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Rapport entre administration scolaire et Association des Parents d’élèves : Quand la gestion des recettes et des dépenses divise chefs d’établissement et Be/APE

La gestion des établissements se fait en étroite collaboration avec les Associations des Parents d’Elèves (APE). Mais, lors de la gestion des recettes et dépenses, les directeurs emploient une double technique : la non-association du Bureau APE (Be/APE) et la cosignature.

Par ce comportement, le Be/APE se voyant minimisé et écarté, adopte le silence parce que ne disposant pas de ressources et donc jugé incapable de quelque initiative que ce soit. Pleins feux sur les dessous des relations entre Be/APE et chefs d’établissements au Bénin…

«Ces écoliers de l’EPP Togbin Daho n’ont pas besoin d’aller à l’Eglise pour prier leur Dieu. Dès qu’ils lèvent leurs têtes, ils communiquent directement avec le ciel ! Les toitures de leurs salles de classes s’étant volatilisées depuis plusieurs mois … » Ces genres d’articles, faut-il raviver la mémoire des lecteurs, dénonçant l’état de délabrement avancé des établissements d’enseignement au Bénin, font fréquemment les unes et les pages du journal Educ’Action. Ils révèlent les difficultés liées à la gestion des écoles, malgré la présence effective des Be/APE dans les établissements. Ces articles, faut-il encore le souligner, dépeignent également le vrai visage des APE. Les Be/APE, comme en témoignent les maîtres, les professeurs et les directeurs rencontrés au cours de ce périple, ne jouent pas réellement leur rôle dans la mission à eux confiée. Dans les zones reculées, par exemple, les écoles béninoises se trouvent encore à la traine, car bon nombre des Be/APE se taisent sur l’état délabré des écoles.

Du silence des APE dans la gestion des écoles …

Dans la conception de la plupart des membres élus du bureau APE, des fonds sont déjà disponibles pour faire fonctionner l’association. Malheureusement, dès qu’ils sont élus à la tête, ils perdent tout espoir lorsqu’ils se trouvent en face de la réalité. « Lorsque les parents constatent qu’il n’y a pas d’argent dans les établissements, immédiatement ils se retirent », observe Epiphane Azon, président de la Fédération des Association des Parents d’Elèves et Etudiants du Bénin (Fenapeb). Pour être plus clair, par exemple, « c’est 30.000 francs CFA par an que l’Etat octroie pour le fonctionnement d’un Bureau APE primaire », précise Roland Adingni, président Be/APE du Complexe scolaire de Mènontin Sud, déçu de la cagnotte annuelle officiellement mise à disposition. Conséquence, le bureau est systématiquement réduit à deux ou trois membres qui terminent le mandat et incapables de faire correctement fonctionner le bureau. Plus grave encore, l’avènement de la gratuité a engendré de grands bouleversements dans les rapports de l’APE avec l’administration et modifier leurs activités dans sa globalité. « L’école est gratuite et ce sont les subventions qui interviennent pour permettre aux responsables de faire fonctionner leur école », renseigne Roland Adingni qui ajoute que leur intervention dans la gestion de l’école reste très limitée et pave ainsi la voie à la corruption. Lorsque les toitures des classes sont enlevées, c’est le Be/APE qui devrait monter au créneau pour sonner le glas. Dans les établissements, personne ne s’en soucie parce que « … Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas la corruption… Lorsque les directeurs intéressent un peu les membres du bureau, ceux-ci alors ferment les yeux sur tout et les défendent », témoigne le président de la Fénapeb qui ne digère pas ce comportement, lequel ne contribue pas au développement des lieux du savoir. Etant plus doués et rusés dans leurs tactiques, les directeurs font signer des documents et surtout les factures des dépenses en collaboration avec le président du Be/APE sous prétexte que ce dernier a préalablement approuvé toutes les dépenses faites. « Les associations sont simplement réduites à la cosignature des factures », déplore Roland Adingni précisant que c’est une technique pour corrompre et faire taire le Be/APE dans son fonctionnement. Il poursuit clarifiant que les responsables pédagogiques doivent justifier auprès de leur autorité de tutelle les dépenses faites en étroite collaboration avec le Be/APE. En vérité, son silence est lié au fait que l’IGM a imposé trois lignes directrices au Be/APE : l’unicité des caisses désormais logées dans une banque ou Clcam, l’interdiction de l’organisation des TDs et l’organisation des manifestations au sein des établissements, lesquelles sont de véritables vaches à lait pour les Be/APE. Approché, l’IGM Adjoint a refusé de se prononcer sur le sujet. En revanche, le comptable d’un des CEGs de Cotonou se veut explicite. « Autrefois, ils viennent collecter des fonds sur les TDs prétextant qu’ils vont les déposer dans le compte APE. Depuis quelques années, l’Etat a exigé un compte pour tous les Be/APE », a-t-il indiqué sous anonymat. Malgré l’obligation de la cosignature, ajoute-t-il, certains directeurs s’en écartent parce qu’elle ne les arrange pas.

A la non-association des Be/APE …

« Aucune activité ne peut être faite sans que les membres des organes de gestion dont les représentants des élèves, des enseignants, du bureau APE et des syndicats ne soient informés », rappelle Louis Dotchamou, Directeur du CEG ‘‘Le Nokoué’’. De même, dans les statuts et règlement intérieur de l’APE, à l’article 24, il est clairement mentionné ce qui suit : « … ledit budget, au niveau du Secondaire Technique et Professionnel, est soumis au vote du Conseil d’administration (Ca) en présence des quatre membres du bureau exécutif de l’APE ». Au contact des présidents APE, les quatre représentants sont effectivement associés pour l’adoption et la validation du budget, « … Mais, pour sa mise en œuvre, le Be/APE n’est plus informé de la suite et ne comprend plus rien », déclare Moucharafou Maoudou, président APE du CEG1 Abomey-Calavi. Ce comportement de la non-association du Be/APE, soutiennent-ils, se remarque surtout chez la plupart des directeurs en l’occurrence ceux des écoles primaires qui tournent le dos au Be/APE dans toutes les dépenses qu’ils effectuent. En réalité, les directeurs ne disposant pas encore des comptables ou des intendants au Primaire ou au Secondaire sont tenus d’associer leur Be/APE à leur gestion. Pourtant, certains responsables de l’administration soutiennent que le Be/APE n’a aucun droit de regard dans la gestion de l’école. « C’est l’IGM et ses structures étatiques qui sont chargés de contrôler la direction », déclare un censeur qui a préféré requérir l’anonymat sous peines de représailles. En d’autres mots, l’APE ne doit plus s’ingérer dans la gestion de l’école. L’arrêté 2014 n°467/MESFTPRIJ/DC/SGM/GPM/DEP/DET/DESG/SA vient renforcer les propos du censeur et stipule en son article 58 ce qui suit : « le bureau exécutif de l’APE, pendant son mandat, est un partenaire de l’administration de l’établissement et ne doit pas, par conséquent, s’ingérer dans la gestion administrative, financière et pédagogique dudit établissement ; ces attributions étant dévolues à d’autres structures du Ministère en charge des Enseignements Secondaire Général et Technique ». Malgré cette mise à l’écart visiblement soutenue par le présent texte, le Be/APE connaît sa limite. « Nous n’intervenons pas dans la gestion pédagogique ou académique de l’école, mais dans la gestion des ressources humaines et gestion des infrastructures », atteste Epiphane Azon, qui, de par sa position, avoue que l’APE ne doit pas s’immiscer dans cette gestion-là. Elle peut, cependant, prodiguer des conseils lorsqu’elle constate des failles au niveau de la gestion. Le Be/APE ne doit pas intervenir « parce que cette gestion relève tout simplement de l’administration », confirme Roland Adingni pour soutenir les propos de son prédécesseur. Aux dires de ces responsables d’établissement qui défendent mordicus leur position, « l’APE ne respecte pas ses limites ; elle mélange tout », constatent-ils. Dans leurs envolées explicatives, par exemple, ils soutiennent qu’« il ne revient pas à l’APE de faire des remarques ou des injonctions aux professeurs quand ils viennent en retard. » Pour plus rétorquer au Be/APE, ils enfoncent le couteau dans la plaie et demandent si ce dernier leur fait le point des deux-cents francs Cfa qu’il reçoit. « Qui leur demande le compte rendu de la manière dont elle gère ces deux-cents francs Cfa qu’il perçoit ? », clament-ils leur demandant de respecter les textes en vigueur. Aux dires de Epiphane Azon, il n’est pas étonnant d’assister à ces genres de conflits dans les écoles parce que lorsque certains Be/APE sont installés, ils ont la paresse de demander les textes et ignorent complètement leur contenu. Conséquence, des dérapages ou des dérives s’observent dans les écoles entre administration et Be/APE.

Hermann M. SAGBOHAN

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