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Baisse du niveau des enseignants dans les classes : Des directeurs d’écoles mettent à l’index l’APC et le copinage

La question est hautement cruciale voire suicidaire au point de provoquer la prise d’une mesure urgence par le Conseil des ministres : la baisse du niveau des enseignants dans les salles de classes. Le massacre linguistique semble effarent, épousant les griefs formulés par des directeurs d’écoles qui circonscrivent les causes du débâcle.

«C’est une remarque assez pertinente que le ministre des Enseignements Maternel et Primaire a faite. Nous ne dirons pas le contraire. Quand certains d’entre nous parlent, vous vous demandez si c’est bien des instituteurs », a reconnu, dans leur grand nombre, des acteurs de l’école approchés par Educ’Action dans divers établissements et cadres d’instruction. Ils ont très honnêtement témoigné de la justesse du constat fait par le gouvernement, en l’occurrence le ministre Salimane Karimou en rapport avec le niveau bas de beaucoup d’instituteurs des écoles maternelles et primaires dans le pays. « Un jour, à l’école, mon maître m’a demandé de déposer le rapporteur (instrument de géométrie) dans le bureau du directeur et a dit ‘’rapporteur’’ », a témoigné, l’air innocent, Gabriel en classe de CM2 dans une école privée à Cotonou. Et de ces trivialités intellectuelles sont légion, de nos jours, dans les écoles. En effet, le décryptage de la situation renvoie actuellement à des éducateurs mal formés ou pas du tout alors, des instituteurs totalement en infraction avec le lexique français qui peinent sérieusement à tenir les classes. Ce qui en rajoute au niveau de langue déjà grabataire des apprenants. La réaction s’impose pour colmater les brèches. La présentation de l’état des lieux a donc motivé la décision du mercredi 16 mai dernier, une décision qui fait appelle à la formation et au recyclage urgents des concernés. L’hécatombe linguistique de ces franges d’enseignants est aussi admise par des directeurs d’écoles, premiers responsables des encadreurs indexés. Selon Jonadab Dongble, Directeur de l’Ecole Primaire Publique Mènontin Nord, groupe A, il serait hypocrite de ne pas reconnaître la véracité des reproches faits aux enseignants. « Cette remarque faite par le gouvernement après les évaluations est bien fondée. Il y a des enseignants qui ne sont pas en mesure de faire une phrase au tableau sans fautes », a relevé le directeur qui confirme que « parfois, je surprends certains instituteurs qui mettent ‘’le’’ à la place de ‘’la’’ et qui font des fautes qu’on ne saurait tolérer pour quelqu’un qui est censé détenir le savoir. Sur le coup, je ne réagis pas pour ne pas embrouiller les apprenants ». A en croire cette autorité de l’école qui a sa petite idée de la cause de la situation, l’Approche Par les Compétences (APC) est le mobile principal de ce déficit intellectuel observé chez ces instituteurs. « Dans notre corps, il y a des enseignants qui savent bien faire leur travail. Mais la plupart de ceux qui exposent leurs lacunes, sont ces instituteurs sortis des écoles avec le BEPC ou le BAC et qui ne font aucun effort pour se cultiver. Le ver est dans le fruit. Ce n’est pas nous qui recrutons les instituteurs. Mais on nous envoie des parents, des enfants de tel ou de tel autre ami, des connaissances qui n’ont aucun niveau et qui viennent empirer le niveau déjà critique des apprenants », a critiqué, sous anonymat, un directeur d’école dans la ville de Cotonou, martelant que le recrutement par copinage et affinité est l’autre plaie du niveau insuffisant des enseignants. Pour l’ensemble des acteurs de l’école rencontrés, des mesures d’urgence s’imposent pour assainir la famille des instituteurs. En revanche, ce sont les âmes innocentes qui vont grièvement en souffrir.

Estelle DJIGRI & Ornella BADA (Stg.)

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