banner ong educaction

Patrimoine immatériel et développement | La sorcellerie, un outil de pacification des conflits mal exploité en Afrique

La sorcellerie, force mystique et pratique ancestrale au Bénin et dans d’autres pays du continent, prend d’ampleur avec la génération des enfants sorciers.

Elle constitue, de l’avis des traditionnalistes, un véritable atout pour la résolution des conflits en Afrique, jusque-là, inexploitée.

Le Bénin, pays fortement ancré dans la tradition en Afrique de l’Ouest, est réputé dans le monde pour sa pratique de la sorcellerie (Azé en langue locale fon). Hommes, femmes et même enfants sont détenteurs de cette force spirituelle et surnaturelle exclusivement réservée, entre temps, aux personnes âgées pour la gestion de la communauté et la résolution des conflits au sein des familles. « Dans l’ancien temps, la sorcellerie contribuait à l’éducation de la société. Elle permettait aux sages et gardiens de la tradition de se retrouver pour discuter des problèmes liés à la société et aux familles. Et donc le droit d’aînesse, à cette époque, était accepté de tous. Les chefs de collectivités étaient écoutés et respectés, ainsi que les ‘’Gbessou’’ (normes prescrites dans la société traditionnelle) étaient aussi respectés à la lettre. Au sein des familles, lorsqu’il y a un enfant qui se comporte mal et va au travers des normes sociales, c’est par la sorcellerie qu’on arrivait à régler son cas, en l’extirpant du groupe. C’est ainsi qu’on dit que la sorcellerie a tué quelqu’un », a expliqué au Bregten Coovi, la cinquantaine, psychologue et traditionnaliste. Hélas aujourd’hui, a-t-il déploré, la sorcellerie est utilisée dans ‘’notre société’’ pour servir et faire le mal. « Dans nos villages, maisons et même dans les écoles, les enfants héritent de cette force mystique de leurs parents, pour nuire à leurs camarades », a fait remarquer le psychologue et traditionnaliste, nuançant que la sorcellerie peut bien contribuer aux biens.

Une sance de F


La sorcellerie comme une force positive...

Sylvain Adoho, prêtre du Fâ (géomancie), numérologue, consultant spirituel et adepte de plusieurs ordres divinatoires, évoque, quant à lui, les valeurs positives de la sorcellerie qui, à l’en croire, peut bien aider à la résolution des conflits en Afrique. « Le développement de l’Afrique passe par trois choses : le ‘’Bô’’ (fétiche), le vodoun (croyance traditionnelle) et le ‘’Azé’’ (sorcellerie) qui constituent des éléments identitaires des Africains », a-t-il relevé, insistant sur le fait que le progrès du continent dépendra, en grande partie, du respect de cette trilogie par les dirigeants. Selon lui, la sorcellerie en tant que pouvoir et force mystique, peut aider à affaiblir l’ennemi. Il l’illustre, expliquant qu’au temps de la royauté, les différents rois du Dahomey (actuel Bénin) ont toujours fait usage de ces pouvoirs mystiques pour dérouter leurs envahisseurs. « Le roi Béhanzin (avant-dernier roi de Dahomey, actuel Bénin), par exemple, a utilisé cette force pour bloquer sur mer pendant des heures, un bateau des blancs qui voulaient le déporter (l’exiler) vers la France », a témoigné Dah Avougnanssou, prêtre de la divinité Thron, résident à Godomey, commune d’Abomey-Calavi. Grâce à la géomancie (Fâ) (une science traditionnelle), a-t-il poursuivi, ‘’on peut facilement prévenir la survenance d’une guerre, d’une catastrophe, d’une famine. Il suffit d’interroger nos dieux traditionnels et de faire des sacrifices ou libations appropriées. C’est cela le secret de nos ancêtres’’. Seulement, déplore Sylvain Adoho, prêtre du Fâ, la résolution des conflits, de nos jours, se fait sur le continent africain, en ignorant ces valeurs traditionnelles qui pouvaient aider.

Et si la sorcellerie était mise au service du développement...

« Les conflits sont toujours résolus de façon politique au niveau des instances européennes, sans jamais associer les détenteurs de pouvoirs occultes, les chefs traditionnels et garants de la tradition », a-t-il regretté. Nos ancêtres, a ajouté Sylvain Adoho, avaient le ’’Fifobo’’ (la magie de l’évasion) qui leur permettait de quitter une ville à une autre, en un lapse de temps, sans emprunter un moyen de déplacement. « Aujourd’hui, avec ce même pouvoir, on peut sortir indemne d’un accident de circulation, d’un crash d’avion. Il suffit de porter au doigt une bague traditionnelle appropriée pour disparaître toutes les fois qu’il y aura un accident », a-t-il ajouté, indiquant qu’hélas, le monde moderne a fait perdre à l’Afrique bien de pratiques traditionnelles très importantes. « Nous devons retourner à la science mère africaine. Au Sénégal aujourd’hui, les gens n’ont pas peur d’attacher, en dessous de leur pantalon, des talismans. Allez au Maroc et vous verrez, de plus en plus, des stands de marabouts. Avec la divinité ‘’Tohossou’’ (dieu des eaux), on peut se développer à partir de l’eau. Toute est une question d’initiation. Il faut faire en sorte que le ‘’Bô’’ (fétiche), le vodoun (croyance traditionnelle) et le ‘’Azé’’ (sorcellerie) commencent à être enseignés dès le cours primaire jusqu’à l’université, et vous verrez que l’Afrique va se développer », a-t-il conseillé, rassurant que la sorcellerie est bien un outil de développement. « Le tout dépend de celui qui l’utilise et de la manière dont il l’utilise », a conclu le prêtre Fâ.

Serge-David ZOUEME

Developed in conjunction with Joomla extensions.

Vidéos

Developed in conjunction with Joomla extensions.