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Interdiction des châtiments corporels : Dialogue parents-enfants comme l’une des alternatives

Fréquemment pratiqué dans les maisons et dans les lieux de l’acquisition du savoir malgré l’interdiction formelle par l’Etat béninois, le châtiment corporel se trouve aujourd’hui être alterné par d’autres outils. Il s’agit du dialogue parent-enfant. Mais pour certains acteurs du système éducatif, après de longues années d’expériences acquises en tant que professeurs ou membres de l’administration des établissements, ces outils sont trop passifs parce que sans résultats concrets sur les apprenants.

 

«Je n’ai jamais frappé mes enfants et pourtant, elles travaillent bien en classe et occupent les premières places. Je dialogue beaucoup avec elles. Elles me racontent tout et tout », témoigne Robert Afiavi, qui exprime tout son désamour et son mécontentement à l’usage du châtiment corporel souvent infligé aux enfants à tort ou à raison. Lequel châtiment contribue parfois à éduquer l’enfant, selon les impressions recueillies chez certains parents. Malheureusement, beaucoup de parents ne pensent pas soit à l’existence de possibles alternatives aux châtiments corporels, soit au manque d’informations dont ils sont victimes ou au refus délibéré d’y faire recours pour éduquer autrement leurs progénitures. Pourtant, il est rigoureusement et formellement interdit dans les lieux d’acquisition du savoir. Une interdiction soutenue par des textes de loi et par la promulgation du Code de l’enfant (loi n°2015-08 du 08 décembre 2015). Pour montrer qu’il est important d’abandonner l’ancienne pratique, Village d’enfants Sos (Vesos) Abomey-Calavi, ardent défenseur des droits de l’enfant et du Respect (Réseau de protection des enfants en situation difficile), à travers son conseiller pédagogique, a élaboré un guide d’alternatives aux châtiments corporels pour aider toute personne en charge d’éduquer un enfant.

Quelques alternatives aux châtiments corporels mis en place par Vesos …

L’équipe de reportage aborde deux alternatives phares sur lesquelles les éducateurs et parents peuvent s’appesantir pour donner une bonne éducation à leurs enfants. Tout d’abord, « Il faut que l’éducateur dialogue avec l’enfant », écrit René Azagba, Conseiller pédagogique national au Vesos. Il précise, dans son document, que l’éducateur ne doit pas confondre dialogue et adresse à l’enfant. Parce que, selon lui, lorsque l’éducateur veut s’engager dans le dialogue avec l’enfant, il faut qu’il se ramène à son niveau et le mette en confiance. Cette alternative rime avec l’idée du père Philippe Kinkpon qui soutient que l’enfant doit s’exprimer spontanément et qu’on puisse lui dire ce qu’il fait est mauvais ou bon. Donc, qu’il se sente en confiance pour s’exprimer. Ensuite, pour René Azagba « la pratique de l’écoute », est un facteur modificateur et agissant sur le développement moral, psychologique, social, intellectuel et comportemental de l’enfant. Il représente, pour le conseiller pédagogique national au Vesos, un outil sensible et une qualité fondamentale que tout bon éducateur devrait développer pour atteindre sa cible. Donc, pour écouter efficacement un enfant, conseille-t-il, il faut savoir faire silence et se montrer disponible. A cet effet, un autre psychologue développe d’autres arguments pour lesquels il est important d’employer un dialogue efficace à la place du châtiment.

Quelques arguments pour ne pas châtier l’enfant …

Le châtiment corporel est vu par l’éducateur ou le parent comme une pratique pouvant aider l’enfant à se détourner des mauvaises habitudes ou à le ramener à développer de bons comportements. Selon Jan Hunt, psychologue anglais, il faut tout simplement renoncer à frapper l’enfant parce qu’il pourrait survenir chez lui d’autres acquisitions comportementales négatives pouvant impacter sur son apprentissage, son devenir et son entourage. Car, « l’enfant qui a l’habitude d’être frappé apprend ainsi à frapper », écrit-il pour insister sur le fait que ce n’est que ce que l’on apprend que l’on transmet. Dans le même ordre d’idée, Gabriel Hugues Rodriguez, Responsable pédagogique à l’Ecole secondaire des métiers d’arts (Esma) située dans l’enceinte de Vesos, affirme que « lorsque l’enfant est habitué à la violence, il ne répondra que par la violence ». Autrement, Jan Holt explique que la nature a prévu que les enfants apprennent à acquérir des attitudes et comportements par le biais de l’observation et de l’imitation des actions de leurs parents ou de leurs éducateurs. Raison pour laquelle, « tous les jours, face à une situation d’indiscipline en classe ou à la maison, le parent ou l’éducateur doit chercher l’action pour parer au plus pressé », souligne Gabriel Hugues Rodriguez invitant tout éducateur à faire preuve de patience dans son métier. Quant aux acteurs du système éducatif, ils ne partagent pas entièrement ces alternatives et ces arguments.

Réactions des acteurs du système éducatif …

Lorsque l’équipe de reportage a sillonné quelques collèges et rencontré quelques citoyens, les réactions recueillies sur la problématique des châtiments corporels sont diverses et multiformes. « Non, il n’y en a aucune. Il n’y a rien qui puisse remplacer le châtiment corporel. Il n’en existe pas », déclare ce censeur qui n’a pas voulu révéler son identité. Il poursuit, en pointant du doigt les autorités que ce n’est pas une question de rester au bureau pour élaborer des textes d’abolition mais de se mettre en situation de classe pour vivre les réalités auxquelles les enseignants sont constamment confrontés. D’autres, par contre, pensent que les déviances observées dans la société et en l’occurrence dans les établissements aujourd’hui est l’œuvre de l’absence de bâtons dans l’instruction. « Si on réintroduit la chicotte dans l’instruction, vous verrez que la plupart des déviances vont considérablement diminuer », témoigne Pacific Amoussou, agent en service au Ministère des Finances et de l’Economie. D’autres vont plus loin dans leurs analyses demandant au gouvernement de comparer les résultats scolaires d’autrefois à ceux obtenus de nos jours. « Vous verrez qu’il n’y a aucune comparaison ou ressemblance entre les résultats », déclare un censeur du CEG Zogbo qui visiblement est contraint à respecter la loi liée à l’abolition des châtiments corporels. Pour corroborer les propos du censeur, un autre professeur de physique chimie d’un CEG de Porto-Novo se demande pourquoi le Bénin n’est plus le quartier latin de l’Afrique. Si les résultats scolaires du primaire jusqu’à l’université ne sont plus bons et convaincants, justifie-t-il, la raison est liée à l’interdiction du châtiment corporel dans l’instruction. D’autres enseignants estiment que les heures relevées de la moyenne de conduite ne font ni peur, ni mal aux enfants. Au contraire, elles amplifient le comportement négatif de l’enfant. Un collectif d’enseignants rencontrés lors d’une session de formation dans un établissement privé pense que l’Occident qui a banni le châtiment corporel connaît un taux de suicide très élevé. Alors qu’il n’y en a presque pas dans les pays africains. « Nous ne devons pas aller à l’école des blancs en gardant nos yeux fermés », prévient-il. Entre approbation et désapprobation, certaines écoles pratiquent l’une ou l’autre de ces alternatives. C’est d’ailleurs le cas du Vesos.

Des alternatives employées par Vesos …

D’autres alternatives sont développées et effectivement appliquées par l’Ecole primaire Sos Hermann Gmeiner Abomey-Calavi. La première est le conseil exécutif des élèves. « Ce conseil est formé sur les droits et devoirs de l’enfant. Ce bureau fait régulièrement le relai dans les classes. Ce bureau aide les enseignants à régler les petites erreurs que les enfants font à travers des réunions qu’ils font entre eux et s’appliquent certaines sanctions », explique Alexandre Gnavo, responsable pédagogique à l’Ecole primaire Sos Hermann Gmeiner. La deuxième consiste à donner le savoir aux enseignants sur les nuisances du châtiment corporel et surtout sur la connaissance de l’enfant. « La grande alternative que nous employons dans cette école en réalité est la connaissance de l’enfant qui est primordiale pour éduquer sans violence », déclare le Responsable pédagogique. Après avoir formé les enseignants sur les alternatives, bien des enseignants, témoigne Alexandre Gnavo, ont compris qu’ils ont tort de frapper les enfants, qui, par exemple, n’arrivent pas à lire, encore moins bien écrire.

Hermann M. SAGBOHAN

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