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Apprentissage de l’Anglais dans le sous-secteur primaire : Le nomadisme des apprenants comme véritable obstacle à la réforme

" Les enseignants expérimentateurs plaident pour le maintien des écoliers initiés jusqu’au CM2 ".

La révolution économique et les exigences du monde moderne font de la langue anglaise l’un des moyens d’accès au développement.

Elle se veut donc une langue d’interaction prolifique qui s’impose à tous, furent-ils apprenants ou tout autre acteur du monde socioprofessionnel. Face à ce nouveau défi de progrès linguistique avec pour sous-bassement la langue de Shakespeare, le Bénin a donc fait l’option de l’apprentissage de l’anglais aux tout-petits, déjà dans le sous-secteur du primaire. En vigueur depuis quelques mois, comment se vit cette réforme qui refonte le système éducatif béninois ? Educ’Action s’en préoccupe et est allé faire le constat pour vous, ses lecteurs et internautes, à travers ce reportage de terrain.

Il sonnait 11 heures 20 minutes, ce matin du mercredi 28 novembre 2018. Le cœur de l’ouvrage, enseignants et apprenants de l’Ecole Primaire Publique (EPP) ‘‘Les Cocotiers’’, située au quartier Haie Vive, à Cotonou, vaquaient librement à leurs activités académiques du jour. Seulement un fait qui nécessite un coup d’arrêt : les tout-petits des Cours d’Initiation (CI) et des Cours Préparatoires (CP) reprenaient en chœur une chanson en anglais : « … father’s leg jump, jump; mother’s leg jump, jump ; brother’s leg jump, jump ; sister’s leg jump… ». Sous la direction de l’enseignant expérimentateur, Missimahou Hounkpatin, ces débutants du système éducatif formel débordaient d’énergie, prenant au sérieux cet exercice totalement particulier : « Father I see you, father’s leg dance, dance… ; brother, brother, brother, brother, brooother I see you ; sister, sister, sister, sister, siiister I see you… ». Chaque fois que l’un des apprenants faisait l’effort de se surpasser dans l’appropriation du refrain, l’enseignant, tout aussi généreux, lâche « very good, clap for him / her !!! ». Il s’agit d’un mot d’encouragement hautement chargé qui soulève la passion dans le rang de ces apprenants, enthousiastes. Cette introduction de l’anglais dans le sous-secteur primaire se veut donc l’une des réformes apportées au système éducatif béninois, avec une prime à l’excellence. « Nous souhaitons que nos enfants, très tôt, s’approprient les notions de base de la langue anglaise qui devient incontournable de nos jours », avait expliqué à l’époque l’un des cadres du ministère des Enseignements Maternel et Primaire, pour justifier la réforme. De l’avis de l’enseignant expérimentateur de la langue anglaise, Missimahou Hounkpatin, ‘‘les mercredis, par quinzaine, les écoliers apprennent à chanter en anglais pour s’habituer à la prononciation’’. D’autres phases d’interaction permettent également aux apprenants d’être en contact avec la langue. Au Complexe Scolaire Public (CSP) de Djidjè, l’apprentissage de l’anglais est tout aussi effectif. « Do you go to school on Wednesday afternoon? », demandait Honoré Medessoukou, instituteur d’Anglais, à Julienne, écolière âgée de 6 ans en classe de CP. « No, I don’t go to school on Wednesday afternoon », répondait fièrement Julienne à son maître. Ainsi lancé cet exercice de répétition, Julienne doit, à son tour, désigner l’un de ses camarades à qui elle pose la même question : « Marie, Do you go to school on Wednesday afternoon ?». Pendant 4 à 5 minutes, plusieurs écoliers sont soumis à cette même question à laquelle ils ont, tour à tour, donné des réponses. Honoré Medessoukou ne cache pas ses impressions à l’équipe de Educ’Action. A l’en croire, en quelques années, ces enfants étonneront à travers leur maîtrise de la langue anglaise. Et comme Honoré Medessoukou, ils sont plusieurs autres enseignants expérimentateurs déployés dans les écoles pilotes pour conduire les classes d’anglais.

Du profil des enseignants expérimentateurs

Ces enseignants expérimentateurs étaient auparavant des instituteurs des écoles primaires qui ont une parfaite maîtrise du système. « Nous étions à la base des instituteurs d’école comme les autres », a informé Missimahou Hounkpatin. Par la suite, ceux ayant une licence ou maîtrise en anglais et volontaires sont donc invités à déposer leurs dossiers de candidatures pour passer le test de recrutement composé d’une phase écrite, puis orale. Selon les indiscrétions et quelques acteurs rencontrés dans le cadre de ce reportage, le traitement salarial de ces enseignants expérimentateurs serait légèrement majoré pour davantage les motiver à faire le travail. « Nous sommes recrutés et nous continuons de gagner normalement notre salaire comme les autres enseignants du primaire », rectifie un enseignant expérimentateur qui a requis l’anonymat. Cependant, Alda Ogan apporte les clarifications suivantes afin de nuancer : « Il y a quelques primes liées à nos déplacements. Donc, nous ne pouvons pas dire que l’Etat nous a laissés ». « Nous sommes trente-six (36) enseignants APE et ACE, avec différentes années d’expériences dans le corps comme expérimentateurs d’anglais, répartis sur le territoire national. Nous avons commencé cette expérience à la rentrée de l’année scolaire 2017-2018 », souligne Missimahou Hounkpatin. La fiche de répartition des enseignants expérimentateurs d’anglais dans les écoles et Complexes scolaires primaires publiques montre clairement que trois communes pilotes sont choisies dans chaque département. Pour le compte du département du Littoral, il s’agit de la commune de Cotonou avec les circonscriptions scolaires suivantes : Gbégamey, Sikè et Lagune. Il convient de préciser qu’un enseignant d’anglais a droit d’intervenir, dans le courant d’une journée, dans six (06) groupes pédagogiques qui peuvent être étendus sur, soit deux complexes scolaires, soit trois complexes scolaires selon le nombre de groupes pédagogiques disponibles. Avant d’être déployés, ces enseignants expérimentateurs ont aussi bénéficié d’une formation qui prend en compte la gestion d’une classe d’anglais dans le primaire.

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De la formation des expérimentateurs

« L’année passée, nous avons suivi une formation de deux (02) semaines à Abomey. Au cours de cette formation, nous avons appris beaucoup de techniques sur les différentes manières à enseigner les Situations d’Apprentissage (SA). Cette année également, nous sommes allés en formation pendant une semaine à Abomey », a informé Valérie Gnimadi, une jeune enseignante d’anglais en charge des Cours d’Initiation (CI). Sur le terrain, ces enseignants expérimentateurs ne sont pas les seuls à conduire cette reforme. A leurs côtés, existent les formateurs des formateurs qui veillent au grain en termes de supervision et de contrôle. « Ce sont les Professeurs d’université, les Inspecteurs du secondaire et les Conseillers Pédagogiques qui assurent nos formations », a-t-elle fait savoir, partageant sa joie d’être au service des tout-petits dans l’appropriation de l’anglais. Outre leurs acquis d’instituteurs, les formations leur permettent d’aborder les notions telles que la psychologie de l’enfant et la didactique. « Nous avions été formés en gestion de classe, en organisation de la classe, en gestion des tout-petits, comment adapter l’enseignement au milieu et au niveau de l’apprenant ; et en communication orale, comment accompagner les activités ludiques pour la concrétisation des séquences de classes », a détaillé Valérie Gnimadi. Par ailleurs, un guide est mis à disposition pour aider et conduire les enseignants dans le processus de préparation des fiches pédagogiques. « Nous possédons un guide (document) et c’est ce qui est prévu dans ce guide que nous exploitons pour faire nos cours. Dans le guide, il est prévu 105 leçons à dispenser avant la fin de l’année », a renseigné Missimahou Hounkpatin. Pour sa part, Alda Ogan rappelle que les trois (03) premières années de cette phase expérimentale sont consacrées à la communication intensive et que c’est à partir de la quatrième année que va intervenir l’écrit. En dehors de ces formations, les expérimentateurs vont au cours comme leurs collègues et parcourent trois écoles toutes les semaines à raison de 40 minutes, voire parfois 1 heure par classe. « Nous avons 6 heures de cours par jour comme nos confrères et consœurs enseignants ». Dans cette nouvelle mission, les enseignants expérimentateurs de la langue anglaise rencontrent bien des difficultés.

Des difficultés rencontrées sur le terrain

Dans les centres de langue et pour faciliter l’appropriation des apprenants, on insiste sur l’effectif réduit. Seulement, dans le cadre actuel des écoles publiques, cette exigence semble ne pas être de mise. Sur le terrain et dans les écoles parcourues, les enseignants commis se plaignent de l’effectif pléthorique des apprenants. « Les écoliers sont trop nombreux dans les salles de classes, ce qui rend l’apprentissage et la gestion des classes difficiles, surtout l’ordre à instaurer. Ensuite, la mauvaise articulation des mots en anglais pose un véritable problème parce que beaucoup d’apprenants viennent directement des maisons et ne sont pas passés par les écoles maternelles pour avoir des pré requis », a observé la chargée des classes de CI. Elle précise qu’ils sont en train de prendre le pli et que ce n’est qu’une question de temps. Son collègue Missimahou Hounkpatin se dit déçu par le flux migratoire scolaire qui constitue un obstacle. . « Les apprenants que j’ai encadrés l’année dernière, se sont inscrits dans d’autres écoles, soit pour des questions d’affectation de leurs parents. D’autres ont aussi voyagé ; ce qui fait qu’il faut, chaque fois, reprendre l’exercice », s’est-il plaint. Il a souhaité que ces enfants soient maintenus dans le système jusqu’en classe de CM2 et suivis pour permettre, à la longue, d’évaluer avec objectivité les résultats obtenus.

Hermann M. SAGBOHAN

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