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Léa Yérima Ouorou, à propos de l’approche multigrade dans l’Enseignement Maternel

Léa Ouorou Yérima, Assistante technique du projet EQuDeC

« Les résultats ont montré que les enfants ont acquis les compétences nécessaires après deux années d’études à la Maternelle »

 

Comme de nombreux pays en Afrique, le Bénin fait face à une situation de pénurie d’enseignants, notamment à la Maternelle. S’il est vrai que de nombreuses causes expliquent ce fait, force est de constater que l’Etat, appuyé par les organisations de la société civile, œuvre tant bien que mal pour trouver des solutions à cet amer constat. C’est dans ce cadre que le Laboratoire d’Analyse Régionale et d’Expertise Sociale (LARES) a mené diverses activités de recherche-action aboutissant au développement de l’approche multigrade dans l’Enseignement Maternel, dans le département du Borgou. Après des années d’expérimentation, l’organisation appuyée par le Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP) passe progressivement à la mise à l’échelle de cette approche. Qu’est-ce que l’approche multigrade à la Maternelle ? Quels en sont les tenants et aboutissants sur le plan pédagogique ? Quelles en sont les perspectives ? Réponses dans cette interview avec Léa Ouorou Yérima, Assistante technique du projet EQuDeC sur l’axe Equité et Qualité de l’éducation de base.

Educ’Action : Qu’est-ce que le projet EQuDeC ?

Ouorou Yérima Léa : Le projet Equité et Qualité dans l’Education pour le Développement des Compétences (EQuDeC) est un projet mis en œuvre par le LARES avec l’appui financier de la Coopération Suisse. Ce projet a commencé depuis 2014 et compte plusieurs volets dont celui de l’équité et de la qualité de l’éducation de base. A l’intérieur de ce volet, nous avons une dimension qui s’occupe de la préscolarisation et c’est dans ce cadre que nous avons initié cette activité. Ce projet vient pallier la question de pénurie d’enseignants à la maternelle.

Comment en êtes-vous arrivée à cette mise à l’échelle départementale de cette approche multigrade ?

Nous avons eu l’idée de ce projet que nous avons soumis aux acteurs du ministère depuis l’équipe des circonscriptions scolaires jusqu’à la DDEMP puis aux cadres du MEMP. Ils ont approuvé l’initiative et ont accepté de nous accompagner jusqu’à ce que nous développions le module. Après cela, il y a eu une phase d’expérimentation dans quelques centres préscolaires créés par le LARES dans les communes de Nikki, N’Dali et Tchaourou. C’est dans ces centres que pendant trois années, nous avons expérimenté le module construit avec l’équipe du ministère. C’est une évaluation réalisée par l’équipe du ministère auprès des apprenants en fin de cycle qui a montré que cette approche multigrade pallie la pénurie d’enseignants et permet aussi aux apprenants d’acquérir les habiletés nécessaires à l’atteinte des objectifs de l’Enseignement Maternel. C’est suite à ces conclusions que le ministère a accepté de dupliquer cette formation à tous les enseignants du Borgou en attendant de trouver les moyens nécessaires pour mettre cette connaissance à la disposition de tous les enseignants des écoles maternelles du Bénin.

Quelles sont les cibles du projet ?

Toutes les régions pédagogiques et toutes les circonscriptions scolaires du département du Borgou sont concernées. Dans le cadre de cette formation sur le plan départemental, nous avons neuf pôles de formation des enseignants de la maternelle à raison d’un pôle par circonscription scolaire. La formation touche environ 260 enseignants qui ont tous répondu présents. Les formations sont animées par une équipe de neuf (9) conseillers pédagogiques et quatre (4) chefs de régions pédagogiques.

Comment se présente cette approche multigrade sur le plan pédagogique ?

L’approche multigrade à la maternelle consiste à mettre ensemble la section des grands et la section des petits dans une même classe avec un même animateur. De façon opérationnelle, il y a des activités qui sont réalisées conjointement avec les deux sections et il y a des activités spécifiques à chaque section. Pour chaque activité, l’animateur voit quelle activité confier à la section des petits et laquelle confier à la section des grands. Au niveau de la disposition des apprenants dans la classe, des modifications s’observent. Il y a aussi des différences au niveau du temps accordé à chaque activité, selon la section. Le travail de l’enseignant est donc de savoir à quel moment il confie des activités à chaque section et à quel moment les deux sections doivent être réunies pour des activités en commun. Les emplois du temps des deux sections sont fusionnés de façon à permettre à l’encadreur de suivre les deux groupes à la fois. Mais, c’est toujours les emplois du temps officiels qui sont fusionnés pour en arriver là. C’est donc la durée et le contenu des activités qui permettent de faire la démarcation entre la section des petits et la section des grands. C’est donc une question de méthodologie.

Quelles sont alors les modifications au niveau des documents pédagogiques ?

Les documents pédagogiques des apprenants sont les mêmes que ceux utilisés partout au Bénin et de façon spécifique à chaque section. Même la démarche pédagogique est identique dans son contenu. La différence, c’est le fait que les deux sections sont ensemble dans la même classe, créant ainsi une nouveauté en matière de conduite de la classe de maternelle.

Depuis quatre ans que le projet est mis en œuvre, quel retour avez-vous du côté institutionnel ?

Concernant le volet de la préscolarisation, il y a eu de nombreuses évaluations périodiques menées par la Direction Départementale des Enseignements Maternel et Primaire à travers les conseillers pédagogiques, les chefs de régions pédagogiques et des équipes d’inspecteurs ont été envoyées par le ministère. Ces équipes vont dans les écoles pour s’enquérir du déroulement des activités pédagogiques avec cette nouvelle approche. Suite à ces missions, une évaluation a été faite sur des habiletés des apprenants. Les résultats ont montré que les enfants ont acquis les compétences nécessaires après deux années d’études à la maternelle.

Quelles sont les autres étapes qui restent pour l’institutionnalisation du projet avant que le LARES ne se désengage ?

Nous sommes dans les dernières étapes de l’institutionnalisation de ce projet. Après la phase de l’évaluation, nous avons procédé à la relecture des deux modules de formation édités avec le concours des cadres du MEMP. Le premier module porte sur l’enseignement en mode multigrade dans les écoles maternelles et le second sur l’évaluation des apprenants à la maternelle. A partir de cela, nous avons sorti une version plus améliorée des modules. Par ailleurs, cette phase a permis aux cadres de mieux s’approprier les contenus des différents modules. Ces modules ont été édités dans des documents et sont désormais la propriété de l’État du Bénin. Le MEMP a ainsi organisé une formation des formateurs suivie de la formation des enseignants afin de dupliquer la formation. Nous en sommes maintenant à la phase d’extension à tout le département du Borgou.

Que dire pour conclure cet entretien ?

Après cette phase, je souhaiterais que tous les animateurs de la maternelle s’approprient cette approche parce que le problème de la pénurie d’enseignants à la maternelle est national. Si l’initiative connaît une réussite dans le Borgou, il serait souhaitable que l’État, à travers le MEMP, prenne des dispositions pour sa mise à l’échelle afin de combler le besoin en enseignant dans les écoles maternelles au Bénin.

Propos recueillis par Adjéi KPONON

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