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Expérimentation de l’«Education à la Santé Sexuelle » : Des éducateurs partagés entre pertinence et non-conformité du concept

La santé sexuelle ne sera plus, si la phase pilote donne des résultats concluants, un sujet tabou dans les sous-secteurs des Enseignements Maternel, Primaire, Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle.

Financée par le Royaume des Pays-Bas et mise en œuvre par l’Institut National pour la Formation et la Recherche en Education (INFRE) et l’Institut National d’Ingénierie de Formation et de Renforcement des Capacités des Formateurs (INIFRCF), cette formation se veut informative sur la santé sexuelle et la reproduction. Plusieurs acteurs éducatifs ont donc été formés pour expérimenter le concept Education à la Santé Sexuelle (ESS) dans les écoles pilotes. Educ’Action a tendu son micro à quelques-uns et à d’autres acteurs non formés. Voici ce qu’ils en disent…

Mireille Afouda, Directrice de l’Enseignement Maternel

« A la maternelle, le sexe s’aborde déjà pour que ça commence par s’enraciner au niveau de nos enfants »

«C’est une phase pilote en réalité et ça fait la deuxième vague qui est ainsi formée. Jusque-là, le sexe est considéré comme un sujet tabou dans nos sociétés, dans nos familles et autres. Ce qui fait que l’enfant n’a pas toutes les informations pour se mettre à l’abri des travers de la sexualité. Si aujourd’hui on décide d’en parler, je trouve que c’est une bonne chose parce que ça va mieux outiller les enfants et ils seront décomplexés pour aborder un tel sujet, que ça soit entre eux, à l’école, en famille ou dans la société. A la maternelle, le concept s’aborde pour que ça commence par s’enraciner au niveau de nos enfants. Ce n’est pas quand ils seront grands qu’on va leur en parler. Déjà à cet âge, on l’aborde progressivement et ils en prennent conscience et facilement, ils en parlent dès que c’est en débat. »

Apédo Modeste Zinsou, Institutrice en charge du CI au CS Cocotomey/C

« ... aujourd’hui, nous ne devons plus cacher la sexualité aux enfants »

«L’Education à la Santé Sexuelle est une formation qui nous a pourvu en armes nécessaires. Elle nous rappelle qu’aujourd’hui, nous ne devons plus cacher la sexualité aux enfants. Au cours de cette formation, il a été question d’éduquer les enfants à la santé sexuelle pour réduire la déperdition des filles en l’occurrence. »

Alain Clégbaza, Instituteur en charge du CM2 à l’EPP Ménontin-Sud/ C

« Le sexe depuis toujours est considéré comme un sujet tabou »

«C’est une formation qui va permettre aux apprenants avec qui nous travaillons d’éviter la déperdition scolaire, les grossesses non désirées et autres. Le sexe depuis toujours est considéré comme un sujet tabou. Ici, on informe l’enfant sur sa structure physiologique, anatomique et de l’aboutissement de l’acte. Je crois qu’ainsi, l’enfant ne va pas oser aller poser l’acte. C’est pour se maintenir après les informations que cette formation a été organisée. »

Boniface Agbodjogbé, parent d’élève

« Il faut inclure nécessairement les parents d’élèves dans cette formation-là »

«L’enseignement à la santé sexuelle dans les établissements est une bonne chose. Mais, si on ne commence pas cet enseignement à la base, ça va créer beaucoup de problèmes. Sur 100 familles béninoises, au moins 70 % vont condamner cet enseignement à l’école. Tout simplement parce qu’aucun enfant n’aura jamais le courage de révéler ceci devant ses parents à la maison. Si l’enfant n’a pas commencé cette éducation à la base dans la famille, si ce n’est pas les parents qui en parlent, ça n’ira pas loin. Je n’accepterai pas que mon enfant vienne de l’école et commence par parler de sexe. Il faut inclure nécessairement les parents d’élèves dans cette formation-là. C’est par là qu’il faut commencer la chose. Appeler les parents et leur dire que c’est comme ça ils veulent commencer la chose. Quel est l’enseignement que vous donnez à vos enfants ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Si un parent parle déjà de la santé sexuelle avec l’enfant à la maison, il aura le courage de bien suivre ça à l’école et de venir à la maison en parler »

Ahmed Roufaï, Imam de la mosquée de Atrokpocodji

« Il ne faut pas aller au conformisme parce que les gens le font »

«L’enfant qui est à la maternelle est fragile. Et ce qu’on va inculquer à celui-ci à cet âge-là, il n’oublie pas. Il aura tendance à vouloir pratiquer ou essayer ce qu’on lui dit. A l’âge-là, c’est un peu trop tôt pour enseigner la santé sexuelle à l’enfant. Quand nous voyons les feuilletons à la télévision, nous menons un grand combat avec nos enfants. Quand l’enfant regarde un film de karaté, il a tendance à le faire sur ses frères. Qu’en sera-t-il pour l’éducation sexuelle dont on veut nous parler. Il ne faut pas aller au conformisme parce que les gens le font. Nous avons notre propre culture africaine. Nous avons notre culture que nous devons tout faire pour sauvegarder.»

Marc Aurel de Dravo, juriste

« J’aurais souhaité qu’on nous dise que cette formation commençait pour les apprenants à partir de la classe de sixième »

D’abord, sur le plan juridique, étant donné que la loi n’a pas proscrit d’éduquer l’enfant à la santé sexuelle, ce n’est pas une formation qu’on pourrait critiquer. Par contre, la formation pose un problème sur le plan moral. Sur ce plan, cette formation créerait beaucoup de problèmes. Vous voyez quand vous prenez un enfant de 3 et 5 ans à la maternelle, vous voudriez lui enseigner quoi sur le plan sexuel. J’aurais souhaité qu’on nous dise que cette formation commençait pour les apprenants à partir de la classe de sixième. Ce serait la bienvenue. Mais à la maternelle, qu’est-ce qu’on dira aux enfants ? De mon point de vue, on est tous d’accord que cette formation est la bienvenue parce qu’elle va freiner considérablement le taux de grossesse en milieu scolaire, mais qu’ils se rappellent qu’ils ont à s’adresser aux enfants.

Propos recueillis par Enock GUIDJIME

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