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Gratuit, c’est fini!

Va-t-on assister au renouveau de l’université ?

Allons-nous nous décider enfin à passer une étape décisive ; à finir avec un gratuit qui nous asphyxie et nous tue lentement, qui a fabriqué un nombre incalculable de chômeurs de bas étages au nom de la démocratie et de l’éducation pour tous ?
Il y a des décisions qu’il faut saluer et encourager : les bénéficiaires qui s’en plaignent aujourd’hui s’en rendront compte plus tard car, comme le dit l’autre adage que je paraphrase ici : « N’est pas étudiant qui veut ». Il y a déjà plus d’une décennie que les documents de planification avaient recommandé la nécessité d’en finir avec une popularisation de l’enseignement supérieur au nom d’un soi disant droit à l’éducation de tout le monde. Pire encore, les spécialistes s’étaient même trompés de loin sur le nombre des étudiants qui n’a cessé de gonfler et, pour tout couronner, quelques politiciens opportunistes en mal de popularité ont parlé de gratuité au supérieur ! Quelle bêtise !
L’éducation supérieure est élitiste et restera élitiste. Tous les enfants qui vont à l’école ne doivent pas avoir pour vocation d’aller à l’université pour plusieurs raisons. En effet, si tout le monde est « akowé », quid des cadres moyens, des agents ?
De même, regardons les formations de la large masse de ces étudiants: ce sont des formations qui privilégient la compilation d’un savoir, pour une large part, dépassé parce que les enseignants leur servent du réchauffé dans des amphis surpeuplés, impropres à l’enseignement et à l’acquisition du savoir ou plutôt de la compétence. Il y a une large part donc qui n’apprend rien qui puisse lui donner des compétences ; et cette éducation confortée par les inconséquences et les incohérences des réseaux sociaux, nous donne jusqu’aux doctorants qui n’arrivent même pas à s’exprimer en français ...
L’enseignement supérieur béninois bouge. Il y a beaucoup d’idées, de projets pour le restructurer, le promouvoir, le redéployer à travers des filières plus professionnelles et plus compétitives. En même temps, il faut créer une union sacrée qui comprend les spécialistes de la communauté internationale comme l’UNESCO qui ont le bagage technique. Il faudrait aussi associer les enseignants et toutes les personnes ressources capables de nous donner un enseignement supérieur à l’égal des pays anglophones, ne serait-ce que comme le Ghana où l’éducation comporte les ingrédients qui nous manquent souvent ici : un énorme investissement dans la formation technique et professionnelle depuis le primaire ; un apprentissage qui est donc théorique et pratique ; une réelle régulation des flux qui en même temps ouvre à tout un chacun ayant progressé, l’opportunité d’évoluer vers l’enseignement supérieur au besoin ; une véritable connexion entre l’école et les entreprises qui crée et développe les compétences et permet l’adéquation formation/emploi. Par dessus tout ceci, une langue adéquate et efficace pour l’apprentissage à savoir l’anglais.
Ce qu’il faut alors souligner, c’est que, aucun renouveau de notre école ne peut aller sans une véritable révolution qui inclut les enseignants qui, pour la plupart, se sont calfeutrés dans le confort d’un système de l’enseignement supérieur où il n’y a pas d’inspecteurs, où on donne le même cours pendant 20 ans, citant les mêmes auteurs aux théories plus que dépassées.
Il s’agira aussi, après avoir relevé l’écolage, de relever le niveau de nos enseignants qui ne souffrent pas d’un problème de salaire, mais d’un problème d’imputabilité. C’est à ce niveau que les étudiants ont beau jeu en se demandant à quoi va servir l’élévation du niveau d’écolage s’il n’ya aucune élévation de niveau de compétences !
A la vérité, les meilleurs élèves sont déjà dans les meilleures écoles publiques et privées compte tenu de leurs moyens techniques et financiers. Dans les pays anglophones près de chez nous, le BAC ne donne pas automatiquement le droit d’aller à l’université ; il y a encore énormément de barrières, car, ce n’est pas parce qu’on a obtenu un BAC avec mention plus que passable qu’on s’improvise étudiant! Va-t-on le comprendre enfin chez nous et se mettre au pas ? L’avenir nous le dira.
Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe