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Annoncés pour être évalués dans le sous-secteur du secondaire : Les enseignants vacataires émettent beaucoup de doutes et interrogations

Annoncée le dimanche 23 septembre 2018 par Jean Benoît Allokpon, directeur de Cabinet du Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, au cours d’un débat télévisé sur l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB-Tv), l’évaluation des enseignants vacataires sera une réalité les prochains jours, comme ce fut le cas pour leurs collègues des Enseignements maternel et primaire. Le journal Educ’Action a sillonné des collèges pour recueillir l’avis de quelques enseignants vacataires sur la question.

 

«Nous ne sommes pas contre une éventuelle évaluation des vacataires. Cela est même l’idéal car elle permettra de faire le diagnostic des difficultés pédagogiques et d’y remédier à travers des formations subséquentes ». Ainsi répondait au reporter de Educ’Action Samson Emènou, Secrétaire Général du Syndicat National des Enseignants Vacataires du Bénin (SYNEVAB) sur la question de l’évaluation des enseignants vacataires. Avis que partagent certains de ses pairs interrogés. En revanche, d’autres encore restent dubitatifs. Ils se posent la pertinente question de sa faisabilité. C’est le cas de Sylvère Adjahouto, enseignant vacataire d’Anglais dans un établissement de Cotonou qui, après avoir exprimé son entière adhésion à cette probable évaluation, reste toutefois pessimiste pour ce qui concerne la réalisation de la chose. « Je reste pessimiste. La chose peut être faisable mais ma crainte, c’est de savoir s’ils peuvent réussir. Nous sommes plus de 40.000 enseignants vacataires. Comment cela va-t-il se faire ? », s’est interrogé Sylvère Adjahouto. Cette évaluation des enseignants vacataires frise la stigmatisation aux yeux de Giovanni Djadja, enseignant vacataire des Mathématiques, qui aurait souhaité que l’évaluation soit ouverte aux enseignants, toute catégorie confondue. « Je constate que ce n’est pas tous les enseignants du secondaire qui seront pris en compte dans cette évaluation et donc, c’est de la pure stigmatisation à mon avis. Est-ce à dire que les APE et les ACE sont les saints du système et qu’il n’y a rien qu’on puisse améliorer à leur niveau et que ce n’est qu’au niveau des enseignants vacataires qu’il y a des choses à améliorer ? », cherchait à savoir Giovanni Djadja préoccupé. Sylvère Adjahouto, lui aussi, émet des interrogations qui attendent des autorités concernées des réponses. « Pourquoi évaluer des gens que vous n’êtes pas prêts à recruter ? Sur quoi va-t-on nous évaluer ? Les résultats serviront à quoi ? », lâchait-il, espérant avoir des réponses. Se référant à l’évaluation précédente des enseignants du sous-secteur des Enseignements maternel et primaire qui a connu des flottements couplés à la résistance de quelques enseignants, Ludovic Chabi Gado, enseignant vacataire des PCT, s’est senti sceptique par rapport à l’atteinte des objectifs visés et les moyens à engloutir. En effet, s’explique-t-il, « une telle évaluation a eu lieu à l’endroit des instituteurs, nous connaissons tous la suite malgré les fonds engloutis pour son organisation. Aucune suite n’a été donnée jusqu’à l’heure où nous sommes par rapport à cette évaluation et c’est le tour des enseignants vacataires à présent. Espérons que ce soit mieux organisé ici et que les résultats soient mis à la disposition du public et que les dysfonctionnements qu’on aurait identifiés, soient rapidement corrigés par les autorités en charge de l’éducation. Cet espoir, l’enseignant vacataire Giovanni Djadja le partage également car selon lui, cette évaluation ne servirait à rien si le gouvernement n’a pas des objectifs bien précis et si les mesures d’accompagnement ne sont pas encore déterminées pour pallier les éventuels problèmes qui pourraient apparaître dans l’organisation de cette évaluation. « Nous souhaitons le meilleur pour le système éducatif béninois mais ce n’est pas pour autant qu’il faut prendre des mesures pour la forme. Il faut que ce soit des mesures concrètes, des mesures pragmatiques qui puissent apporter des résultats concrets, qui puissent permettre des avancées considérables pour le bonheur de tout un chacun. S’il n’y a rien de tout cela, moi j’estime que c’est de la distraction», a dit, sans ambages, l’enseignant des Mathématiques. Quant à l’enseignant des PCT, Ludovic Chabi Gado, une évaluation diagnostic des enseignants vacataires ne saurait à elle seule améliorer la qualité de l’enseignement au Bénin. Il suggère donc que soient revus « le traitement salarial des enseignants, le manque criard d’enseignants qualifiés, d’infrastructures et de matériels de travail et surtout le programme enseigné. Il faut certes évaluer les enseignants, mais il faut aussi penser à les recruter puis à les former par les conseillers pédagogiques mais surtout il faut mieux les payer et les payer à temps ».

Estelle DJIGRI

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