrales et confédérations syndicales. Etant donné que le MESFTP est membre de ce collectif, il est important d’obéir au mouvement déclenché par le collectif. Cependant, Henri Hounga affirme que rien ne les oblige à suivre le mouvement de grève. Au contraire, il pense qu’ils ont des revendications pertinentes et spécifiques liées à leurs différents ministères. Donc, il est inutile de faire grève par suivisme ou par solidarité. De ce fait, l’on peut clairement voir que les centrales ne partagent pas le même avis sur la grève, et, à ce que pouvait croire le public, elles ne sont pas non plus divisées. « Nous sommes toujours avec les centrales syndicales, mais cette fois-ci, au nom de l’intérêt supérieur des travailleurs et des revendications, le MESFTP décide de ne pas suivre ce mouvement de grève », fait savoir Henri Hounga pour attirer l’attention du public sur ce qu’ils revendiquent. « Nous ne connaissons pas les mobiles réels de la grève », avoue Henri Hounga qui poursuit que c’est un mouvement de foule. Pour le collectif des organisations syndicales des ministères, il faut analyser, réfléchir et connaître les bases réelles sur lesquelles nous voulons effectuer un mouvement de grève », défend le chef du secrétariat administratif du ministère en dénonçant une grève politique.

La position des parents d’élèves face à la grève des enseignants …

« C’est un peu triste ce qui se passe. A un moment où nous avons besoin de grandes réformes au niveau du système éducatif, ce n’est pas à ce moment que nous devrons priver les apprenants d’instructions ». C’est ce que pense Epiphane Azon, président de la Fédération Nationale des Parents d’élèves et étudiants du Bénin (FENAPEB). Interviewé dans son bureau, l’homme semble soutenir la grève des enseignants. Et pour cause, a-t-il justifié, des revendications sont sur la table depuis fort longtemps et le gouvernement n’a pas encore donné satisfaction. A l’en croire, les enseignants, de peur de se faire foudroyer par le tonnerre de la suppression du droit de grève, prennent dès maintenant leurs dispositions. Pour lui, il ne s’agit plus de vouloir conscientiser les éducateurs. « Si vous ne pouvez pas, dites que vous ne pouvez pas. Si vous pouvez, dites leur nous pouvons mais, nous ne pouvons satisfaire tout de suite et fixer une échéance. Il me semble que les enseignants ne sont pas contre les échéances, mais le silence plat embête… », a observé Epiphane Azon. Tant que le syndicalisme existera, poursuit-il, il y aura toujours des revendications. « Je ne suis pas pour qu’on supprime le droit de grève, mais on peut conscientiser les grévistes et mettre tout en œuvre pour avoir une écoute très diligente vis-à-vis de ce secteur sensible», a- t-il conclu.

La rédaction

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