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Accès des enfants à l’éducation au Bénin : Les centres BARKA pour les exclus de l’école

Ils sont environ deux millions d’enfants béninois, âgés de 3 à 17 ans, hors de l’école. Le phénomène touche plus les filles que les garçons avec des proportions respectives de 46,1% et 41,7% selon les chiffres de l’Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique (INSAE).

Fort heureusement, les centres Barka, un concept du Programme d’Appui à l’Education et à la Formation des Enfants exclus du système éducatif formel (PAEFE) offrent une deuxième chance à cette cible. Depuis leur création en 2011, ces centres, financés par la Coopération suisse au Bénin, contribuent fortement à l’éducation universelle pour tous.

Nous sommes à Bembèrèkè. Une ville située au Nord du Bénin, à 534 km de Cotonou, la capitale économique. Sur la signalétique à gauche de la voie Inter état Cotonou Niamey, on peut lire Centre barka de Gando. C’est ici, que le rêve de l’école s’est concrétisé pour plusieurs enfants condamnés aux travaux champêtres, au pâturage des animaux, à la transhumance, à la délinquance juvénile…Barka qui signifie chance, opportunité dans plusieurs langues locales du Nord Bénin, prend alors tout son sens. Selon Nadine Adétayo Oké, la coordonnatrice de ce programme « le PAEFE a vu le jour en juin 2011 afin de répondre à un défi crucial du système éducatif béninois, celui du droit à l’éduction pour tous. Le PAEFE ambitionne donc de donner une nouvelle chance aux enfants de 9-15 ans exclus du système éducatif formel à travers une approche basée sur le bilinguisme et la valorisation de la culture des apprenants. Le Programme aide les apprenants à acquérir des compétences dans leur langue maternelle, et à développer des aptitudes et des connaissances sur les métiers porteurs ».

La langue maternelle au cœur des apprentissages

Dans les centres barka du PAEFE, on apprend à lire et à écrire dans sa langue maternelle avant d’écrire et de lire le français. La démarche pédagogique du PAEFE est inspirée du Programme Alphabétisation-Formation Intensive des jeunes de 9-16 ans pour le Développement (AFI/D) conçu par Solidar-Suisse en partenariat avec le Ministère de l’Enseignement National et de l’Alphabétisation (MENA) du Burkina-Faso. Son adaptation au Bénin est une réussite à en croire les acteurs. Pour le directeur du CEG Gando, Yataou Issa Tamou, « les apprenants du PAEFE témoignent d’une compétence avérée dans nos langues. Ils sont souvent les interprètes pour les parents qui ne savent pas parler le Français. Je crois que le couplage enseignement langue nationale et le Français est très bénéfique. Si vous voyez ces enfants descendre des calculs de grands nombres en langue bariba ou dendi, vous êtes épatés. Même, moi, je ne peux pas le faire. Le PAEFE est un très bon programme, s’il n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer ! ». Abondant dans le même sens, Zacharie Doko Orou, enseignant dans le centre barka de Gando et précédemment vacataire dans le système formel déclare : « Avec les deux expériences que j’ai eues, le formel et aujourd’hui le centre barka, je peux dire que les centres barka sont plus efficaces parce que les enfants font 4 ans d’études et ils passent le CEP avec les enfants du formel qui ont fait 6 ans et réussissent quelque fois mieux. J’ai fini par comprendre que lorsque quelqu’un apprend d’abord quelque chose dans sa langue nationale, il assimile vite.» Les parents que nous avons rencontrés sur place disent tous la même chose. Certains voudraient pouvoir sortir leurs enfants du formel pour les ramener dans ce programme dont l’ancrage culturel est aussi palpable. Le PAEFE, conformément à ses objectifs, forme des apprenants dont les profils sont variés. Certains, au termes des quatre années d’études continuent leur cursus au collège tandis que d’autres surtout les plus âgés, se lancent dans l’entreprenariat agricole ou les métiers professionnalisants.

Centre barka de Gando Bembrk

Plusieurs profils de sortis pour les centres barka

Ibrahim Issa Bio est aujourd’hui élève en classe de 4ème au CEG Gando. Après sa brillante réussite au CEP, il a décidé de poursuivre ses études. « Avant le centre barka, je conduisais les bœufs. Je suis rentré à l’école à neuf ans. J’ai envie de devenir un professeur d’histoire. Quand mon grand-père était vivant, il me racontait beaucoup d’histoires et cela me réjouissait beaucoup. Aujourd’hui, j’aime bien cette matière et je réussis brillamment dans les évaluations. », nous a confié lssa Ibrahim Bio qui a eu respectivement les moyennes de 16, 84/20 et 16, 18/20 en 6ème et 5ème. Les filles Sahada Beregui et Lamatou Gandé rencontrées dans la commune de Sinendé ont toutes deux fréquenté le centre barka de Sikki. Aujourd’hui, elles poursuivent leurs études au CEG Sikki avec de bons résultats. Par contre, Benjamin Bouara Kpera Sanni sorti du centre barka de Ina a choisi de faire de la menuiserie. « Pendant les cours au centre barka, on nous initiait aux métiers et, moi, j’aimais bien la menuiserie. Comme j’ai eu mon CEP, j’ai voulu continuer avec ma passion. En effet, mon père fut menuisier. Je ne l’ai pas connu, mais lorsqu’on me montre ce qu’il a fait, je me dis dans mon cœur que je dois faire mieux que lui. Si je finis mon apprentissage, je vais prendre ma maman à côté de moi et la nourrir, car elle m’a beaucoup soutenu et j’ai envie de lui offrir une meilleure vie. C’est pour cela que je m’applique pour être un très bon menuisier.», a confessé, Benjamin. Dans l’entreprenariat agricole, c’est Pierre Yarou qui fait la fierté de son entourage. Sorti en 2015 du centre barka, il s’est lancé dans l’élevage des lapins. La réussite des centres barka qui portent le modèle PAEFE, participe aussi du fait que les communautés s’impliquent dans le fonctionnement.

La contribution des communautés et l’institutionnalisation

« Pour construire un centre barka dans une commune, nous exigeons les actes de donation du terrain qui va abriter l’école », a expliqué Imrashina Garba, Coordonnatrice adjointe du PAEFE. C’est donc les communautés qui se mobilisent pour trouver une parcelle avec l’appui de la mairie afin d’accueillir le centre barka. L’état central n’est pas en marge de ce programme dirigé par un comité de pilotage dont la présidence est assurée par le Ministère des Enseignements Maternel et Primaire. Aujourd’hui, 98 centres barka sont déjà construits dans deux départements du Nord Bénin, l’Alibori et le Borgou avec plus de six mille (6.000) enfants directement impactés. Au regard des résultats obtenus, Salimane Karimou, ministre des enseignements maternel et primaire interviewé, déclare : « le PAEFE est une très bonne initiative qu’il faut pouvoir féliciter et encourager. Les enfants déscolarisés qui ne sont pas allés à l’école sont nombreux. L’idéal est que ce modèle de centre barka puisse s’étendre dans les autres départements. »

Ulrich Vital Ahotondji

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