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L’Ecole béninoise ‘‘sous perfusion’’ après 57ans d’indépendance

Écrit par Educ'Action on .

Eleves1Face à l’urgence, la valse des promesses éducatives

On a suivi groggy le discours châtié et assaisonné du premier d’entre nous, cette soirée du 31 juillet 2017, veille de la célébration du 57ième anniversaire de l’indépendance du Bénin. Révolutionnaire ou compétiteur né, on attendait du chef le signal fort, la phrase magique qui donne le déclic de l’école nouvelle sous la rupture ; ce nouveau modèle de l’école de la conscience et surtout du pragmatisme qui rompt avec la rengaine des promesses. Hélas, on était nombreux à suer nos larmes parce qu’insatisfaits. Alors qu’on attendait beaucoup, l’éléphant est simplement revenu avec un pied cassé.

Si le dilatoire pourrait nous constiper par ici, on en serait tous tombé malade. Du verbe et encore du verbe, le Béninois semble en hériter la palme. Bon, c’est l’un de nos identifiants, n’est-ce pas ! Le système éducatif allergique depuis bien longtemps doit encore attendre, des mois ou des années encore, pour retrouver son salut. Il a raté l’occasion des 57ans pour refaire son apparat, s’offrir une nouvelle étoffe pour charmer la communauté scolaire impatiente. Aux premiers mots du Président, ce 31 juillet, beaucoup espéraient la délivrance aux travers de décisions fortes pour l’école béninoise. Puisqu’il en a grande conscience pour avoir fait le diagnostic du secteur, très tôt. Il connaît mieux que par le passé les maux qui bloquent la respiration de l’école béninoise. Autant armé, le compétiteur né peut, depuis lors, mieux orienter son fusil, tirer sur la gâchette et atteindre la cible : l’éprouvante école aux résultats en dents de scie. La gouvernance rime avec la planification, allaient rétorquer certains. Toutefois, au nom de la même planification, on pourrait associer aux intentions des chronogrammes de mise en œuvre pour définitivement rompre avec les incantations, incompatibles, dit-on, avec la rupture. Mais on s’est rassasié des promesses qui, à en croire le Fâ (l’art divinatoire), ne sont pas aussi compatibles avec la nouvelle gouvernance du pays. La toute première promesse présidentielle pour le secteur de l’éducation est le CNE, nouvelle génération. Dans son projet de société, le candidat avait déjà distillé son envie de donner corps et forme à un Conseil National de l’Education, new look, qui conduira le système sur les sentiers florissants de la compétence et de l’excellence. Plus tard, via le PAG, l’élu du 6 avril 2016 a marqué les esprits, traçant les sillons d’un CNE assez décisionnel que consultatif comme ce fut le cas sous son prédécesseur. Une commission s’est même penchée des jours durant, à travers réflexions, propositions et recommandations, sur la carte d’identité de cette structure désormais puissante qui décidera et orientera les choix éducatifs au Bénin. Au lendemain de la remise du rapport et pour beaucoup d’acteurs du système éducatif, les crédules surtout, c’est l’avenir rose de l’Ecole qui vient ainsi de se dessiner à travers les lignes, avec une forte dose de certitude pour l’implémentation de son contenu. Plusieurs mois plus tard, les annonces en la matière demeurent identiques avec des senteurs de scepticisme dans l’air. De sources échappées, on apprend l’élaboration progressive d’un décret pour définir l’existence légale et le fonctionnement du CNE, nouveau départ. Seulement, tout ceci relève encore de la grande discrétion. Mais ce qui est de l’économie de tous, c’est la déclaration solennelle du Président qui projette l’installation du CNE, nouvelle génération. Pour quand ? L’urgence de l’existence de cette instance décisionnelle après 57ans de balbutiements éducatifs, se justifie surtout par les nombreux flops du système effrité avec des résultats peu stables, signe d’un secteur en berne. Le désamour des enfants et jeunes pour l’éducation se creuse de façon alarmante avec une forte incertitude pour le lendemain. La démographie de cette jeunesse déscolarisée et majoritairement sous-employée galope et fend le cœur. Les défis sont énormes et pressants. Et donc, plus de place à la tergiversation. Toute gouvernance aujourd’hui doit prioritairement se préoccuper du Bénin de demain, le Bénin de nos rêves avec une jeunesse instruite et éduquée, éprise d’excellence. L’exemple terrifiant du Burkina Faso, récemment, est parti de la jeunesse. En lieu et place des outils de déstabilisation, donnons l’éducation de qualité aux enfants et face à l’urgence, plus de place à la valse des promesses éducatives.

Serge-David ZOUEME

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