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Ecole primaire publique Toyoyomè : Quand l’absence d’acte de naissance des écoliers se mêle aux dures conditions des enseignants

Il peut bien résonner comme du chinois pour certains. Et pourtant, l’Ecole primaire publique Toyoyomè est bien l’un de ces centaines ou milliers de lieux de savoir qui accueillent apprenants et enseignants dans la ville de Cotonou.

Elle offre à ses usagers une qualité de vie exécrable et des conditions de travail précaires qui méritent qu’on s’y attarde. A cette marre de difficultés, se mêle l’absence d’acte de naissance pour les apprenants. Educ’Action, comme à son habitude, y a fait la descente d’une journée pour mieux s’imprégner de cette réalité tout aussi particulière. La vie d’une école lacustre à Cotonou, c’est ici et maintenant.

‘‘Toyoyomè’’. Tel est le nom magique que porte fièrement cette école de l’Etat. En traduction littérale, ‘’ Toyoyomè’’ veut dire en fon, langue locale largement parlée, « nouveau pays, nouvelle ville ou nouvelle cité ». De cette résonnance, on s’attend sans doute à voir de nouvelles et belles choses ; un lieu de savoir où la vie serait bien meilleure à celle des autres, et où une pluie de bénédictions arrose chacun des usagers de cette école et par extrapolation, les habitants de ce quartier situé en plein cœur du 6ème arrondissement de la ville de Cotonou. Hélas, la réalité contraste fort bien avec cette perception trop améliorée. Quel désastre ! Déjà, les ruelles qui desservent cette école dite publique totalement perdue dans cette cité lacustre, non loin de Ste Cécile et plus précisément à Ahouansori-Towéta, sont un vrai labyrinthe qui nécessite de tout motocycliste courageux, beaucoup de concentration, de prudence et de maitrise du guidon. Pour faire plus simple, le positionnement géographique de l’école ne facilite la tâche ni aux apprenants, ni aux enseignants. En témoignent d’ailleurs ces confidences recueillies auprès des usagers de l’école : « Nous n’avons pas de voies et l’accès à l’école demeure un parcours de combattant, surtout en saison de pluie. Je vous avoue que la voie qui conduit vers ici, est très compliquée et difficile d’accès », a lancé, embarrassé, Nicolas Ahoumènou, directeur de l’Ecole, qui, sans ambages, a décerné ses satisfécits à l’équipe de Educ’Action pour son courage. « J’ai compris qu’à travers votre média, vous êtes réellement au service de l’éducation », a-t-il ajouté. Outre cette difficulté d’accès, d’autres problèmes tout aussi importants émaillent le quotidien de l’Ecole primaire publique Toyoyomè.

Un cadre de travail inapproprié pour écoliers et enseignants

L’architecture ainsi que les infrastructures de l’école laissent à désirer. Des salles de classes en bois construites sur pilotis en pleine dégradation, un manque criard de mobiliers, des tables et bancs insuffisants, un effectif pléthorique avec parfois 4 à 5 écoliers sur un table-banc destiné à 2 apprenants, des classes non électrifiées sans enseignants et sans tableaux, des toilettes inexistantes, absence de point d’eau potable, une hygiène à débats, soutenue par une odeur nauséabonde qui s’intensifie de plus belle à certaines heures de la journée, polluant ainsi l’air inspiré par les usagers de l’école tout comme les habitants du quartier. « Dans cette localité, c’est plutôt les parents qui veulent de l’Etat. C’est-à-dire que c’est l’Etat qui doit tout donner. La gratuité dans les écoles publiques est quelque chose qui handicape beaucoup la vie scolaire à l’EPP Toyoyomè et qui pousse les parents à laisser les enfants à notre charge», s’est plaint Nicolas Ahoumènou, directeur de l’école depuis septembre 2014. « Mon école est une école lacustre et donc, nous subissons les affres de l’eau, que ce soit en temps de crue ou en période sèche», a martelé le directeur avant de poursuivre, en ces termes : « en fin d’année de septembre en décembre, on est dans l’eau, on vit la crue. Pendant cette période de crue, l’accès à l’école est très difficile et il se passe beaucoup de choses. Les pirogues vont à la renverse et donc, il y a des risques de noyade. C’est une période spéciale et nous menons les activités tant bien que mal. »

De l’insuffisance des enseignants

L’insuffisance d’enseignants est l’autre mal de cette école à multiple problèmes. Pour les six (06) salles de classes, il n’y a que quatre (04) enseignants recrutés par l’Etat. « Dans l’école, nous sommes quatre (04) enseignants recrutés par l’Etat et il manque deux », a confié à Educ’Action le directeur Nicolas Ahoumènou. Alors, il faut bien pallier ce sous effectif. « Nous avons donc trouvé des gens qui nous aident à encadrer les enfants ; ils ne sont pas au frais de l’Etat, mais plutôt au frais de l’Association des parents d’élèves », a-t-il informé, appréciant la bonne collaboration entre lui et l’Association des parents d’élèves. Sur un autre versant, beaucoup d’apprenants dans cette école sont sans acte de naissance. Ce qui constitue également une difficulté à surmonter par ce directeur ‘’à tout faire’’. « A la naissance des enfants, les parents ne prennent pas les papiers qui indiquent que l’enfant est né dans telle maternité. Et si c’est pris, ils laissent le document à la maison, oubliant de se faire établir l’acte de naissance de l’enfant. Ils viennent alors nous voir avec la fiche de la maternité de l’enfant pour son inscription dans l’école ; donc des fiches de naissance et non des actes de naissance. C’est aussi là une très grande difficulté à surmonter », a souligné le directeur, précisant que pour cette rentrée 2017-2018, il n’a pas reçu dix (10) actes de naissance sur l’effectif que font les enfants.

Le cri de cœur...

Tout en remerciant l’Etat pour les efforts consentis à l’endroit de l’EPP Toyoyomè à travers la mise à disposition des manuels, des cahiers d’activités et des subventions, le directeur, Nicolas Ahoumènou, lance un appel à l’aide. « Nous avons besoin d’enseignants, surtout passionnés et endurants. Nous avons connu des enseignants, bras valides, qui ont refusé de travailler ici parce que la zone ne leur plait pas », a-t-il signalé. Il invite, par conséquent, l’Etat à travers le Ministère de tutelle, à revoir les installations de l’école et à réfectionner les bâtiments branlants. « Que l’Etat essaie de donner la priorité à cette école, en construisant des classes si possible en matériaux définitifs, des toilettes et autres infrastructures pour soulager la peine des apprenants et enseignants de l’école », a-t-il ajouté. Pour l’hygiène de l’école, le directeur sollicite des points de lavage de mains convenables. Aux parents d’élèves, il demande le suivi parental en appui aux efforts des enseignants.
Il faut rappeler que, de nos recoupements, l’Ecole primaire publique Toyoyomè a vu le jour grâce à la collaboration entre un autochtone Toffin du nom de Pierre Aguiah et des religieuses. Celles-ci, pour venir en aide au vieux Pierre Aguiah dont les fils jumeaux ont failli passer de vie à trépas, ont mené toutes les démarches possibles pour la construction d’un hôpital et l’implantation d’une école dans la cité lacustre. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Pierre Aguiah, le premier poste de président de l’Association des parents d’élèves de l’EPP Toyoyomè, il y a 17 ans en arrière. Aujourd’hui, l’école maternelle de Toyoyomè est en construction en matériaux définitifs et jouxte l’école primaire.

Estelle DJIGRI

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