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Abdel Rahamane Baba-Moussa, STP/PDDSE à propos de l’éducation inclusive

" Nous voulons que les enfants à besoins spécifiques soient intégrés dans la planification globale "

La question de l’éducation inclusive reste une préoccupation majeure de nos jours, surtout ave l’élaboration du PSE post 2015. Pour mieux la cerner, Educ’Action offre ses colonnes à Abdel Rahamane Baba-Moussa, Secrétaire Technique Permanent du PDDSE, qui nous en donne la substance. Lisez plutôt !

 

Educ’Action : Que faut-il comprendre par ‘‘éducation inclusive’’ en français facile ?

Abdel Rahamane Baba-Moussa : Je peux dire que l’éducation inclusive, c’est le maître mot de la nouvelle architecture du système éducatif. Quand on parle d’inclusion, c’est que tout le monde est parti pris. C’est un système éducatif qui n’exclut personne. Nous avons pris l’habitude d’avoir des systèmes éducatifs qui essaient de faire participer le plus grand nombre d’enfants à l’éducation de type scolaire. Ça fait qu’une bonne partie des enfants sont hors du système éducatif. Et aujourd’hui, l’éducation inclusive veut que l’on puisse faire en sorte que tout le monde soit pris en compte dans le cadre du droit à l’éducation ; et chacun selon ses besoins. Donc, ça renvoie à la question de l’équité, ça renvoie globalement à la notion du genre, c’est-à-dire que les filles ne doivent pas être défavorisées par rapport aux garçons, ça renvoie à la question de la prise en charge des personnes à besoins spécifiques. Par exemple, les enfants en situation de handicap qui sont souvent laissés pour compte. Toujours dans les besoins spécifiques, on a eu dernièrement le cas de celui que j’appelle le ‘‘bachelier du conseil des ministres’’.Un jeune homme qui, à onze ans, avait demandé l’autorisation de passer le baccalauréat. Je ne peux pas dire exactement s’il s’agit d’un surdoué ou d’un enfant précoce, mais toujours est-il que c’est un enfant, qui, pour une raison ou pour une autre, est arrivé à ce niveau dans une situation qui n’est pas habituelle. Donc, il faudra qu’on puisse explorer toutes ces possibilités et faire en sorte que chaque enfant, quel que soit son parcours, quelles que soient ses capacités physiques, quelle que soit sa situation morphologique et autres, puisse avoir accès à l’éducation. J’ai parlé d’inclusion mais ce que je n’ai pas dit et qui est très important, c’est que quand on dit inclusion, c’est que tous les enfants travaillent dans les mêmes conditions. C’est que l’enfant à besoins spécifiques, on ne lui crée pas son école à part. On le fait travailler et on crée les conditions pour qu’il puisse avancer à son rythme. Un enfant qui a des problèmes de faible vision doit pouvoir être intégré dans une classe normale. Un enfant qui a des problèmes d’audition doit pouvoir être intégré dans une classe normale avec l’accompagnement nécessaire pour qu’il soit au même pied d’égalité que les autres.

Pourquoi certains enfants sont-ils alors en échec scolaire ?

Vous avez des enfants qui sont en échec scolaire tout simplement parce qu’ils s’ennuient. Parce que l’offre classique du système éducatif est parfois en deçà de leur capacité d’assimilation, en deçà de l’intérêt qu’ils ont pour le savoir. Et souvent, ces enfants, on les oublie, on les met en une sorte de nivellement par la base et ça les retarde. C’est pour cela que moi, j’ai apprécié très positivement que le conseil des ministres (bien entendu il faut faire des études pour savoir si c’est un enfant surdoué ou pas) ait autorisé que cet enfant puisse passer le baccalauréat. Et que des cas comme ça d’enfant précoce ou surdoué ne soient pas laissés pour compte.

Quel est l’état des lieux de cette éducation avant l’élaboration du PSE post 2015 ?

L’état des lieux que nous avons avant cette architecture, c’est que l’inclusion au vrai sens du terme (les enfants à besoins spécifiques qui sont dans des classes avec les autres), existe mais n’est pas visible. Des statisticiens font des statistiques générales sur la scolarisation des enfants, mais ne font pas cas des enfants à besoins spécifiques et qui sont en situation d’inclusion. Ce que nous voulons, c’est que progressivement on puisse aller vers la visibilité de cette inclusion des enfants à besoins spécifiques dans les statistiques et dans l’organisation du système. Mais en attendant, nous voudrions que l’ensemble des enfants à besoins spécifiques qui sont pris en charge par des structures souvent privées, des ONG, des écoles privées soient intégrés dans la planification globale ; c’est-à-dire qu’en dehors des établissements scolaires classiques, nous ayons aussi une ligne pour les établissements qui s’occupent des enfants à besoins spécifiques. C’est la quantification de ces besoins qui nous amènera progressivement à inclure ces enfants dans des situations de classe normale. L’état des lieux avant, c’est que la question de l’inclusion n’était pas regardée de façon formelle et que désormais, on va essayer de la regarder de façon formelle.

Quelle est la place de l’éducation inclusive dans le choix de la prochaine architecture de l’école béninoise en élaboration ?

C’est le fondement même de cette nouvelle architecture. Parce que l’architecture pyramidale fait des exclus. L’architecture rectangulaire a vocation à ne plus faire d’exclus. Et donc à respecter les conditions de l’inclusion et à l’éducation inclusive.

Quelles sont les personnes ressources du rang des handicapés que vous avez associées au volet ‘’Education inclusive’’ du PSE en élaboration ?

Nous avons associé les personnes qui s’occupent de l’éducation des personnes en situations de handicap. Les centres qui existent et que tout le monde connaît, mais qui n’étaient pas associés à la réflexion éducative. Nous avons fait une équipe qui est allée les rencontrer pour avoir les statistiques que nous allons intégrer. Et dans les débats que nous faisons aussi au niveau du STP, nous avons associé certains responsables de certaines écoles autour de Cotonou qui s’occupent des personnes handicapées. Et je crois que l’une des responsables a un handicap léger et s’occupe en tant que tel des personnes handicapées.

A l’issue de l’élaboration du PSE post 2015, quel visage présentera désormais l’éducation inclusive au Bénin ?

D’une façon globale, la nouvelle architecture du système éducatif dès l’éducation de base, mettra côte à côte les structures, les établissements scolaires. Elle mettra à côté des établissements scolaires, toutes les structures alternatives et d’éducation non formelle. Donc, on pourra avoir également dès l’éducation de base les statistiques concernant les centres qui s’occupent des personnes à besoins spécifiques. C’est cette configuration nouvelle qui fait, selon nous, l’inclusion à l’éducation. Progressivement d’ici à 2030, les efforts seront faits et le plan permettra de voir dans quelle mesure des efforts seront faits pour que, de plus en plus d’enfants qui sont actuellement pris en charge dans les centres spécialisés puissent être intégrés dans des structures classiques. Pour ce qui concerne l’éducation formelle, par exemple, on va essayer de faire en sorte qu’il y ait un mixage entre les populations qu’on dit souvent normales. Moi, je dirai entre tous les enfants quelle que soit leur spécificité physique, intellectuelle ou morphologique.

A quand un handicapé ministre, député ou directeur de société ou d’office d’Etat ?

Je sais que dans l’administration publique, il y a quelques directeurs qui sont en situation de handicap. Je connais personnellement des personnes qui sont en situations de handicap et qui occupent des postes de responsabilité dans certaines structures même de très haut niveau comme par exemple le Port Autonome de Cotonou. Et je pense que c’est ce qui est normal. Ce qui permet de nommer un directeur dans une administration publique, ce sont ses compétences. Et toute personne qui détient les compétences, devrait pouvoir postuler pour être nommé ou recruté sur la base de ses compétences. C’est vrai que pour le moment, j’ai suivi des reportages dans lesquels certaines personnes en situations de handicap ont parlé de leurs propres expériences et ont montré que pour un travail identique qu’ils font à côté d’autres personnes, ils n’ont pas forcément les mêmes avantages. Je crois que progressivement, ce sont des situations que notre société et notre pays doit pouvoir corriger. Si on peut appeler ça un rêve, c’est vraiment un rêve mais j’aimerais que ça soit un rêve que nous faisons collectivement et surtout j’aimerais qu’on passe du rêve à la réalité. Comme dirait une des autorités ‘‘il faut rêver sa vie mais aussi vivre son rêve’’. Et j’espère que nous allons vivre le rêve de l’inclusion en éducation.

Que dire pour conclure cet entretien ?

Que le rêve de l’inclusion puisse être réalisé. Ce n’est pas de bonnes volontés qui manquent. Il faut également trouver des explications aux difficultés de l’inclusion dans nos pratiques culturelles, dans nos représentations culturelles où les enfants en situations de handicap sont souvent stigmatisés, parfois cachés. J’espère vivement que nous allons sortir de cet obscurantisme au niveau de notre pays.

Propos recueillis par Romuald D. LOGBO

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