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EPP Atohoué à Aplahoué dans le Couffo : Enseignants et apprenants privés des commodités de l’école

L’accalmie qui est revenue dans le système éducatif béninois après la trêve des grèves n’endigue pas définitivement les maux qui accablent l’école béninoise embryonnaire. Loin dans le département du Couffo, arrondissement central d’Aplahoué, est actuellement perchée une école atypique, l’école primaire publique d’Atohoué qui est une concentrée des ennuis de l’école béninoise. Educ’Action a traversé monts et vallées, pour aller à la rencontre des occupants et acteurs. Grand moment de reportage...

 

Impossible de lui conférer le statut d’une école à la vue de ses trois cabanes. Et pourtant, c’en est bien une ; l’Ecole Primaire Publique d’Atohoué établie dans l’arrondissement central d’Aplahoué, chef-lieu du département du Couffo. Elle reste la concentration de plusieurs maux, apanage de l’école béninoise embryonnaire. Ce mardi 12 décembre 2017, elle accueille le reporter de Educ’Action, saisi des mois plus tôt par les échos renversants et surtout les peintures effroyables qui sont faites de ce lieu atypique de savoir perdu dans les champs de Zohoumè à Aplahoué. En effet, située à deux kilomètres environ des rives du fleuve Mono dans la partie béninoise, jouxtant la commune d’Aplahoué, cette école primaire publique semble la plus éloignée des grandes agglomérations du côté gauche de la route nationale inter-Etat N°4 (RNIE4), en quittant le centre-ville d’Aplahoué pour la frontière bénino-Togolaise à Tohoun. Pour y accéder, il faudra parcourir près d’une vingtaine de kilomètres en déviant du goudron au niveau de Douvihoué. L’épreuve est bien éprouvante et donne par moment le tournis à tout curieux. Et, pourtant, de nombreuses âmes y vont pour acquérir la connaissance. Créée en 2008 par le sieur Jacob Adjahossou, cette école a déjà connu la succession de trois (03) directeurs mais pauvre en infrastructures scolaires, seulement trois (03) cabanes qui abritent ses cinq (05) groupes pédagogiques et un hangar de trois mètres carrés coiffé de tôles et entouré des claies et branches de palme servant de direction. Sans enseigne, seulement trois (03) colatiers ornent la cour herbeuse de cette école dont les cabanes se particularisent des maisonnettes qui servent de dortoirs aux paysans de la localité. A tout point de vue, il s’agit d’une école totalement à part. Malgré ses 10 ans d’âge, l’Ecole Primaire Publique d’Atohoué est privée du minimum : pas d’eau, pas d’électricité, pas de toilettes, offrant à ses usagers et apprenants une vie d’enfer. Ici, l’approche de l’éducation de qualité reste une chimère surtout avec l’absence de toute commodité et excitants (infrastructures attrayantes, environnement sain pour les apprenants).

Ambiance de recration lEPP Atohou

Une école au milieu des champs

A tout égard, la précarité est de mise par ici ; les conditions de vie et de travail ne concourent nullement à l’instauration d’un cadre d’instruction propice. Et pourtant, il faut bien un lieu de savoir, une école pour ces nombreux enfants de parents paysans qui vivent dans cet espace géographique pour mener diverses activités champêtres. « Sans une école dans les environs, les enfants de ces fermiers n’auront aucune chance d’être instruits », a témoigné, pincement au cœur, à Educ’Action, le directeur de l’école Anselme Isidore Dohou. A en croire le président de l’Association des Parents d’Elèves de l’EPP Atohoué approché, Paulin Sobakin, cette école est non seulement d’une grande utilité pour l’instruction de leurs enfants (Ndlr en dépit des conditions), mais aussi et surtout pour eux, les parents. « Autrefois, nous laissions nos enfants auprès des voisins ou des parents proches dans nos villages loin d’ici afin qu’ils aillent à l’école là-bas. Mais, la conséquence, c’est que nous sommes obligés de rentrer au village une ou deux fois par semaine pour aller s’occuper des enfants. Nul n’ignore l’obligation de la présence continue des parents aux côtés de leurs enfants de nos jours afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes à l’école. Mais, compte tenu de notre absence prolongée au village à cause des travaux champêtres, l’instruction de nos enfants est négligée et bâclée et le suivi scolaire laisse à désirer. Nous remercions donc ceux qui ont œuvré pour l’implantation d’une école ici pour nous épargner des navettes sur vingt, trente, quarante et même soixante kilomètres pour certains qui veulent rentrer tous les jours au village afin de s’occuper de l’instruction de leurs enfants », a confessé, tout ému, le président du Be/APE de cette école. Pour Balo N’Towoussi, un parent d’élève rencontré, la création de cette école a été d’un grand secours pour l’instruction de ses enfants. « Moi, je suis d’Atomey et cela n’a pas été du tout facile pour moi avant que mon aîné n’ait le BEPC. Faire la navette entre le champ et la maison pour chaque fois subvenir à ses besoins n’était pas aisé surtout que mon absence dans le champ empiète sur le bon déroulement des activités champêtres. J’ai alors décidé de mettre un terme à l’instruction de mes autres enfants à cause des difficultés à rallier chaque fois le village et le champ et sans le champ, ma famille ne peut pas joindre les deux bouts. C’est alors que mon épouse que je remercie au passage, m’a demandé de ramener les enfants avec nous au champ pour les inscrire dans cette école. Les autorités de la commune d’Aplahoué ont bien fait d’avoir créé cette école », a rapporté Balo N’Towoussi, un quinquagénaire.

La satisfaction des attentes, encore un luxe...

La grande joie suscitée au sein de la communauté par la création de l’Ecole Primaire Publique d’Atohoué s’est muée, au fil du temps, en une déception à cause de la qualité peu satisfaisante des services qu’offre ce lieu de savoir aux bénéficiaires. « Je me suis encore résolu à ramener les enfants au village à cause de l’état et du mauvais fonctionnement de cette école ; je suis simplement déçu », a insisté le parent d’élève, le quinquagénaire Balo N’Towoussi, qui se plaint des balades incessantes et inutiles de ses enfants sur les sentiers de l’école. « La régularité des enseignants laisse à désirer dans cette école. C’est rare fois que les enfants travaillent dans cette école du lundi au vendredi à cause de l’absentéisme des enseignants. Nos cabanes sont très distantes de l’école et quand les enfants s’y rendent une ou deux jours sans voir les enseignants, eux-mêmes décident de rester à la maison sous prétexte que les enseignants ne viennent pas. Et des fois, si vous les forcez à y aller, ils reviennent le soir dire qu’ils ont attendu toute la journée sans enseignants. Ça fait que quand des fois, ils décident à ne pas y aller, nous ne nous opposons plus à leur décision parce qu’ils peuvent passer toute la journée à se reposer à l’école alors que s’ils sont avec nous dans les champs, nous pouvons les surveiller et ils peuvent aussi nous aider. Parfois aussi, quand ils restent à la maison, leurs camarades passent les soirs les informer que l’instituteur était présent », a développé, confus, Balo N’Towoussi avec qui nous avons effectivement constaté l’absence des enseignants dans les classes, ce vendredi 15 décembre 2017. Pour Houêdji Séwadé, un autre parent d’élève approché et bien au parfum de la réalité de cette école, il s’agit d’une situation très complexe. « La voie qui mène du goudron jusqu’à l’école est impraticable. Et quand il pleut, c’est très difficile d’emprunter cette voie. C’est d’une part la raison qui justifie l’absence des enseignants parce qu’après la pluie, il faut attendre deux ou trois jours pour emprunter aisément cette voie. D’autre part, les cabanes qui servent de salles de classes sont délabrées. Alors, quand ils sont en classes et que la pluie commence, c’est très pénible pour les élèves et les enseignants d’y rester. Tout en étant dans les salles de classes, ils sont mouillés de la tête aux pieds à cause des toitures qui sont faites de pailles et en moindre quantité. De même, les enseignants ont de la peine à garder les enfants, craignant que la cabane branlante qui les abrite ne s’écroule sur eux. C’est un véritable dilemme qui fait qu’en saison pluvieuse, par exemple, il est préférable que les enseignants restent chez eux à cause des difficiles conditions de travail. Et donc, ça fait aussi que quand les enseignants viennent dans l’école quand le temps est beau, ils ne voient pas aussi les écoliers qui, entre temps, ont jugé ne plus venir perdre le temps à l’école à cause des absences répétées des instituteurs. C’est une cacophonie pour laquelle il ne faut pas tenir les enseignants pour responsables. L’école d’Atohoué est particulière en son genre à cause de ses multiples problèmes », a démontré Houêdji Séwadé. En clair, l’EPP d’Atohoué dans le Couffo est une singularité d’école qui mérite le regard des décideurs du système éducatif béninois.

Madame Tossou en pleine squence de cours

Jonas BOTCHI

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