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La dot au Bénin | Un Signe de respect et d’honneur pour la future mariée

Symbole fort du mariage coutumier, la dot, pratique ancestrale était, jadis, incontournable dans l’union des couples. Quoique diversement appréciée aujourd’hui, elle garde son prestige et reste une marque de grande considération pour la future épouse.

Elle était belle, d’une beauté splendide qui n’avait d’égale que la prestance des grands jours ! Sandra, 25 ans, la révélation du jour, a fait chavirer le cœur de Maurice, un jeune homme de 31 ans, originaire de Grand-Popo qui dote sa bien-aimée en cet après-midi du 11 février. Jour mémorable pour les deux familles et devant une immense foule d’hommes, de femmes et d’enfants en liesse, témoins vivants d’un évènement unique au quartier Godomey Gakomey. Tambours battant, trompettes et sirènes résonnant, la procession que conduisaient les tantes, oncles, amis et soutiens de l’époux ne laissaient personne indifférent, dans ce quartier plutôt calme à cette heure de la journée. Voisins, passants, visiteurs, tout le monde marquait un arrêt, qui pour un commentaire de félicitations au cortège, qui pour rejoindre la foule en déplacement, qui pour admirer les présents transportés sur la tête par la belle famille ! On pouvait voir des valises garnies, des sacs de sel, des animaux domestiques, des casiers de boissons, une moto toute neuve, des appareils électroménagers, des bouteilles de gaz…. Une fois dans la maison, un à un, chacun se débarrassait de son bagage avant de s’incliner devant ce vieil homme de la soixantaine, aux cheveux grisonnants qui était chargé de diriger la cérémonie en tant que chef de famille. Le vieil homme, pipe à la bouche, scrutait l’horizon y retrouvant, à coup sûr, ces souvenirs du bon vieux temps que son sourire au coin des lèvres trahissait ! Au moment de dévoiler le contenu des bagages pour enfin les présenter à la famille ainsi qu’à l’assise, tous, étaient étonnés de voir des lots de pagne de grande valeur qui remplissaient les valises, des chaussures, des colliers, des bracelets, des boucles d’oreille... Aussi, pouvait-on remarquer des ustensiles de cuisine, des colas, des liqueurs indiquées pour de telles cérémonies, des paquets de cigarettes, des boîtes d’allumette, sans oublier, bien évidemment, les enveloppes remplies de billets de banque scintillants. Pour ce qu’on pouvait retenir du commentaire fait par le représentant de la famille, chaque membre de la famille, (parents, oncles, tantes, belles filles et les jeunes du quartier appelés ‘‘atchossou’’), retrouvait sa part dans les présents apportés par la famille du futur marié. La remise de dot se déroule avec un achalandage folklorique impressionnant. Des danseurs recrutés par la famille du futur époux ne ménagent ni voix, ni poitrine, ni corps pour donner du spectacle à l’assistance. Des déhanchements extraordinaires, au rythme des castagnettes, des gongs et tam-tams emportaient l’auguste assemblée dans une liesse frénétique. Des billets pleuvaient de partout pour saluer les artistes mais aussi pour prouver à la famille de la future épouse que l’heureux prétendant provient d’une famille capable, a des amis et soutiens de taille ! Vient enfin le moment épique où la famille de l’époux est invitée à identifier la mariée. Une première et une seconde sorties de jeunes filles voilées sous des pagnes dont les traits ne correspondent en rien à ceux de celle qui fait l’objet de la présente assise et des cris retentissent de plus bel dans le rang de la famille du futur époux pour signifier qu’elles ne sont pas celle pour qui le cœur de leur fils bat. Puis arrive le clou de la soirée. Il sonnait déjà huit heures du soir. Une troisième sortie d’une jeune fille dissimulée sous une grande couverture et accompagnée de deux dames. C’est Sandra, la beauté féerique ! D’une élégance à vous couper le souffle, elle dégageait la prestance, la fierté, la dignité et marchait d’un pas royal. On pouvait entendre dans l’assistance des voix qui laissaient échapper leurs émotions : « waooh, quelle beauté ! Si seulement, c’était moi…, le mec là a de la chance etc. ». C’est alors que le chef de la famille, prenant la parole pour mettre fin à l’extase, pose la question à Sandra : « connais-tu ces personnes et que représentent-elles pour toi ? » Après la réponse de la dulcinée de Maurice, le chef de famille l’inonde de bénédictions au nom de la famille et des mânes de leurs ancêtres. Emue, Sandra n’a pu empêcher les larmes de ses yeux, d’exprimer, elles aussi leur joie ! Deux grosses gouttes perlaient sur ses tendres et innocentes joues…

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La dot, signification et sens

Au Bénin, la dot est donnée par le futur époux à travers sa famille, contrairement à d’autres contrées où c’est la future épouse qui dote son homme. Elle relève d’une importance capitale et est très symbolique. C’est, du moins, ce que l’on retient des propos de Paulin Yétondji, un homme de la cinquantaine, chef de famille et enseignant à la retraite. « La dot est une reconnaissance d’une famille à l’autre en ce sens que le garçon doit rentrer dans une famille. Quand le garçon rentre dans une famille, il a une obligation et c’est cette obligation qu’on appelle la dot, une obligation qui lie les deux familles », a expliqué l’enseignant retraité visiblement intéressé par la question. Il n’a pas manqué d’insister sur le caractère très important de la dot. Ses propos sont bien appuyés ici par les travaux de Florence Bayala, journaliste de l’hebdomaire féminin ‘‘Mousso d’Afrique’’ à Abidjan qui disait que « ce qui rend la dot si importante pour le mariage en Afrique, est qu’elle est synonyme d’union de deux familles. Le respect mutuel et la dignité sont présents tout le long du procédé, et l’amour entre l’homme et la femme est élargi pour y inclure la famille proche et large.» En effet, la pratique de la dot est une tradition africaine très ancienne toujours en pratique de nos jours quoique certaines personnes dérobent à cette pratique pour des raisons très peu justifiées. Une dot acceptée par la famille d’une fille est la preuve que les mânes des ancêtres de cette famille reconnaissent la famille de l’homme comme membre à part entière de leur famille. Elle permet à l’homme de se considérer comme légalement uni selon la coutume à cette femme pour qui la dot a été donnée. Fidèle Adjigbè, juriste de formation, nous dira que « la dot représente le mariage et consacre la reconnaissance du gendre par la belle-famille. Il explique que la dot joue un rôle social très important. Non seulement on donne des choses symboliques à la femme pour démontrer que le futur époux est capable d’entretenir une femme, de la mettre à l’aise et de pourvoir à ses besoins, mais aussi pour prouver qu’on est véritablement un homme pouvant faire partie de la famille ». Mieux, la dot est une pratique reconnue par la loi et approuvée par les religions.


La dot au regard de la loi et de la religion

La dot, plus que symbolique, est importante pour tout homme qui désire contracter le mariage aussi bien civil que religieux. Le juriste Fidèle Adjigbè en nous renvoyant vers le code des personnes et de la famille, en son article 142, atteste que le mariage civil ne saurait être célébré sans la remise de la dot au préalable. Paulin Yétondji approuve d’ailleurs les propos du juriste en expliquant « qu’il faut d’abord que le mariage coutumier soit respecté avant que l’Etat ne l’atteste à travers l’acte civil ». De même, pour l’église protestante et Catholique, la dot et le mariage civil doivent précéder obligatoirement le mariage religieux. C’est ce que s’attèle à nous dire le père Alban Adolphe Gamavo, censeur du collège catholique d’Athiémé. « L’Eglise catholique ne célèbre aucun mariage si celui-ci n’est précédé de la dot et du mariage civil pour la simple raison que l’église commence d’abord par la famille. Et donc l’Eglise se doit de respecter avant tout la famille ». Selon ses explications, la remise de la dot est bien démontrée dans la Bible. « Dans l’ancien testament, précisément dans Genèse 24, quand Isaac a voulu se marier, Abraham a envoyé l’un de ses serviteurs avec beaucoup de biens dans son pays pour chercher une femme à son fils. C’est déjà une expression de la dot. Et aussi le droit canon, le livre qui régit la vie de l’église catholique, recommande qu’avant le mariage que l’on dote sa femme», a-t-il fait savoir avant de marteler que « la dot est symbolique, elle représente une reconnaissance envers les parents qui ont éduqué leur enfant, qui ont mis tous les moyens à sa disposition pour que cet enfant soit une personne responsable et aussi pour remercier la fille pour avoir écouté ce que les parents lui ont transmis comme éducation. C’est pour remercier pour le bien que constitue cette personne.»

La virginité, une condition pour doter une femme ?

Dans une enquête réalisée précédemment sur la virginité, Harold Zossou, juriste, employé dans un cabinet d’avocats de la place, qui a donné son avis sur la question disait que « ce n’est pas parce que la femme n’est plus vierge qu’elle n’aura plus du respect ou de l’honneur à mes yeux. » De même, ce n’est par parce que la femme n’est plus vierge qu’elle serait indexée comme une fille qui n’a pas reçu de bonne éducation de la part de ses parents. Par conséquent elle ne démérite en rien qu’on la dote. Le Père Alban Adolphe Gamavo confirme ces propos lorsqu’il déclare : « La dot ne peut être en aucun cas liée à la virginité. » Tout en insistant sur ses propos, le Père explique que « la question de la virginité peut s’apparenter quelque peu à la dot du fait que ce qui est à souhaiter, c’est que aussi bien la femme que l’homme sachent attendre pour être à un seul homme ou à une seule femme. Donc, la question ne doit pas être posée comme une obligation pour la femme d’être vierge avant de recevoir la dot mais à tous, l’homme comme à la femme de travailler cette chasteté là. »

La dot, synonyme de vendre sa fille aux yeux de certaines personnes

Plusieurs familles trouvent en la dot, une occasion propice pour se faire de l’argent sur le dos de leur futur gendre. C’est ce qui explique, selon les propos de quelques personnes rencontrées, une liste de dot à n’en point finir. « Moi, je ne me suis pas encore marié, mais j’ai des amis qui ont déjà doté leur femme. Quand je repense encore à cette liste de dot qui était tombée sous mes yeux entre temps, je me dis que les parents exagèrent. Certes, l’homme se doit de doter sa femme. Mais ce n’est pas pour autant qu’on doit le ruiner. On ne peut pas vouloir donner une dot et aller vendre d’abord tous ses biens. Ça ce n’est plus la dot, c’est la vente pure et simple de fille », a déploré Anicet, jeune entrepreneur à qui la question a été posée. Il n’est d’ailleurs pas le seul à déplorer cette pratique. Paulin Yétondji et le Père Alban Adolphe Gamavo ne s’en réjouissent pas non plus. « C’est juste dommage. La dot n’est pas un achat de la femme parce qu’on entend des parents dire : j’ai souffert pour éduquer ma fille. Donc celui qui va la marier, doit être une personne riche ou doit payer cher. Ce n’est pas encourageant », s’est désolé l’homme de Dieu avant de rappeler aux parents que « La dot est un fait culturel de chez nous et il faut la considérer comme telle et non une occasion de se faire de l’argent ».

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Des avis de certains jeunes à travers les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux à travers lesquels, nous avons agité la question, notamment whatsapp et facebook, les jeunes béninois et africains, avec une unanimité relative, sont conscients de ce que la dot est symbolique et importante dans la culture africaine même si les explications à ces réponses diffèrent quelque peu. « La dot est un moyen symbolique mais d’une très profonde valeur spirituelle par laquelle le droit parental est transféré des parents et notamment du père de la femme vers le futur époux. C’est ça qui fait que les parents n’ont plus le droit d’exercer directement leur autorité sur leur fille. Je l’ai fait avant même que ma femme ne me rejoigne », s’est réjoui Yacoub. C’est l’avis que partage également Désiré Anani qui a, lui aussi, doté sa femme. Mais, il ajoute que « Tout homme qui désire prendre une femme doit montrer sa capacité matérielle à prendre convenablement soin de son foyer en l’occurrence de sa femme sans oublier la belle famille. La constitution des éléments de la dot exige de l’homme beaucoup d’efforts inscrits dans son travail quotidien. Cela rassure tout le monde. Abraham Deyi, quant à lui, n’a pas encore rencontré sa perle rare. Mais déjà, celle-ci, si elle nous lit, peut être rassurée parce que les choses sont bien claires dans sa tête « l’homme doit doter sa femme parce que ça fait partie de nos us et coutumes. Il est vrai que la pratique est galvaudée aujourd’hui puisque rares sont les couples qui se mettent ensemble en le faisant, mais c’est une identité culturelle propre à l’Afrique. Donc oui, je compte bien doter ma femme et en beauté tant que Dieu me prête vie et me donne ma perle rare. ». Dans le rang des femmes, Monique qui a déjà fait honneur à ses parents en ayant reçu la dot affirme : « Pour la femme qui la reçoit, la dot est signe de respect, de consentement à s’attacher à l’homme. C’est un engagement vis-à-vis de l’homme et de la famille d’accueil. Bref, la dot est la base de toute union. » Christelle n’a pas encore reçu sa dot, mais elle souhaiterait bien la prendre, peu importe le moment pour faire plaisir à sa famille. Par contre, Fabrice reste convaincu que la dot n’est pas nécessaire, car pour lui, « ce n’est pas ça qui assure la réussite du couple. Pour moi, la réussite d’un couple se résume à l’amour, le respect mutuel entre les deux et surtout la communication ».

Estelle DJIGRI

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