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Zéro pourcent de réussite au CEP 2016 et 2017 | La part de responsabilité des autorités éducatives

Et de deux pour Salimane Karimou, Ministre des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP). En effet, c’est la deuxième année consécutive que des directeurs d’écoles primaires publiques sont relevés de leur fonction pour insuffisance de résultats.

Pour l’année scolaire 2016-2017 qui s’est achevée, ils étaient au nombre de 82 épinglés par l’autorité après le cuisant échec de leurs apprenants qui leur ont fait l’affront de ne pas décrocher le premier diplôme de l’école : le Certificat d’Etudes Primaires (CEP). Alea jacta est ! Le sort en est jeté ! Cependant, des questions demeurent. Et pour cause, est-ce une fierté pour un directeur, un être humain, de voir l’ensemble de ses élèves échouer ? Pour des raisons d’équité, doit-il affronter seul l’épreuve de la guillotine ? Ne serait-ce pas là de nouvelles victimes expiatoires d’un système pourri jusqu’à la moelle par de nombreux facteurs ? Bref ! Dura lex, sed lex, la loi est dure mais c’est la loi. N’empêche, le regard de l’acteur de l’éducation s’impose. Loin de flageller les auteurs d’une décision aux nobles objectifs, il est important de mettre les projecteurs sur les oubliés du couperet ministériel. Mais avant, faisons le point.

Enseignant au micro


Retour sur des statistiques inquiétantes

Selon les statistiques du MEMP, les départements de l’Atacora et de l’Alibori sont les plus touchés par cette hécatombe avec 17 écoles qui ont produit 00% de taux de réussite au CEP 2017 dans chacun d’eux. En troisième place, vient le département du Plateau avec 10 écoles, suivi des Collines 9 écoles et la Donga 8 écoles. Les départements du Zou et du Mono sont ex aequo avec 7 écoles estampillées 0%. L’Atlantique et le Borgou ferment la marche avec respectivement 4 et 3 écoles. Par contre, les départements du Couffo, du Littoral et de l’Ouémé ont su tirer leur épingle du jeu. Cependant, ce score est plus honorifique que les 618 écoles de l’année dernière. Sur le plan des communes les plus touchées, Kétou remporte la palme avec 9 écoles qui ont eu 00%. Vient ensuite Karimama avec 7 écoles, suivi de Kandi 6 écoles, Bopa 5 écoles. Kouandé, Djougou et Za-Kpota s’en tirent avec 4 écoles, suivi de Péhounco et Bassila qui ont eu 3 écoles. 9 communes ont eu au total 2 écoles à 00% chacune et 19 communes ferment la marche en ayant une seule école qui a eu 00% de taux de réussite au CEP 2017. En somme, 37 des 77 communes que compte le Bénin ont eu des 00%. On remarque dans ces statistiques que toutes les communes de l’Alibori sont touchées par ce sombre tableau avec des taux différents. Dans les Collines, seul Savè n’a pas pris part au sombre spectacle.

Intrigants effectifs scolaires

A y voir de plus près, la question du respect du ratio élèves-maîtres ne semble pas avoir eu un impact sur ces résultats. En effet, force est de constater que des écoles qui ont des effectifs compris entre 1 et 25 apprenants ont aussi eu des 00% aux examens. C’est le cas des écoles primaires de Bouahina (Ségbana), Dissibly (Cobly), Oworalafè (Ouessè) et Djessékou (Copargo) qui ont présenté chacune 4 candidats qui ont tous échoué. Et le comble, c’est l’école publique de Hontonmè, dans la commune d’Aplahoué (Couffo), qui a eu un seul élève durant l’année scolaire et qui a brillé par son absence lors des examens. Dans les gros effectifs, qu’est-ce qui explique que des écoles publiques comme celle de Biguina (45 candidats, Bassila), Ewè A et B (24+41= 65 candidats, Kétou), Mamatchoké (39 candidats, Bantè) et Yagbasson (26 candidats, Banikoara) aient eu des 00% à l’examen du CEP. Il est aussi utile de rappeler que l’EPP Bouahina de Ségbana sort du lot du fait qu’elle avait produit 00% l’année dernière. C’est à croire que le changement de directeur n’a eu aucun impact sur les résultats.


Réformes encourageantes

Passer de 618 à 82 est une prouesse qu’il est important de rappeler. Pour relever le défi du fort taux d’échec enregistré l’année dernière, le MEMP a pris de nombreuses initiatives. D’abord, il y a eu le regroupement des écoles à faible effectif afin de dégager un gap d’enseignants à redéployer dans d’autres écoles. Ensuite, les élèves-instituteurs des ENI ont été mis à contribution afin de combler le déficit en enseignant dans de nombreuses localités. Enfin, la création des régions pédagogiques a servi de tremplin pour résoudre l’épineuse question de départ à la retraite de nombreux inspecteurs des Enseignements Maternel et Primaire sans oublier le redéploiement des enseignants en poste dans divers services dudit ministère. L’ensemble de ces mesures a, sans doute, permis de diviser par 7 et demi le nombre d’écoles improductives. La preuve, interrogé au micro de Educ’Action, le Maire de la commune de Banikoara a salué cet effort gouvernemental qui a permis de doter des écoles de plusieurs enseignants. Cependant, la question enseignante demeure.


La question enseignante, une équation à plusieurs inconnues



En dehors des causes environnementales qui pourraient expliquer ces échecs, comment comprendre qu’un enseignant qui a moins de 10 élèves dans sa classe se retrouve avec un résultat nul en fin d’année. Première piste de réponse, les compétences de l’enseignant. A ce niveau, il faut reconnaitre que la plupart des classes de CM2 des écoles primaires sont la chasse gardée du directeur. Et selon les normes, le directeur d’une école primaire est au moins titulaire du Certificat d’Aptitude Pédagogique (CAP). Ainsi, il détient l’expérience nécessaire pour faire face à ces élèves et leur transmettre les compétences. Cependant, il est aussi utile d’interroger la pédagogenèse, c’est-à-dire le parcours scolaire, universitaire et la formation de ces enseignants y compris leur expérience professionnelle. En effet, les 618 qui ont été déchargés l’année dernière ont été remplacés par certains de ces enseignants. Alors, ces derniers ont certainement fait les frais de leur manque d’expériences car, deuxième piste à explorer, le directeur est très occupé. Dans les écoles primaires publiques, les directeurs cumulent les fonctions administratives, pédagogiques, financières et d’encadrement lorsqu’il a un élève-instituteur dans ses bottes. En conséquence, les directeurs d’établissements sont toujours en mouvement laissant ainsi les enfants à leur sort. Quand le maître du CM2 n’est pas le directeur de l’école, alors le troisième cas de figure intervient : le maître est un enseignant ordinaire. Les facettes de ce terme ordinaire sont nombreuses. Ordinaire peut vouloir dire vacataire, communautaire, reversé, etc. ou encore un élève-instituteur sinon un enseignant bureaucrate ramené à la craie grâce aux réformes. Dans chacun de ces cas, les limites de l’enseignant sont connues : manque d’expériences, manque de niveau scolaire individuel, formation pédagogique lacunaire, etc. Tous ces trous sont censés être comblés par l’appui technique du corps de contrôle composé des conseillers pédagogiques et des inspecteurs. Hélas ! Ils ont aussi leur problème.

Corps de contrôle, les intouchables

Quand les éléphants se battent, ce sont les herbes qui en pâtissent, dit l’adage. Face aux résultats catastrophiques, les premiers accusés sont les enseignants, ensuite viennent les élèves et leurs parents et enfin l’environnement sans oublier les conditions de travail. Mais le corps de contrôle est souvent oublié. Par arrêté n°274/MEMP/DC/SGM/DAF/SA/055SGG16 du 21 novembre 2016, Salimane Karimou a procédé à la nomination et au redéploiement de 92 conseillers pédagogiques (CP) de zone. Un croisement entre ces cadres de l’éducation nationale et les communes touchées par la vague déferlante des 00% permet de comprendre une partie de ces résultats. Première observation, les départements de l’Atacora et de l’Alibori qui totalisent 17 écoles à 00% chacun, ont reçu un effectif important de CP-stagiaires de l’Ecole de Formation du Personnel d’Encadrement de l’Education Nationale (EFPEEN). Voici une structure qui mériterait un audit organisationnel et pédagogique de ses activités. Il urge donc d’évaluer les performances de ces stagiaires envoyés sur le terrain pour coordonner et apporter leur appui technique aux enseignants. Le malheur de Kouandé (ATACORA) pourrait éventuellement se trouver aussi dans le fait que le Chef de cette Région Pédagogique (CRP) occupe aussi les fonctions de Chef Service Enseignements Maternel et Primaire (C/SEMP). Du côté de Kétou, seul un conseiller pédagogique a été déplacé d’une autre circonscription scolaire pour s’y rendre dans la perspective que les autres zones sont déjà pourvues. Comme à Kouandé, au vu de la répartition des régions pédagogiques, conformément à l’arrêté 036/MEMP/DC/SGM/DPP/DAF/DIIP/DEM/DEP/SP/N°028SGG17 du 18 avril 2017, force est de constater que le CRP 40, qui couvre uniquement la commune de Kétou, cumule aussi les fonctions de C/SEMP. Cela justifierait le premier rang occupé par Kétou dans la mesure où il n’a pas été facile pour ce cadre d’être CRP et C/SEMP à la fois. Et pour cause, Educ’Action l’avait fait remarquer dans l’une de ses parutions, la journée du CRP est un vrai parcours de combattant. Revenant dans les Collines, mis à part Savè, toutes les communes de ce département ont pris part aux 00%. Ici aussi, des questions se posent. Il y a certes, eu un mouvement négligeable de personnel, notamment des stagiaires de l’EFPEEN, mais les trois Régions Pédagogiques, que couvre le département sont pilotées par des cadres A3-8 et A1-8 qui n’ont aucun cumule de fonction signalé mais le département a eu 9 écoles à 00%. A Djougou et Bassila, les CP-stagiaires de l’EFPEEN ont dicté leur loi. Si le CRP de Djougou 1 et 2 (RP 25) ne cumule aucune fonction, celui de Bassila (RP 27) cumule aussi les fonctions de C/SEMP. En somme, on fait l’amer constat que les communes dont les CRP ont cumulé des fonctions de C/SEMP ont toutes eu au moins une école à 00%. Ainsi, en plus de celles déjà citées, on peut ajouter Parakou 1 (RP 14) qui a une école à 00%, Djidja (RP 45) 2 écoles à 00%. Soit un total de 19 écoles sur les 82. L’autre effet important c’est le poids des CP-stagiaires de l’EFPEEN. Si leur part a certainement été un facteur important pour passer de 618 écoles l’année dernière à 82 cette année, il est impérieux de procéder à une évaluation de leurs actions.

Les conditions de travail et la part du milieu

Le rendement des écoliers et de leurs enseignants dépend fortement des conditions de travail et de leur milieu. Dans le cas des départements au nord du pays, l’impact des cantines scolaires sur la rétention des écoliers n’est plus à démontrer. Cependant, la quasi-totalité des cantines est aux arrêts pour diverses raisons notamment leur mode de gestion. En la matière, l’effort du gouvernement actuel pour qu’elles reprennent du service est à saluer. L’autre aspect, c’est l’effet de la chaleur et des pluies. Au nord du pays et ce dans de nombreuses communes qui ont produit 00%, il est impossible pour les acteurs de la communauté scolaire de rester dans les salles de classes à partir d’une certaine heure de la journée. La crue régulière des cours d’eau empêche aussi le bon déroulement des activités pédagogiques d’où la répercussion directe sur le calendrier scolaire. Voilà l’autre épine aux pieds du système éducatif béninois : l’adaptation du calendrier scolaire aux réalités climatiques. Ces nombreuses variables climatiques agissent sur le rendement des écoliers et des enseignants, mais tous les enfants du Bénin vont aux examens aux mêmes dates et composent dans les mêmes matières, sans une évaluation préalable des niveaux d’exécution des cours effectivement assimilés par les apprenants sur l’ensemble du territoire. En conséquence, l’obligation de finir le programme pour que les enfants aillent à l’examen oblige certains enseignants à survoler le contenu à transmettre sans tenir compte du niveau d’assimilation des apprenants vu que les conditions climatiques ont déjà fortement handicapées l’exécution normale des cours.

2017-2018, une épée de Damoclès

En attendant que des mesures soient prises, l’année scolaire a déjà commencé. Au terme des examens, il y aura peut-être des 00%. Mais alors à qui le tour. Si les directeurs sont toujours soumis à la rigueur ministérielle, il est temps que la responsabilité des CP et CRP soit située pour faire justice aux enfants du Bénin. Cela dit, les efforts doivent se poursuivre pour qu’une solution soit trouvée à l’épineuse question de calendrier scolaire et des conditions de travail des enseignants sur toute l’étendue du territoire national. Par ailleurs, la question du niveau de recrutement des enseignants de la maternelle et du primaire aura certainement un impact louable sur les résultats scolaires.

Adjei KPONON

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