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Prolifération des perles au Bénin | Quand le sacré se confond à la mode

Plus de tenue vestimentaire traditionnelle sans perle chez les jeunes de nos jours. Plus de femmes sans perles au cou. La mode en a décidé ainsi. Pendant longtemps, les perles étaient reconnues et destinées aux femmes et aux artistes.

Pourquoi ce goût subit aux perles dans notre société ? Une équipe de votre journal a sillonné presbytère, couvent et rues de Cotonou pour en savoir davantage sur le rôle des perles et leur utilité. Décryptage !

Elles revêtaient une importance capitale pour nos ancêtres. D’une rareté voulue et entretenue, les perles ne pouvaient pas se retrouver dans les mains du citoyen ordinaire. Aujourd’hui, elles courent les rues à la portée de tous, petits comme grands, hommes comme femmes. Son rôle sur le corps reste impressionnant. En Afrique en général et au Bénin en particulier, les perles ont une place bien définie aussi bien dans la culture que dans la société.

Les perles, une richesse dans toutes ses formes…….


Pépé Pierre d’Almeida est un vieil homme âgé d’environ 90 ans. Malgré son âge évolué, il n’a pas oublié l’importance des perles à son époque. Quelques minutes lui ont suffi pour retracer son passé et nous faire quelques confidences. «Les perles sont une grande richesse pour les africains. Chez nous au Bénin, la beauté de la femme se fait beaucoup plus remarquer à travers les perles. A notre époque quand tu touches les perles d’une femme, tu es transporté par une force puissante qu’on peut comparer à de l’électricité. C’est surtout ce que j’aime dans les perles de hanche ». Ce sont là les propos du nonagénaire pour montrer l’une des nombreuses forces que possèdent les perles, une richesse de l’Afrique. Il existe au Bénin, plusieurs sortes de perles : des perles réservées aux cérémonies cultuelles et celles destinées à la beauté féminine. Pour celles destinées à la femme, les qualités et les rôles sont bien divers. Les perles, très tôt portées à la hanche de la fille, contribuent à arrondir sa forme, à relever son derrière et à dessiner progressivement cette forme physique légendaire et convoitée de la femme noire. En matière de parures, les perles représentent, pour bon nombre de femmes béninoises, un moyen pour séduire les hommes. Elles les posent tout autour des hanches, juste au-dessus des fesses. Les perles pour hanche ont plusieurs noms. Maman Bruno qui s’est lancée dans la commercialisation des perles de hanche depuis bien des années au marché Dantokpa, en cite quelques-uns : « Haute tension », « anesthésie », « toi et moi », « bébédjè », « dream ou djènana». Voilà autant de perles que la femme peut utiliser pour exciter son homme et pour l’amener à l’aimer plus. Les perles peuvent être également mises aux genoux pour donner une forme aux mollets des enfants et même des adultes et pour guérir la maladie de goutte chez les vieilles dames. Mettre les perles aux genoux donnait également la possibilité aux connaisseurs d’y cacher des objets précieux comme la clé de leur chambre par exemple. En plus du rôle de séduction que jouent les perles de hanche, elles peuvent avoir d’autres effets si d’autres touches personnelles y sont ajoutées. Ainsi, ces perles de hanche peuvent servir de protection à la femme enceinte pour empêcher les forces occultes de nuire à l’enfant et à sa mère. Hormis les perles de hanche, on en trouve pour le cou qui, selon pépé Pierre d’Almeida, étaient utilisées pour d’autres fins. A son époque, les perles de cou (souvent conçues par des guérisseurs) sont utilisées contre les ennemis et aussi pour séduire une femme contre sa volonté. En dehors de l’usage que la société fait des perles, elles ont bien d’autres vertus pour les religions au Bénin.


L’usage que font les religions de la perle……

Akplogan Dossou Yovo Soneekpon IIPour le christianisme comme le culte vodoun, les perles restent une richesse inédite. Le Révérend Père Hyacinthe Allagbé, ancien curé de la paroisse Sainte Thérèse de Godomey, déclare : « les perles représentent des valeurs et on les prend comme exemple de richesse, ce sont des matières précieuses ». Même si l’Eglise catholique n’en fait pas un usage liturgique, les perles sont, selon la Bible, très sacrées. En témoigne, l’évangile de Mathieu 7 verset 6 que le père rappelle : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer ». Néanmoins, les perles sont utilisées dans l’Eglise pour la décoration, la fabrication des castagnettes, des objets de piété comme les chapelets. Si l’Eglise ne fait pas un usage liturgique des perles, il en est autrement pour les religions endogènes aussi bien au Bénin que dans les pays africains. Mise à part l’importance que l’on reconnaît naturellement aux perles, elles sont tout aussi sacrées qu’indispensables dans le culte vodoun aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Dame Vicky, prêtresse mami, interviewée par les confrères de la TVC lors de la fête du vodoun le 10 janvier 2017, affirme sans pour autant donner les noms des perles que : « nous utilisons beaucoup les perles dans notre culte. Chaque perle à son identité propre à elle. Quand un adepte mami porte une perle, ceux qui sont initiés à la chose doivent pouvoir identifier son grade et son nom. » A sa suite, sa majesté Akplogan Dossou-Yovo Soneékpon II, haut dignitaire du culte vodoun de la localité de Godomey affirme que les perles sont des objets précieux à respecter dans la tradition africaine et chacune d’elles a son nom spécifique. A l’en croire, c’est depuis le temps des anciens que les perles sont primordiales dans le culte Vodoun : « ce n’est pas nous qui avons instauré l’utilisation des perles dans la tradition béninoise, c’est depuis des siècles et en plus du fait qu’elle confère la beauté au vodounsi, elle joue un rôle spirituel assez diversifié ». Pour le haut dignitaire, le sakpatassi, le hêviossosi, le lissassi, le dansi, le mamisi etc. se différencient les uns des autres à travers les perles. Si de nos jours les perles sont à la portée de tout le monde, il est plus qu’évident que les perles utilisées dans le culte vodoun, ne sont pas commercialisées n’importe où et par n’importe qui. « C’est vrai qu’aujourd’hui avec l’évolution du monde, les jeunes artistes ont tendance à dévaloriser les perles et en faire ce qu’ils veulent. Ils les portent sans chercher à savoir ce que telle ou telle autre perle signifie et représente pour celui qui la porte » a fait remarquer le haut dignitaire avant de poursuivre « les perles utilisées dans les cultes traditionnels sont vendues dans des endroits réservés uniquement aux dignitaires. Et le tout ne suffit pas d’aller acheter simplement. Elles doivent faire l’objet de beaucoup de rituels avant d’être mises au cou d’un adepte vodoun. Ainsi, il est facile pour un adepte de se faire vite identifier par les initiés.» Les perles des prêtres et prêtresses ont des formes et des couleurs différentes de celles des adeptes. Il y en a que nous portons en permanence et d’autres que nous mettons exclusivement pour les cultes. Les rois aussi ont leurs perles propres à eux. Des gens non-initiés au vodoun peuvent également porter des perles en tenant compte de leur horoscope, explique le haut dignitaire Akplogan Dossou-Yovo Soneékpon II.


Le port des perles, l’autre modèle qui s’impose…….

Pere Hyacinthe Allagbe cure de la paroisse sainte Therese de GodomeyAutrefois sacrées et réservées aux femmes et aux traditionnalistes, les perles aujourd’hui sont à la portée de tous. Rares sont ces hommes qui s’habillent sans accompagner leur accoutrement d’une perle et pour cause, la tendance. Au marché Tokpa comme dans les boutiques spécialisées, ces objets varient d’un montant à un autre et d’une couleur à une autre. Florence Tchokpon la trentaine environ est aujourd’hui directrice de la boutique « Berceau des perles » située à Mênontin. Installée à son propre compte depuis bien longtemps, son amour pour les perles a pris le dessus malgré son diplôme en gestion des affaires. Spécialisée dans la vente et la formation en perle, elle a aujourd’hui plus de 400 différentes perles et de différentes couleurs à commercialiser pour selon ses dires externaliser les perles de Tokpa. Selon la spécialiste, les perles sont des signe de beauté pour la femme et source de richesse naturelle pour ceux qui s’y adonnent. Il y existe trois sortes de perles à savoir la qualité très basse en termes de plastique, la qualité moyenne en termes de Crystal et la qualité toute prisée qui est faite en verre et qui revient chère. Si les hommes sont tout aussi intéressés par les perles aujourd’hui, c’est sans doute selon la spécialiste « parce que nous avons diversifié les articles fabriqués. Aujourd’hui, il y a plus que les perles de hanche et de cou. Nous arrivons à fabriquer les colliers, les chaussures, les ceintures, les pots de fleurs, les chapeaux, les couronnes, les bracelets, les sacs et beaucoup bien d’autres choses », a laissé entendre la directrice pour justifier l’intérêt des hommes pour la chose. Pour sa part, Boris estime que c’est la tradition nigériane que les béninois essaient d’imiter en se livrant à cette pratique. Pour le Père Hyacinthe Allagbé, il n’est aucunement question de dévaloriser les perles si les hommes en utilisent, au contraire : « si les hommes portent les perles, c’est sans doute parce que toute mode a cette tendance à se donner de la valeur et je crois que c’est ainsi qu’ils ont découvert le sens de la perle, le sens de la valeur pour se distinguer et se donner un peu d’importance, pour montrer qu’on porte soi-même quelque chose de valeur», explique le père.

 


Des avis des utilisateurs…..

Même si de nos jours, d’autres préfèrent les perles de cou à celles de hanche, l’utilisation des perles reste l’apanage de tous, homme comme femme. Dans le rang des femmes, Stéphy, étudiante en Management des Ressources Humaines, donne son avis sur la question : « j’ai toujours porté des perles à la hanche quand j’étais enfant, je trouvais ça jolie parce qu’il y a d’autres qui s’allument dans la nuit et c’est amusant. Mais si aujourd’hui je me passe des perles, c’est parce que c’est douloureux quand ça vous broie les poils. J’ai fait plusieurs fois l’expérience et j’ai fini par abandonner. Je n’en porte plus à la hanche et je ne m’intéresse plus aux perles.» La petite Gloria n’en porte pas parce que plusieurs fois déjà elle les a cassées. Par contre dame Agnès rencontrée au marché Tokpa lors de notre enquête semble être ‘scotchée’ aux perles car : « Les perles ont une force mystérieuse ». Elle continue : « Je suis toujours à la recherche de nouveauté en matière de perle. J’en ai acheté pour chaque jour de la semaine. Du lundi au dimanche, je varie et ça fait surtout plaisir à mon homme ». Madame Todé pour sa part témoigne son amour pour les colliers en perles. « Ce qui est bien dans les perles, c’est qu’il y en a de toutes les couleurs et quand tu achètes un pagne, tu as toujours le collier qui va avec. L’uniforme est bien fait dans ce cas de la tête au pied.» Sa jeune sœur Simone est du même avis qu’elle parce qu’elle s’adonne aussi à cette pratique. Pour ce qui concerne les hommes, il est bien égal à Boris qu’une femme porte des perles à la hanche, car selon ses dires, il n’a jamais fait attention à ces genres de détails dans sa relation. Gérald confirme lui qu’il adore les chaines aux perles. « C’est plus simple à mon avis que la femme porte des chaines à la hanche. Les perles sont encombrantes surtout quand elles sont trop grosses. Eustache, soudeur de formation, nous apprend ici que les perles font aussi du bien aux hommes mis à part le fait qu’il rend beau. « Les perles jouent aussi le rôle de stimulant érotique pour certains hommes. Pour ma part, je ne réussis à rien faire à la femme quand elle n’a pas porté des perles à la hanche ».

Estelle DJIGRI

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