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Bac 2018 à la loupe : Les Inspecteurs touchent du doigt les vraies causes du faible pourcentage

Les résultats de cette année 2018, notamment ceux du Bac ont interpellé plus d’un et suscité de remous au niveau des acteurs du système éducatif surtout des inspecteurs. Pour ces derniers, ce faible taux se justifie par les mouvements de grèves qui ont paralysé, plus de trois mois durant, les activités académiques. A cette raison, s’ajoutent, bien évidemment, selon eux, la question d’enseignants non qualifiés pour le job et le manque de responsabilité des parents dans le suivi de leurs enfants.

 

L’historique des résultats du Bac béninois n’a pratiquement pas connu de changement. C’est pour dire qu’il est rare de voir le Bac au Bénin dépasser les 40% ou 45% de taux de réussite. Cette année 2018 vient confirmer ces présomptions montrant à l’affiche 33,43%. Pour Modukpè Daouda, Inspectrice et chef groupe spécialisé de philosophie en service à la Dipiq, ces résultats n’ont pas été du tout reluisants. « Ce ne sont pas les résultats que nous devrions avoir dans un pays où nous avons un système suffisamment outillé pour obtenir après chaque examen de bons résultats », s’est-elle insurgée. Aux dires des inspecteurs interviewés, ces résultats de 2018 du baccalauréat s’expliquent bien par les grèves qui ont agité le secteur de nombreux jours durant, l’absence de la formation des formateurs et la démotivation des parents à suivre leurs enfants à la maison au double plan instructif et éducatif.

Grèves, causes majeures du faible pourcentage du Bac 2018…

Le faible pourcentage au Bac de cette année a drainé une réaction commune, indexant directement l’impact des grèves. « Les grèves ont occupé les tiers de l’année scolaire », renseigne Modukpè Daouda. Plus précisément, du mois de janvier à avril, les enfants des collèges publics étaient forcés à aller en ‘‘vacances obligatoires’’non réclamées et non voulues. « Les élèves n’ont pas travaillé régulièrement, ils n’ont pas été dans les classes, ils n’ont pas eu ce qu’il faut au moment où il le fallait », a constaté l’inspectrice de philosophie. Après que les enseignants ont levé la motion de grève, les inspecteurs sont descendus dans les classes pour évaluer le niveau des apprenants, témoigne l’inspectrice de philosophie, afin de mettre les bouchées doubles et évaluer dans la mesure du possible, les dispositions à prendre pour achever les programmes pour un bon rendement scolaire apprécié de tous. Face à ce faible pourcentage, l’inspectrice se demande si ces mesures n’étaient pas prises au préalable, quel serait le vrai visage des résultats du Bac 2018 ? Elle poursuit que ces descentes tenues en mai-juin ont alors permis de ne pas avoir un pourcentage plus bas que celui visiblement obtenu. Pour elle, la grève a trop duré et a conduit des enfants qui avaient un niveau suffisamment faible à abandonner les cahiers pour des ‘‘vacances imposées’’. « Un enfant qui n’a pas étudié, qui avait un niveau très bas, qui n’a pas suivi régulièrement les cours, à quel résultat miraculeux pouvait-on s’attendre à la fin de l’année de la part de cet enfant-là?, s’est-elle interrogée. Avant que Gilbert Attolou, un autre inspecteur de philosophie à la retraite abonde dans le même sens que son prédécesseur, il a préféré d’abord faire une analyse globale de la situation vécue l’année passée. « Les grèves en ont été pour beaucoup », a-t-il dit pour corroborer les propos de sa collègue. Pour preuve, illustre-t-il, « lorsque les enfants allaient composer, ils étaient totalement démotivés. Ils n’avaient plus le sens de la compétition, l’enthousiasme qui les anime quand ils vont à une compétition intellectuelle ; ils avaient déjà perdu le goût au travail parce que les grèves ont trop duré ». Gilbert Attolou a également fait observer que la démotivation avait gagné le rang des enseignants. « Ils ont encadré vaille que vaille les enfants pour leur permettre d’aller passer leurs examens » a-t-il ajouté. Conséquence, dit-il, ce mouvement de protestation collectif a laissé d’impact sur les résultats. Revenant sur le Bac, il fait noter que les candidats sont souvent confrontés à leurs propres difficultés ou au choix de leurs séries. « La série A1 en voie de disparition, la série D qui est souvent mal choisie parce que ce ne sont pas ceux qui doivent se retrouver dans ces séries-là qui s’y trouvent », a constaté le retraité, accusant les apprenants de sécher les cours pour avoir choisi des disciplines à suivre tout au long de l’année. Quant à l’inspectrice, elle n’est guère surprise des résultats, mais elle a affirmé avoir déploré la réalité du système éducatif béninois. Et pourtant, l’absence des grèves au cours des années scolaires passées ne portait pas souvent les résultats du Bac à plus de 45% voire 50%. A ce constat, Modukpè Daouda a fait comprendre que lorsque la première cause qui est la grève est absente, les deux autres causes sont présentes pour bousculer les choses.

Les enseignants vacataires majoritairement indexés …

Gilbert Attolou n’a pas épargné l’Etat et les enseignants de la grande part de responsabilité qui leur reviennent dans le faible pourcentage des résultats du Bac 2018. « Pour ce qui concerne l’année qui vient de s’écouler, on aurait pas dû laisser les grèves durer tout ce temps-là. On aurait dû leur parler un langage d’apaisement pour qu’ils retournent au travail plut tôt », a fait remarquer l’inspecteur de philosophie à la retraite. De plus, dans le rang des enseignants, très peu sont APE (Agents Permanents de l’Etat) ou ACE (Agent Contractuel de l’Etat). Les enseignants vacataires constituent la masse représentative des enseignants des Lycées et Collèges. Ils sont indexés et accusés de tous les maux dont souffre l’école béninoise. Car, beaucoup sont pourvus de diplômes académiques et dépourvus de formations professionnelles. « Les enseignants sont de plus en plus des vacataires sans formation professionnelle et constituent des plaies après une formation académique de deux ans », déplore l’inspectrice, faisant remarquer la prestation au rabais que l’on pourrait attendre de ceux-là dans les classes. « De plus en plus sur le terrain, les APE sont en nombre réduit, car ils vont à la retraite et l’Etat en recrute moins que ceux qui vont à la retraite», a regretté Modukpè Daouda pour, en réalité, dire qu’il n’y a pas d’équilibre entre les enseignants recrutés pour remplacer ceux admis à faire valoir leurs droits à la retraite. En vérité, « dans un collège, les vacataires représentent 80% de l’effectif des enseignants», a-t-elle renseigné. Gilbert Attolou pense que la responsabilité des parents est toute aussi engagée que celle des autorités. « Les parents ne jouent plus correctement leur rôle. Ils ne surveillent plus à la maison leurs enfants et ne les incitent plus au travail », a-t-il déploré comparant l’attention que leurs parents leur accordaient hier lorsqu’en classe d’examen à ce qui se fait aujourd’hui. « Nos parents étaient très rigoureux avec nous et suivaient tout ce que nous faisions pour nous aider également à prendre conscience. »En ce qui concerne le système éducatif béninois, Gilbert Attolou a reconnu qu’il y a nécessité de prendre conscience des maux qui le minent et d’y réfléchir pour trouver des solutions durables. Ces faibles taux enregistrés au Bac ont donné des idées aux inspecteurs, lesquelles idées leur ont permis de mettre en place un réseau pour la formation des vacataires afin de repenser leur encadrement.

Réseau d’encadrement et d’animation pédagogique …


Le réseau a commencé à fonctionner depuis l’an passé. « Cette année, le réseau sera beaucoup plus renforcé », a informé Modukpè Daouda. Aux dires de l’Inspectrice, le réseau d’encadrement et d’animation pédagogique regroupe tous les acteurs du système éducatif des collèges soutenus par des Inspecteurs. « Le réseau est supervisé par le ministre lui-même, viendront les inspecteurs, conseillers pédagogiques et les animateurs d’établissement et les chefs d’établissement. » Ce qui implique donc un encadrement de proximité, permettant de relever les défis au niveau de l’enseignant. En termes clairs, « les vacataires vont être pris dès le début de l’année, suivis de près, ensuite, identifiés ceux qui éprouvent des difficultés, enfin vient un plan d’actions à l’endroit de ceux qui éprouvent de sérieux problèmes afin de les encadrer pour relever leur niveau d’enseignement », a expliqué l’Inspectrice de philosophie. Dès cette rentrée donc, a-t-elle ajouté, le réseau commence à fonctionner jusqu’à la fin de l’année et c’est une formation continue qui se répétera chaque année. « Les occasions appropriées pour suivre ces vacataires sont les temps des animations zonales et celles hebdomadaires dans les Lycées et Collèges ». Pour information, le réseau d’encadrement et d’animation pédagogique couvre tous les départements.

Hermann M. SAGBOHAN

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