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Saut de classes dans les établissements : Une improvisation qui étouffe le génie des apprenants

Le saut de classe, une pratique répandue s’observe depuis longtemps dans nos établissements publics comme privés d’enseignement. Cette méthode est utilisée par certains acteurs de l’école en raison de la surdouance des apprenants. C’est pour mesurer les inconvénients de cette pratique que Educ’Action s’est rapproché de certaines personnes concernées pour en savoir davantage. Reportage !

 

Daniel Biokou 9 ans et Peace Delaly Nicoué 11 ans. Ce sont respectivement les plus jeunes candidats qui avaient participé au BEPC et au Baccalauréat 2017. Selon leur entourage, ces deux apprenants étaient des surdoués à qui leurs enseignants avec l’autorisation de leurs parents avaient sauté des classes. Cette pratique perdure et nombreux sont ces parents qui sont fiers de sauter des classes à leurs enfants. C’est le cas de dame Emmanuella qui se confie en ces termes : « mon enfant a toujours été le premier de sa classe depuis le CI jusqu’au moment où j’ai décidé de connivence avec son maître de le présenter à l’examen du CEP alors qu’il faisait le CM1. Il est admis de justesse à cet examen en 2003 ». Ces propos de dame Emmanuella témoignent des difficultés que son enfant avait eu pour franchir le rubicond du CEP. Ce sont des méthodes que beaucoup d’acteurs éducatifs adoptent au mépris ou en violation de la Loi sur l’orientation qui fixe les âges pour les niveaux d’études au Primaire. Selon les informations recueillies, les parents d’élèves en accord avec les enseignants font usage de ces méthodes pour raison de l’éveil et de la compétence de l’enfant. « Après le premier trimestre au CM1, le maître d’Idohou m’a appelé pour me dire qu’il est en négociation avec sa directrice parce qu’il est très éveillé et qu’il fallait l’envoyer au CM2 pour passer le CEP », a fait savoir avec fierté Edwige Agbo, tutrice de Adélabou Elie Idohou, un élève à qui les parents ont sauté une classe. Pourtant un cursus normal est prévu par les concepteurs de programme et aucune disposition réglementaire ne cadre avec cette méthode utilisée par bien des acteurs éducatifs. Comment évoluent-ils ces enfants à qui l’on saute avec honneur et bonheur des classes ?

De l’évolution aux inconvénients des sauts de classes…

Selon les informations glanées sur le terrain, certains de ces élèves rencontrent par la suite, bien des difficultés essentiellement liées à la lenteur dans la compréhension des cours et d’autres développent des carences intellectuelles. « Arrivé en classe de 6ième, mon enfant avait commencé par se perdre parce qu’il y avait certaines notions qui lui manquaient. Je ne conseillerai pas un proche de sauter de classe à son enfant même s’il est surdoué », a témoigné dame Emmanuella pour illustrer l’un des risques que courent les parents d’élèves en optant pour cette méthode. A la question de savoir pourquoi cet apprenant a finalement rencontré des difficultés dans ses études au Secondaire, Sègbédé Aligbonon, psychologue clinicienne au Centre National Hospitalier Universitaire de Psychiatrie de Cotonou ex Jacquot affirme : « on ne saurait apprécier à distance. C’est d’abord d’apprécier comment la surdouance a été diagnostiquée. On n’improvise pas l’enfant de surdoué ou enfant à haute potentielle, ou enfant à potentiel élevé ou enfant précocement intellectuel ». Par ailleurs, elle a précisé qu’un enfant qui est rapidement précipité dans un monde adulte sera amené à développer des aptitudes un peu à contre-courant. Il peut développer des aptitudes pensant qu’il est déjà adulte. Une remarque qu’Auguste Takpè, docteur en Socio anthropologie aurait faite par rapport à Peace Delaly Nicoué inscrit au département de l’anglais à l’UAC. « L’enfant qui était admis au BAC à 11 ans s’amuse au cours en anglais parce que son caractère d’enfantillage demeure et il se balade au moment où les autres sont au cours. Il oublie qu’il est étudiant », a laissé entendre à Educ’Action l’universitaire. Pour lui, le marché de l’emploi n’est pas synonyme de l’âge auquel l’apprenant obtient le diplôme. Il y a ses spécificités que nous ne maîtrisons pas et c’est en allant que l’apprenant va acquérir ses connaissances. Abordant d’autres inconvénients liés à cette pratique, le professeur affirme que de nos jours, pour bénéficier d’une bourse, il faut brandir tous les bulletins du CI jusqu’au CM2 même pour le Secondaire avant d’ajouter : « Ils étouffent le génie de l’enfant ». Toutefois, la baisse du niveau de l’apprenant victime du saut de classe s’apprécie en tenant compte de certains facteurs.

Des facteurs de reconnaissance d’un apprenant à quotient intellectuel élevé…

Pour ce qui est des apprenants à haut potentiel intellectuel, des paramètres permettent de reconnaître ces cas d’élèves. « Il faut passer des tests psychométriques pour jauger le niveau de surdouance de l’enfant selon son milieu éducatif, les normes éducatives de son pays, mais, également, selon les attentes de ses parents, personnalité, les compétences de l’enfant », a expliqué la psychoclinicienne pour ainsi montrer la nécessité de vérifier ces facteurs avant de proclamer un enfant surdoué. Aussi, poursuit-elle, ce sont normalement des collectifs ou comités composés en l’occurrence des psychologues, des éducateurs, des inspecteurs de l’enseignement, des personnes ressources qui doivent statuer sur la question de surdouance. Au moins, précise-t-elle, seuls ces comités peuvent déclarer après étude, si tel ou tel autre enfant peut-être présenté à l’examen ou si son cursus scolaire peut être raccourci.

Enock GUIDJIME

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